
Quentin Deranque, jeune militant nationaliste lyonnais, est mort, ce 14 février. Roué de coups. Tabassé au sol. Les antifas étaient à dix contre un. La lutte antifasciste a bon dos.
En ces colonnes, le camarade Xavier Eman avait été prémonitoire, en dégonflant la baudruche sémantique de l’antifascisme : Tout le monde il est méchant, tout le monde il est fasciste ! Et par la même sa variante antinazie. Notons que le fascisme n’existe plus depuis 1943, quand Benito Mussolini fut démis de ses fonctions. Quant au nazisme, il a disparu le 30 avril 1945, avec le suicide de son fondateur, Adolf Hitler. Ces deux mouvements furent des épiphénomènes, circonscrits en leur époque et leurs terres de naissance respectives. Enfants du Traité de Versailles, ils n’ont pas eu de descendance politique véritablement avérée, hormis dans les films de OSS 117, avec Jean Dujardin. Et pourtant, ils n’ont jamais paru aussi omniprésents dans le paysage politique. Nasser, le président égyptien, fut tenu pour un nouvel Hitler, au même titre que Saddam Hussein, Yasser Arafat et, comble du comble Yitzhak Rabin et Benyamin Netanyahu, les deux Premiers ministres israéliens qu’on sait. Bref, le nazi, c’est l’autre ; y compris Éric Zemmour, c’est dire. Même réduction ad Mussolinium, avec « facho Chirac », ou « l’islamo-fascisme » présumé des Frères musulmans ou le « fascisme sioniste » dont le gouvernement de Tel-Aviv est en permanence suspecté.
Quand le fascisme est partout, il n’est plus nulle part…
Inutile de préciser que les ânes se gobergeant de cette argumentation au rabais seraient bien incapables de définir ce que furent ces deux doctrines. Certes, tel qu’opportunément rappelé par le camarade Eman, la dialectique en question fut avant tout celle des communistes d’après-guerre, consistant à prétendre qu’un anticommuniste était fasciste par nature, avant d’être reprise par la droite, par pusillanimité et inculture, tant historique que politique. C’est proprement désolant. Et surtout désopilant quand des Charles Pasqua, des Bruno Retailleau ou des Gérald Darmanin se virent ensuite taxés de « fascisme » ou de « crypto-fascisme ». Même Vincent Tremolet de Villers, dans Le Figaro du 16 février, stigmatise « les fascistes de l’antifascisme », reprenant ainsi le vocabulaire de l’adversaire Une fois encore, le « fasciste », c’est l’autre. Étrange pour des gens reprochant en permanence à ces « fascistes » imaginaires une haine d’un « autre » pareillement fantasmée.
La martingale est d’autant plus infernale, que le religieux s’invite à ce pince-fesse plus ou moins mondain. Le nazisme et le fascisme sont le mal absolu. L’extrême droite aussi, par analogie, et la droite également, par contamination, tant qu’à faire. Et on ne parle pas à ce « mal absolu », pas plus qu’on ne dîne avec le Diable, fut-ce avec une longue cuillère.
Des résistants en peau de lapin…
C’est donc à cette aune qu’il convient d’analyser le meurtre de Quentin Deranque. Ses assassins n’ont probablement pas conscience de l’horreur qu’ils ont perpétrée, estimant avoir œuvré pour le camp du bien, du beau, du bon, du vrai et de ses proches environs. Ils ont tué la « bête immonde », nous ont débarrassé d’un nouvel Hitler potentiel. Ils ont donc sauvé l’humanité, voir même plus si affinités. C’est la médaille du Vercors à la portée des caniches. Cette rhétorique est depuis toujours au cœur du discours de La France insoumise ; c’est-à-dire de la vulgate trotskiste. Le bruit et la fureur. La révolution au bout des fusils. La rue contre les urnes. D’où leur incompréhension devant l’émoi médiatique et politique suscité par ce lynchage à l’occasion duquel la Jeune garde, organisation « antifasciste » dont la proximité avec LFI est de longue date avérée. À cela, plusieurs raisons.
LFI lâché par la gauche…
Voilà des années que Jean-Luc Mélenchon insulte les journalistes et que ces derniers encaissent en silence. La clémence à l’égard du Líder minimo n’est donc pas exactement à l’ordre du jour. La preuve par Renaud Dély, ancien ponte de Libération, qui pontifie sur France Info : « Le groupe “antifa” La Jeune Garde est une “organisation liée et alliée à la France insoumise”, c’est ce que revendiquait Jean-Luc Mélenchon en 2025. Il appelait même ses “camarades insoumis” à défiler le 1er mai “derrière la bannière” de la Jeune Garde parce que le gouvernement voulait lancer une procédure de dissolution de ce mouvement. Le fondateur de ce groupe, Raphaël Arnault, fiché S et condamné pour violences en réunion, est un député LFI. Et les militantes du collectif Némésis visées à Lyon affirment avoir reconnu son assistant parlementaire parmi leurs agresseurs. Sans préciser où il se trouvait, l’intéressé nie toute responsabilité dans la mort du jeune Quentin, mais il lâche ses fonctions le temps de l’enquête. » Les pires coups de poignards viennent toujours de l’intérieur. Autrement, ce serait moins drôle.
Côté politique, la condamnation est tout aussi unanime, du bloc central à ses épigones de droite comme de gauche. Même chez LFI, on est un brin gêné aux entournures, Raphaël Arnaud en étant réduit à « condamner » le drame. Logique, ces députés ont un agenda politique devant eux : des municipales toutes proches, une élection présidentielle à venir. Telles ne sont évidemment les préoccupations de sites tels que Blast ou Streetpress, rentiers de cette posture antifasciste et donc très logiquement muets sur ce meurtre commis en réunion. Pourtant, Jean-Luc Mélenchon resserre les rangs, lorsque postant ce message sur X, à propos d’un de ses affidés, Manuel Bompard qui, interrogé par LCI, a fini par condamner les assassins présumés du jeune Quentin Deranque : « LCI inaugure un nouveau style d’émission contre Manuel Bompard, la garde à vue télévisée. » Il n’est pour le moment que peu suivi, même si nombreux sont les représentants du microcosme politique à renvoyer dos-à-dos violences d’extrême droite et d’extrême gauche. Mais où sont les victimes de cette première ? Pas le moindre fait-divers à se mettre sous la dent. Certes, ensauvagement de la vie société française oblige, cette violence gratuite a contaminé certains groupes d’ultra-droite qui ne rechignent plus à utiliser « les méthodes de la racaille contre d’autres racailles », tel que nous le confie un survivant des affrontements entre skins de droite et skins de gauche, au siècle dernier. « Après, il convient de voir le ratio des forces en présence », poursuit-il : « Même dans des villes telles que Lyon, là où Quentin Deranque a trouvé la mort, les groupuscules nationalistes sont relativement nombreux. Mais ne sont qu’une poignée, face à leurs rivaux antifas. Et, la plupart du temps, ils jouent de manière défensive, protégeant une librairie quand un auteur anticonformiste vient y dédicacer ses livres, alors que les hordes antifas assiègent la réunion. La réciproque n’est pas vraie, car même s’ils le voulaient, ces militants nationalistes ne seraient pas assez nombreux. »
Finalement, celui a le mieux résumé cette situation n’est autre que Lionel Jospin, un ancien de l’OCI, secte lambertiste de stricte observance trotskiste, où Jean-Luc Mélenchon a appris la politique, et qui, sur France Culture, rappelait, le 29 septembre 2007 : « Pendant toutes les années du mitterrandisme nous n’avons jamais été face à une menace fasciste et donc, tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front national, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste et même pas face à un parti fasciste. »
Tout était déjà dit. Et depuis, il n’y a rien à rien à ajouter. Sauf un mort. Innocent.
https://www.revue-elements.com/bal-tragique-de-lantifascisme-un-mort/
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