Bernard Lugan*
le 21/01/2013
modifié le 21/01/2013 à 16:49h
le 21/01/2013
modifié le 21/01/2013 à 16:49h
L’intervention française au Mali conduit à quatre grandes réflexions :
1. Compte
tenu des réalités frontalières, l’action de la France ne peut réussir
que si l’Algérie la soutient. Or, la prise d’otages d’In Amenas, site
stratégique hautement protégé, montre soit qu’Alger ne contrôle pas son
territoire, soit que les islamistes ont des complicités au plus haut
niveau de l’appareil sécuritaire d’Etat. Dans les deux cas, les
conséquences pour l’opération Serval sont de la plus haute importance.
2. Nous
payons aujourd’hui au prix fort la politique de désengagement initiée
sous Jacques Chirac puis amplifiée sous Nicolas Sarkozy à savoir,
fermeture de bases et abandon de ces irremplaçables implantations qui
étaient nos yeux et nos oreilles.
3. La
place laissée libre par la France fut prise par les Etats-Unis qui
investirent de gros moyens, notamment au Mali. Ignorant la tectonique
ethno-raciale sahélienne, ils y formèrent des cadres qui désertèrent au
mois de janvier 2012 et contre lesquels nos soldats sont aujourd’hui
engagés.
4. Ceux
qui ont lancé la guerre contre le colonel Kadhafi étaient des
irresponsables et je n’ai cessé de le dire depuis le premier jour. Outre
qu’ils ont provoqué une réaction déstabilisatrice en chaîne, ils ont
armé les jihadistes. Il faut en effet savoir que certaines des armes
aujourd’hui utilisées contre nos soldats proviennent de nos propres
arsenaux et qu’elles furent généreusement parachutées aux « démocrates »
libyens chers à BHL.
Ceci étant, quelle est la réalité de la situation ?
Concernant
l’Algérie, il est difficile de croire que les islamistes qui ont
investi une station gazière saharienne dans un secteur hautement
surveillé proche de deux frontières sensibles n’ont pas bénéficié de
complicités au plus haut niveau de l’État. D’autant plus que les
centaines de véhicules utilisés par les jihadistes sont ravitaillés en
carburant depuis l’Algérie. Tout le monde sait également que la sécurité
algérienne a des contacts avec les groupes islamistes les plus radicaux
puisque c’est elle qui les créa jadis dans le contexte de la guerre
civile, afin de discréditer et diviser ses adversaires.
Comme je l’ai exposé dans un précédent numéro de l’Afrique Réelle
consacré à l’Algérie, une sourde lutte de clans se déroule actuellement
en coulisses à Alger dans le contexte de la succession du président
Bouteflika. Or, contre toute attente, ce dernier semblant vouloir
s’engager dans la course pour un quatrième mandat, bien des appétits se
retrouvent frustrés ; tout ce qui pourrait affaiblir le président
potentiellement candidat peut donc leur être utile, à commencer par un
dérapage de la situation sécuritaire.
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