Non seulement Vincent Lambert est sauvé, il commence à reprendre des forces !
C'est l'excellente, la magnifique nouvelle d'hier : à ses parents venus à
son chevet, nourri et hydraté de nouveau depuis samedi après-midi,
Vincent Lambert a souri. Souri d'un petit sourire en coin, joli et
complice, qui le rend aux yeux de ceux qui l'aiment plus beau que
n'importe quelle star.
C'est l'une des gentilles aides-soignantes qui a obtenu ce sourire. Ces
sourires. Ce sont elles qui soignent Vincent au jour le jour. Elles ont
pour lui une affection visible, véritable. J'imagine qu'elles sont
contentes de le voir revivre, après l'avoir vu volontairement privé de
nourriture et d'une grande part d'hydratation par « décision collégiale »
de « l'équipe médicale » du CHU de Reims.
— Vous avez vu ? Quand je passe la main dans les cheveux de Vincent, il sourit, dit une des aides-soignantes.
Et de joindre le geste à la parole :
— M. Lambert ? Vous me reconnaissez ? Je suis revenue. Souriez-moi : je vais vous passer la main dans les cheveux.
Et Vincent de sourire.
Elle le lui dit deux fois encore : « Souriez ! » Et il l'a fait.
Les parents, bouleversés de bonheur, ont vu qu'il ne s'agissait pas d'un rictus. Mais d'une réponse.
C'est le moment de préciser un détail de ce dossier. J'avais parlé de «
coma pauci-relationnel » à propos de Vincent Lambert. Un professeur de
neurologie contacté par Jérôme Triomphe, avocat de la famille Lambert, a
souligné qu'il est dans le cas de Vincent impropre de parler de « coma »
: il est dans un « état pauci-relationnel », puisqu'il est conscient de
son entourage et interagit avec lui.
Si bien qu'une pièce versée au dossier par le CHU de Reims – pour
justifier l'euthanasie lente de Vincent Lambert ! – note qu'un examen
approfondi réalisé par des spécialistes du coma en Belgique ont conclu
que le patient est dans un « état de conscience minimale plus », « avec
une perception de la douleur et des émotions préservées ».
Faut-il s'étonner dès lors que Vincent Lambert avait des épisodes « de pleurs, de cris, de sanglot (sic)
» comme le précise le mémoire de défense du CHU de Reims par lequel il
tentait de justifier la « décision médicale » de l'affamer à mort ?
Ce même mémoire croit pouvoir déceler des directives anticipées
informelles de la part de Vincent Lambert, dont parlent sa femme et
certains de ses frères et sœurs en expliquant qu'il a dit à l'occasion,
avant son accident, ne pas vouloir être maintenu artificiellement en
vie.
A la fin du mémoire de défense, on ose invoquer ceci :
« La volonté émise avant son accident par M. Lambert Vincent de ne pas être artificiellement maintenu en vie dans un état pauci-relationnel, a été rapportée par plusieurs membres de sa fratrie au Dr (…). »
Sans compter que la nourriture et l'hydratation ne maintiennent pas «
artificiellement » la vie, fût-ce en état de coma, notons ici
l'incroyable glissement. Peut-on vraiment imaginer que ce jeune homme
ait su ce qu'est un état pauci-relationnel ? Qu'il l'ait prévu, et prévu
aussi quel serait son sentiment en ce cas ? Prévu qu'il demanderait à
mourir faute de nourriture et d'eau ? Deux, trois mots prononcés au
détour d'une conversation permettent-ils de faire cette incroyable
extrapolation dont un médecin peut s'emparer pour couper les vivres à un
malade ?
Si c'est le cas – et c'est bien l'esprit de la loi Leonetti – il
devient urgent de faire des directives anticipées écrites demandant de
ne pas faire l'objet d'une décision d'abstention de soins ordinaires
ayant pour objet de provoquer la mort ! Je crois bien qu'il va falloir
rédiger une lettre type avec l'aide de médecins et de juristes
spécialisés.
Voici donc Vincent Lambert, 37 ans, tiré d'affaire, souriant, montrant un visage apaisé à ses parents.
Il s'agit maintenant d'obtenir son transfert d'un service de soins
palliatifs où il n'a rien à faire sous la houlette de spécialistes en
gériatrie vers une unité capable de prendre en charge son handicap
profond aussi bien que son état conscience diminuée mais réelle, avec
une prise en compte de ses besoins émotionnels, puisqu'il ressent aussi
bien la tristesse que la joie.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire