Longtemps, Patrick Gofman fut trotskiste. Tendance PCI. Comme
Lionel Jospin, Jean-Christophe Cambadélis ou Jean-Luc Mélenchon. Il y a
presque trente ans, il est passé de l’autre côté de la barricade,
apportant sa plume à divers organes de ce qu’il est convenu de surnommer
la droite nationale. Dans Trotskisme dégénéré, il revient sur les folles années de sa jeunesse. Sans nostalgie ni repentance.
Votre témoignage sur ce passé trotskiste est sans
complaisance ni repentance. Déjà, c’est digne. Nonobstant, on sent chez
vous le besoin, à un moment de votre adolescence, d’entrer en religion…
Il serait non seulement indigne mais aussi stupide de se repentir d’avoir eu 18 ans ! Et puis c’était tellement plus marrant de bâtir une secte incendiaire, de terroriser les adultes, plutôt que d’étudier docilement, d’être un « bon sujet », comme dans la comtesse de Ségur.
Il serait non seulement indigne mais aussi stupide de se repentir d’avoir eu 18 ans ! Et puis c’était tellement plus marrant de bâtir une secte incendiaire, de terroriser les adultes, plutôt que d’étudier docilement, d’être un « bon sujet », comme dans la comtesse de Ségur.
À vous lire, il y aurait dans le communisme et sa version
trotskiste une sorte de dimension eschatologique. Vous attendiez le «
Paradis sur Terre » et pratiquiez les confessions publiques plus ou
moins forcées.
« L’autocritique » à laquelle vous faites allusion était plutôt
stalinienne et maoïste. Ce qui ne fait aucun doute, ce sont les emprunts
de Lénine au christianisme, parfois mot à mot : « Hors du Parti, point
de salut ! » L’ex-séminariste Staline, pendant la guerre civile : « J’ai
ramené tel régiment à la foi orthodoxe ! »
Le gaullo-pompidolisme immobilier, malgré ses augustes racines résistancialistes, valait-il toujours forcément mieux ?
Non seulement il ne valait pas mieux, mais il nous qualifiait
d’enragés sans bien comprendre que la rage nous venait de son
affairisme, de son hypocrisie, de son oppression conservatrice…
Vous voilà désormais relégué dans un autre champ politique
alternatif, celui du « Mouvement national », notion qu’on trouve sous
votre plume et dont nous vous laissons l’entière responsabilité. D’un
château l’autre ?
Pourquoi « relégué » ? Je suis heureux d’aider tout le mouvement
national, sans adhérer à aucune de ses composantes. Mon retour à la
patrie est sincère et même enthousiaste. Un soir, Jean-Marie Le Pen
m’achète un exemplaire de mon Dictionnaire des emmerdeuses (Grancher),
le lendemain, le mouvement Synthèse nationale, opposition « de droite »
composée d’anciens transfuges du FN, publie Le Trotskisme dégénéré. Oui,
d’un château, d’une joie, d’une liberté l’autre…
À lire votre livre, il y a beaucoup d’humour et de colère
sous votre plume. Lequel de ces deux sentiments prédomine-t-il en cette
jolie journée de printemps ?
On a assez répété que « l’humour est la politesse du désespoir ». En
cette belle journée de printemps français, j’oscille en chantant de la
colère plaisante à la blague furibonde !
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Entretien de Nicolas Gauthier avec Patrick Gofman
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