Les
manifestations de rue sont une des formes majeures de l’exercice de la
citoyenneté et de la liberté d’expression, même si elles signalent
d’ordinaire l’opposition plus que l’assentiment à la politique du
Pouvoir en place… Ainsi, ce printemps 2013 montre-t-il, par la multiplicité des défilés, des actions de rue et des veilles, le désaveu des politiques gouvernementales par une partie importante de l’opinion publique et, parfois, pour des raisons fort différentes.
Mais la
Gauche, d’habitude plus prompte à occuper la rue que la Droite, se
trouve cette fois largement débordée, et frustrée de ne plus être celle
qui bat le pavé dont elle faisait jadis un symbole de son identité
« révolutionnaire » : cette situation est-elle si étonnante ? Même M.
Mélenchon a fait les frais de cette réalité du moment qui veut que la
Gauche ne puisse plus descendre dans la rue sans être accusée de faire
le jeu de la Droite ou de l’extrême Droite ! Ainsi, sa démonstration de
force du dimanche 5 mai n’a-t-elle pas été très convaincante et
a-t-elle, au contraire, montré l’isolement de cette mouvance antilibérale de Gauche au sein de la Gauche en général
et une certaine indifférence amusée de la population à son égard : les
chiffres, d’ailleurs, sont cruels, même si M. Mélenchon, en bon
connaisseur des réalités politiques, savait sans doute qu’ils seraient
effectivement à son désavantage, et qu’il le savait avant même le jour
de sa manifestation…
Quand la préfecture de police annonce 30.000, le
nombre de manifestants a de bonnes chances d’être sous-évalué, comme le
furent ceux des manifestations contre le mariage homosexuel des 13
janvier et 24 mars, ramenés aux environs de 300.000 par les mêmes compteurs (conteurs ?) de la préfecture.
Deux remarques néanmoins sur les chiffres :
1. Ce chiffre de 30.000, c’est, de toute façon, dix fois moins que celui annoncé par cette même préfecture de police pour les manifestations d’opposition au mariage homosexuel,
ce qui tend à prouver que M. Mélenchon est bien loin de pouvoir, en ce
domaine, concurrencer Mme Barjot et ses amis. Du coup, en quoi les
revendications de M. Mélenchon seraient-elles plus écoutées que celles
de Mme Barjot ? Si l’on s’en tient à une simple « démocratie comptable », M. Mélenchon est, là encore, le grand perdant de la rue…
2. Le même jour, pour une manifestation sans grand enjeu destinée à maintenir la pression sur le gouvernement, « la Manif pour tous » réunissait, toujours à Paris, 15.000 personnes selon la préfecture, ce qui équivaut déjà à la moitié de la manifestation nationale de M. Mélenchon,
alors même que d’autres manifestations contre le mariage homosexuel
rassemblaient, à Lyon ou à Rennes, plusieurs dizaines de milliers de
personnes, pour un total dépassant les 100.000… Là encore, dans la même logique de « démocratie comptable », M. Mélenchon est aussi le perdant du jour…
Lorsque des manifestantes opposées au mariage homosexuel participent aux... deux manifestations du jour !
Dans
cette affaire, M. Mélenchon n’a pas réussi à convaincre les électeurs de
Gauche de descendre dans la rue pour contester le libéralisme supposé
du gouvernement de M. Ayrault, ne serait-ce que parce qu’il me semble
que, en fait, la Gauche est tétanisée par la situation actuelle
: la plupart de ses électeurs, fussent-ils très critiques envers la
politique suivie, ne veulent pas donner l’impression de se désavouer et
préfèrent se réfugier dans une sorte d’attentisme en espérant que les
choses iront mieux dans quelques temps. D’autre part, il devient
difficile pour eux de descendre dans la rue quand, depuis plusieurs
mois, le gouvernement ne cesse de répéter que ce n’est pas la rue qui fait la loi,
en visant les opposants au mariage homosexuel mais aussi, par ce
discours, en mettant en garde ceux qui à Gauche auraient pu être tentés
par cette initiative… D’autant plus difficile qu’une partie du public de Gauche, en particulier à Paris, éprouve désormais une aversion profonde pour « le peuple des pavés »
et en appelle, comme le prouvent à l’envi de nombreuses interventions
sur les médias ou forums de discussion sur la toile, à une véritable
répression contre les manifestations de rue, même contre celles,
pacifiques, des « veilleurs », allant parfois jusqu’à demander
l’interdiction des manifestations contre la loi Taubira pour le simple
fait que cette loi est votée… Drôle de conception de l’Etat de Droit : devrait-on ainsi limiter la discussion, et éventuellement l’opposition, à tout ce qui n’est pas encore voté ?
Ainsi, la Gauche abandonne-t-elle la rue à ses opposants
et le gouvernement semble dire que la Gauche, désormais, doit être avec
lui ou ne pas être reconnue comme telle… M. Mélenchon n’a pas réussi à
briser cette logique malgré ses efforts certains et, d’une certaine
manière, méritoires.
J.P Chauvin http://nouvelle-chouannerie.com
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