Scène d’anthologie, mardi 23 avril 2013, place des Invalides, à l’issue de la manifestation contre la loi Taubira :
Une jeunesse ardente prend à partie des journalistes (?) de Canal+
qui courent se réfugier derrière les CRS. Difficile de mieux souligner
l’alliance des médias et du pouvoir. La connivence entre la police de la
pensée et la police tout court, comme dans les régimes totalitaires les
plus perfectionnés. Jean-Yves Le Gallou fait le point sur les
responsabilités des médias dans la loi Taubira.
Polémia.
Polémia.
1-Faire accepter la loi Taubira dans l’opinion n’est pas une mince affaire
Il s’agit, selon Madame Taubira, d’un « changement de civilisation »
– en tout cas d’une rupture avec les traditions millénaires du mariage,
chrétien bien sûr, mais aussi romain. Le tout pour complaire à la
minorité d’une minorité : 100.000 couples homosexuels, 10.000 enfants
vivant dans ces couples (moins de 1 pour 1.000 enfants). Pourtant, selon
la tradition républicaine la loi traite des affaires générales, pas des
cas particuliers. Et l’Etat n’est pas responsable du bonheur privé. Et « on ne change pas la société par décret » (Crozier), ni la civilisation par la loi.
2-Pour imposer à l’opinion la loi Taubira et le mariage homosexuel, il a donc fallu un intense effort de persuasion
Bien plus que le gouvernement ce sont les médias qui s’en sont
chargés : des médias qui, en l’occurrence, n’ont pas été des moyens
d’information mais des organes de propagande. Tous les instruments de la désinformation ont été utilisés.
3-Et d’abord la novlangue
Les médias ont complaisamment relayé l’appellation de « mariage pour tous »,
changeant ainsi le sens du mot « mariage » initialement défini comme
l’union d’un homme et d’une femme. Au demeurant, le mariage pour tous –
au nom de l’amour – ne sera pas pour tous : on ne sache pas que le père
pourra épouser la fille, la mère, le fils, ou le frère, le frère !
4-La séquence émotion ensuite
Le jour où la loi Taubira fut présentée en conseil des ministres Le Parisien fit toute sa une sur « Raphaëlle heureuse avec deux mamans ». Pourquoi un tel choix ? « Jérémie étouffé par deux mères abusives » aurait été un sujet ni plus ni moins anecdotique.
5-Le syllogisme diabolisant
L’homophobie est un délit. Etre contre le mariage des homosexuels,
c’est de l’homophobie. Donc ceux qui sont contre la loi Taubira sont des
délinquants et des salauds. Ainsi les adversaires de la loi sont en
permanence mis en accusation dans les médias par une rhétorique
culpabilisante.
6-Le débat déséquilibré
L’un des premiers débats eut lieu sur Direct 8 : cinq harpies
favorables à la loi Taubira – dont Ferrari, Bachelot et Pulvar – mirent
sur le gril un maire rural, défenseur du mariage d’un homme et d’une
femme et passant pour la première fois à la télévision. Dans un tel
combat inégal le malheureux fut pulvarisé !
7-Le faux débat
Autre variante du débat biaisé : le faux débat, le débat entre
compères d’accord sur l’essentiel. C’est la spécialité des matinales
radiophoniques : L’Express contre Le Point, Le Nouvel Observateur contre Marianne.
8-Les fausses fenêtres
Mettre sur le même plan et hors de tout contexte des événements
radicalement différents. France Info présenta ainsi les événements du
dimanche 23 avril 2013 :
- - Manifestation des anti Taubira : 270.000 personnes selon les organisateurs, 45.000 selon la police, soit six fois moins (sous-entendu, ils n’étaient pas bien nombreux…) ;
- - Manifestation pro mariage gay : la Place de la Bastille, « noire de monde » ; pas mal avec 3.500 personnes (toujours selon la police), cela fait une personne pour 10 mètres carrés. Noir de monde, vous dis-je !
- - Et, dans la foulée, la répétition des « quatre agressions homophobes » des quinze derniers jours.
9-Orchestration et sidération
Chaque jour en France 1.000 plaintes pour violences contre des
personnes sont déposées, soit 15.000 tous les quinze jours. Bien peu de
ces agressions sont médiatisées. Mais les quatre agressions – en deux
semaines d’avril 2013 – dont se déclarèrent victimes des couples
homosexuels ou des bars gays firent l’objet de répétitions en boucle et
sur tous les médias dans le but de sidérer l’opinion.
10-La technique du bon vieux bobard
Dans trois cas sur quatre (à Paris, Bordeaux ou Nice), le caractère
homophobe des agressions reste à démontrer : à Paris et à Bordeaux, les
victimes des contusions ignorant tout d’agresseurs qui n’ont pas
revendiqué leurs actes ; à Nice, c’est le caractère… francophobe de
l’agression commise par des étrangers qui ne fait aucun doute. La
prudence s’imposait donc. D’autant qu’en 2004 la prétendue agression
homophobe hypermédiatisée de Sébastien Nouchet s’est révélée une
supercherie – une supercherie qui a tout de même permis le vote de la
loi Perben criminalisant « l’homophobie ». Le bobard médiatique est un puissant adjuvant législatif !
Savoir retirer une loi
En 1968, le gouvernement Pompidou renonça à la loi Peyrefitte de
réforme des universités. En 1986, le gouvernement Chirac renonça aux
lois Devaquet (université) et Chalandon (code de la nationalité). En
1994, le gouvernement Balladur accepta de vider de tout contenu la
réforme de la loi Falloux. En 2006, le gouvernement Villepin renonça au
CPE (Contrat première embauche).
Pourtant il y eut alors moins de manifestants dans les rues et (sauf
en 1968) moins de contestations dans l’ensemble du pays. Comment se
fait-il donc que le gouvernement actuel n’envisage pas de renoncer à la
loi Taubira ?
Loi Taubira ? Un effet de la tyrannie médiatique
L’explication est simple : la loi Taubira est soutenue par le premier
pouvoir, le pouvoir médiatique, le pouvoir sur les esprits. Si Hollande
renonçait à la défendre, son geste d’apaisement serait interprété comme
une trahison par la classe médiatique ; car les valeurs cosmopolites
qu’elle porte la conduisent à promouvoir la dénaturation du mariage. Il
est donc normal que les journalistes se sentent plus proches (dans la
narration des incidents comme dans les comptages des manifestants) des
CRS que des manifestants car les CRS défendent un pouvoir qui est sous
l’influence directe des médias. Pour les médias la police est sympa
lorsqu’elle est mise au service de la police de la pensée.
Contester de manière ludique et pédagogique le pouvoir médiatique
La question qui se pose est donc la suivante : le temps n’est–il pas
venu de s’attaquer à ce qui est, au-delà des apparences, le premier
pouvoir, le pouvoir médiatique ?
Et d’inventer des formes nouvelles de contestation aussi ludiques que pédagogiques.
Le Mur de Berlin est tombé, le mur des médias tombera. A condition de s’en occuper…
Précisions. Certains journaux («Le Figaro», «Valeurs actuelles»)
ont fait preuve d’un certain pluralisme dans l’information, y compris
sur les querelles de chiffres. De leur côté, certaines chaînes d’infos
(BFM TV par exemple) se sont efforcées de couvrir largement les
événements.
En revanche Canal+ n’est pas une chaîne d’infos c’est de la haine sans infos.
Dans la lutte contre la tyrannie médiatique, il est permis de choisir ses cibles avec discernement.
En revanche Canal+ n’est pas une chaîne d’infos c’est de la haine sans infos.
Dans la lutte contre la tyrannie médiatique, il est permis de choisir ses cibles avec discernement.
Voir aussi :
Du bidonnage Nouchet à la prétendue agression « homophobe » du 7 avril 2013 ou comment faire passer une loi en manipulant un fait divers ?
La Tyrannie médiatique de Jean-Yves Le Gallou
Vote de la loi Taubira : extension du domaine de la lutte
Désinformation et bobards sur les prétendues agressions homophobes
Du bidonnage Nouchet à la prétendue agression « homophobe » du 7 avril 2013 ou comment faire passer une loi en manipulant un fait divers ?
La Tyrannie médiatique de Jean-Yves Le Gallou
Vote de la loi Taubira : extension du domaine de la lutte
Désinformation et bobards sur les prétendues agressions homophobes
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire