"Juridiquement, [l'abrogation] emporte suppression de la loi mais
exclusivement pour l'avenir, laissant,
ainsi, persister ses effets
passés. Il ne serait pourtant pas
difficile d'en prononcer carrément
l'annulation (c'est-à-dire avec effet
rétroactif), pour peu que l'on
ait un peu de courage. Certes, on
pourra toujours objecter qu'une
telle rétroactivité serait illégale
au regard des principes généraux
du droit français. Ce à quoi l'on
rétorquera que la loi Taubira étant
affectée, dès sa conception, d'un
vice incoercible d'irrégularité, son
effacement ex ante et ex post de
l'ordre juridique constituerait une
équitable compensation.
Mais une telle hypothèse ne serait
sérieusement envisageable
que si elle était soumise à référendum.
En effet, il convient d'opposer
à une loi parlementaire la
force supérieure de la légitimité
du peuple. Ce qui vaudrait dans
une monarchie serait, a fortiori,
valable en démocratie. La constitutionnaliste
Anne-Marie Le Pourhiet
estime, à bon droit, que
« les éléments essentiels du
contrat social d'une nation ne
[peuvent] être changés par une
simple majorité passagère dans
une ou deux chambres de représentants
élus, mais une telle responsabilité
[doit revenir] directement
aux citoyens eux-mêmes
». Ainsi, même si la loi
Taubira est déclarée conforme à
la Constitution de 1958, il appartiendra,
ainsi que l'écrivait le
doyen Vedel, « au souverain, à
la condition de paraître en majesté
comme constituant [...]
dans une sorte de lit de justice
[de] briser » l'arrêt du juge constitutionnel."
Michel Janvahttp://www.lesalonbeige.blogs.com/
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