Tout d'abord on doit les ramener à leur dimension
franco-française : l'austérité en France, et même ce qu'on appelle la
rigueur, et même ce que les socialistes français appellent, sans rire, le
"sérieux budgétaire", à Paris cela n'a jamais commencé.
Les dépenses publiques hexagonales, en effet, sur les trois
dernières années constatées, ont été:
- en 2010 : 1 094 milliards d'euros
- en 2011 : 1 119 milliards d'euros
- en 2012 : 1 149 milliards d'euros
- en 2010 : 1 094 milliards d'euros
- en 2011 : 1 119 milliards d'euros
- en 2012 : 1 149 milliards d'euros
Les ministres ont passé, l'eau a coulé sous les ponts de
Bercy, à l'équipe Lagarde-Woerth a succédé le tandem Baroin-Pécresse, et
celui-ci a laissé la place il y a 12 mois à l'attelage Moscovici-Cahuzac, ce
dernier ayant cédé son maroquin à Bernard Cazeneuve pour les raisons que l'on sait.
En vérité la haute direction des finances publiques n'a jamais
cessé de dépendre de hauts fonctionnaires dont le grand public ignore les noms
et dont les préoccupations échappent au commun des contribuables.
Contentons-nous ici de constater le résultat.
Malgré les discours sur la RGPP, révision générale des
politiques publiques, devenue MAP, modernisation de l'action publique,
- malgré les efforts de la défunte DGME, direction générale de la modernisation de l'État, remplacée par le SGMAP, secrétariat général pour la modernisation de l'action publique,
- malgré le tournant verbalement courageux des discours lus à la tribune de l'assemblée par Mme Pécresse à partir de septembre 2011,
- au plan des actes : la collectivité française n'a pas réduit d'un centime le périmètre de ses gaspillages institutionnels.
- malgré les efforts de la défunte DGME, direction générale de la modernisation de l'État, remplacée par le SGMAP, secrétariat général pour la modernisation de l'action publique,
- malgré le tournant verbalement courageux des discours lus à la tribune de l'assemblée par Mme Pécresse à partir de septembre 2011,
- au plan des actes : la collectivité française n'a pas réduit d'un centime le périmètre de ses gaspillages institutionnels.
Elle les a même accrus.
On a été choqué, à fort juste titre, de la volonté explicite
de la classe politique de ne pas rogner d'un euro sur ses propres prébendes,
indemnités, avantages en nature, régimes de retraites dérogatoires, etc.
Mais les communiquants ne se sont pas attardés à reprendre les
questions que pose Agnès Verdier-Molinié dans son excellent petit livre "60
milliards d'économies" (2)⇓ notamment
sur les privilèges de la haute fonction publique et sur l'opacité organisée du
système.
Moscovici présentait, le 5 mai, l'accord de tolérance
avec Bruxelles du 3 mai, différant de deux ans la mise aux normex des comptes
publics de la République comme une "victoire des thèses
françaises".
Il aurait pu remarquer que cette décision se traduit surtout
par un approfondissement du fossé franco-allemand.
La veille de ses déclarations, dès le 4 mai, Le Monde (3)⇓
soulignait en effet les réactions négatives outre-Rhin. Elles ne viennent ni du
porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert, qui parle d'un "processus
normal" ni même du ministre des
finances. Habituellement plus ronchon, Wolfgang Schäuble observe de façon
neutre que : "le pacte de stabilité (...) permet une
certaine flexibilité dans l'application des règles". (4)⇓
Au contraire, plusieurs parlementaires de droite, plus libres
de leurs déclarations, désapprouvent ouvertement ce sursis. (5)⇓
Citons :
Michael Stübgen, responsable des questions européennes du
groupe parlementaire CDU-CSU : "C'est le mauvais signal. Je ne
constate pas que la France entreprenne des réformes. Allonger le délai, c'est
simplement dire: continuez comme cela".
Alexander Dobrindt, secrétaire général de la CSU
bavaroise : "ne donnons pas un bonus spécial pour la politique
d'échec du président François Hollande."
Hermann-Otto Solms, expert financier du FDP : "Les
Etats doivent faire leurs réformes aussi vite que possible, assainir leurs
finances publiques et améliorer la compétitivité de leurs entreprises".
Patrick Döring secrétaire général du FDP :"On
voit maintenant où mène la mauvaise politique de la France. Un plus grand
chômage, des impôts au plus haut, de faibles investissements et pas de
croissance".
Voilà ce que pensent les Allemands.
Au-delà de ce discord de plus en en plus visible on doit beien
mesurer que la politique et les déclarations de Moscovici ressemblent comme
deux gouttes d'eau à celles que suivit à partir de 2009 le gouvernement de
Papandréou et de son ministre des Finances. Ce dernier, membre comme Moscovici
du groupe de Bilderberg, croyait possible de "finasser" avec les
exigences du FMI auquel le gouvernement d'Athènes fit appel.
Alors le directeur général de cette énorme technocratie
s'appelait Dominique Strauss-Kahn.
Aujourd'hui son successeur Madame Lagarde ne tient pas le même
discours. Elle intervenait
officiellement au symposium de Saint-Gall des 2 et 3 mai "déclarant la
guerre au consensus mou. Récemment, le FMI semblait recommander d’alléger
l’austérité. Christine Lagarde refuse cette interprétation." (6)⇓. Ses propos vont désormais dans le sens, non de
la "rigueur", non du "sérieux budgétaire", mais de la
"consolidation fiscale" et même explicitement de
"l'austérité". Tout en préconisant une "combinaison" entre
pression fiscale et réduction des dépenses, elle reconnaît aujourd'hui qu'il
n'y a "pas d'alternative à l'austérité" (7)⇓. Voilà qui, certes peut faire sourire dans la mesure où cela
tranche avec la politique du gouvernement Fillon auquel elle avait appartenu
pendant quatre ans, de 2007 à 2011.
Moscovici trompe les Français et peut-être se
trompe-t-il lui-même en croyant possible de ne pas réduire la dépense publique.
Les solutions existent et elles se révèlent bénéfiques à moyen terme pour les
pays qui manifestent le courage de les mettre en œuvre. Puis-je me permettre de
souligner ici que dès 2012 j'indiquais quelques pistes en vue de cet
assainissment libérateur, nécessaire à la France, afin que "plus léger
soit notre tribut". (8)⇓
JG Malliarakis http://www.insolent.fr/
Apostilles
- sur Europe N°1.⇑
- cf. "60 Milliards d'économies" par Agnès Verdier-Molinié, 240 pages, 2013, éditions Albin Michel ⇑
- cf.Le Monde.fr avec AFP | 04.05.2013 à 12h07⇑
- cf.Bild am Sonntag 5 mai⇑
- cf.Focus daté du 5 mai.⇑
- cf.Temps de Genève du 3 Mai 2013⇑
- cf.interview à la RTS et repris par AFP et cité par Le Monde 02.05.2013 à 17h41⇑
- cf. "Pour une libération fiscale".⇑
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