La
chaîne humaine organisée l’autre jour autour de Notre-Dame-des-Landes
pour s’opposer à la construction du grand aéroport voulu par l’ancien
maire de Nantes, aujourd’hui premier ministre, a été un beau succès, en
particulier médiatique : elle a aussi confirmé que la mobilisation ne faiblit pas, désormais, face à un gouvernement que l’on sent et que l’on sait, lui, affaibli, en particulier dans l’Opinion publique et dans la rue qu’il ne maîtrise qu’à grand peine…
Alors que le front de « la Manif pour tous
» est toujours ouvert et qu’il se fait pressant au point qu’aucun
déplacement de ministre n’échappe à la présence d’opposants au mariage
homosexuel et aux réformes dites sociétales, en attendant la
manifestation du 26 mai qui s’annonce compliquée à gérer pour le Pouvoir
en place ; alors que le front social pourrait bien se réveiller dans les semaines qui viennent sur la question des retraites, de leur réforme et de leur financement ; alors que la question toujours pendante de la sécurité s’invite dans les débats depuis Marseille et Paris (en particulier ces derniers soirs avec les images des échauffourées du Trocadéro et des pillages de magasins des Champs Elysées ; le gouvernement cherche à éviter l’ouverture d’un nouveau front, entre autres parce qu’il n’a plus les moyens humains et policiers d’y faire face, et qu’il s’inquiète de voir un nouveau Larzac poindre à l’horizon et dont il serait, cette fois, la victime…

Sur l'emplacement de l'aéroport en projet...
Pendant ce temps, Vinci,
concessionnaire pour 55 ans de l’aéroport encore à l’état de projet, ne
s’inquiète pas vraiment, et cela pour la simple et bonne raison que,
construction ou pas, elle reste gagnante dans l’un ou l’autre des cas :
si l’aéroport se fait, parce que la société en tirera quelques
bénéfices ; si le projet n’aboutit pas, car l’Etat, en cas de dédit, « devra
rembourser à Vinci les sommes investies et couvrir le manque à gagner,
précise le contrat de concession. En clair, rembourser les sommes que
les actionnaires entendaient toucher : 11 millions d’euros par an, selon
le plan de financement détaillé dans les annexes du contrat. Sur
cinquante-cinq ans, l’ardoise s’élèverait donc à 605 millions d’euros », comme le précise la revue Terraeco dans son numéro du mois de mai 2013. Un sacré piège financier
dans lequel l’Etat s’est fourré lui-même… On comprend que M. Ayrault
reste discret sur cette question et que M. Montebourg se soit emporté
contre lui il y a quelques mois lors de l’affaire de Florange.
J’ai néanmoins l’intime conviction que cet aéroport ne se fera pas,
et je partage celle-ci avec Jean-Jacques Bourdin qui, il y a quelques
mois, prédisait sur RMC l’enterrement à venir de ce projet : trop
d’obstacles se sont accumulé sur la route des promoteurs de cet aéroport à la fois trop coûteux (sur le plan financier comme, surtout, sur le plan environnemental) et déjà dépassé,
à l’heure où les lignes rapides de chemins de fer et les surcoûts du
kérosène dans les années prochaines (sommes-nous vraiment éloignés du
« pic pétrolier » ?) se conjuguent pour rendre l’avion moins attractif
pour les déplacements nationaux qui sont censés constituer une large
part du trafic futur de l’aéroport projeté.
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