Assurément
non : la liberté d’expression, la liberté des ondes et d’Internet sont
des biens précieux… de surcroît protégés par la technologie. Et pourtant
on sait aujourd’hui de source sûre que la télévision tue et abêtit. La
méta-étude du neuroscientifique Michel Desmurget, T.V. Lobotomie. La vérité scientifique sur les effets de la télévision
(1), ne laisse aucune place au doute. Il n’est plus possible à
l’honnête homme d’ignorer ces faits. Ni de ne pas en tenir compte. Ce
qui implique de limiter l’emprise publicitaire, notamment sur les
enfants. Andrea Massari fait le point.
Polémia
T.V. Lobotomie : la méta-étude de Michel Desmurget
Depuis
plus d’un demi-siècle des études scientifiques sont conduites sur les
effets de la télévision. Michel Desmurget a réalisé la synthèse d’un
millier d’entre elles : T.V. Lobotomie. La vérité scientifique sur les effets de la télévision.
La
conclusion est sans appel : les 3 h 30 passées en moyenne chaque jour
devant l’écran de télévision – au total seize ans de vie éveillée – ont
un coût terrifiant : fréquence plus grande de l’obésité, augmentation
des risques de maladies cardio-vasculaires, déclin du niveau cognitif
des seniors, corrélation entre exposition à la télévision et
développement de la maladie d’Alzheimer, diminution de l’espérance de
vie et affaiblissement de la vie sociale. Voilà pour la population
générale. Et le professeur Desmurget de conclure : après la cigarette ou
le fast food, nul doute que la télévision sera la prochaine grande question de santé publique.
Pour
les jeunes, il faut ajouter : apathie plus fréquente et taux d’échec
scolaire proportionnels à l’exposition à la télévision, propension
accrue à la violence et aux comportements sexuels à risques.
La télévision et l’enfant
Le
blogue de la liberté scolaire (2) a ainsi résumé l’impressionnante
liste des effets nocifs de la télévision tels que Michel Desmurget les a
établis :
—
La télévision « empêche le déploiement optimal des fonctions cérébrales
», compromettant ainsi « l’ensemble du devenir intellectuel, culturel,
scolaire et professionnel de l’enfant ».
—
La télévision fait apparaître des troubles du langage chez l’enfant,
associés à des troubles de l’élocution, notamment parce qu’elle limite
les interactions entre les personnes réelles et laisse moins de temps
aux activités ludiques spontanées.
—
La télévision occasionne des retards de langage et fait baisser le
niveau de compétence langagière; elle limite l’acquisition de
vocabulaire et l’accès aux compétences syntaxiques de base.
—
La télévision a un « impact négatif sur l’attention, les facultés
d’apprentissage et la réussite scolaire à long terme », avec un risque
accru de quitter l’école sans diplôme et de ne jamais s’asseoir sur les
bancs de l’université.
—
La télévision occasionne des difficultés en lecture et fait baisser le
temps de lecture, qui se trouve réduit à la portion congrue; ainsi, un
flux cathodique permanent (la télévision en bruit de fond) diminue de
presque 30 % le temps de lecture des 5 – 6 ans, qui passe de 49 à 35
minutes quotidiennes en moyenne.
—
La télévision fait baisser le niveau scolaire général, en français
comme en mathématiques et, par manque d’interaction, n’aide en rien à
apprendre les langues étrangères.
—
La télévision fait baisser le niveau universitaire. L’étudiant soumis
depuis la petite enfance à une forte exposition à la télévision souffre
de très graves lacunes en orthographe, en conjugaison, en syntaxe, en
vocabulaire, il manque de logique, de capacités analytiques et d’esprit
de synthèse – tout cela lui interdit tout accès à des savoirs complexes.
—
La télévision, « troisième parent cathodique », réduit « drastiquement
le volume et la qualité des interactions parents – enfants », mutilant
ainsi la sociabilité intrafamiliale.
— La télévision castre l’imaginaire enfantin; les enfants rejouent les scripts des films et des séries et n’inventent plus de jeux.
— La télévision augmente la consommation de tabac et d’alcool et la fait commencer plus tôt.
—
La télévision pousse au sexe de plus en plus jeune et génère des taux
élevés d’avortements chez les adolescentes (cf. une étude qui porte
spécifiquement sur l’addiction à la série mythique « Desperate Housewives » et démontre qu’elle multiplie par trois le risque de grossesses non désirées chez les adolescentes).
—
La télévision constitue une addiction psychologique chez les enfants et
les adultes, notamment en accaparant l’attention par le changement
perpétuel.
—
La télévision augmente l’obésité. Regarder la télévision plus de deux
heures par jour multiplie le risque de surpoids d’un enfant de trois ans
de 2,6 %; pour un adolescent, ce risque augmente de 55 %.
L’étude
de Michel Desmurget doit être prise au sérieux surtout si l’on
considère que 50 % des Français allument la télévision en arrivant chez
eux, par réflexe, et qu’ils la regardent en moyenne 3 h 30 par jour.
Protéger les jeunes enfants d’une expositionvdangereuse à la télévision
C’est
évidemment aux parents d’agir pour protéger leurs enfants des effets
néfastes de la télévision alors qu’elle apparaît souvent comme le baby-sitter le plus commode (toujours disponible) et le moins coûteux (du moins à court terme !).
Michel
Desmurget donne cinq pistes aux parents responsables : au mieux « zéro
télé » pour toute la famille; sinon, pas de poste dans la chambre des
enfants; pas de télévision avant six ans; moins de trois heures par
semaine devant un écran (télévision ou vidéo) pour les écoliers et les
collégiens, et jamais le soir; et pour les adultes, avoir toujours à
l’esprit les risques d’isolement, de maladies, de déclin cognitif…
Casser l’addiction publicitaire
Encore
faut-il que les parents soient correctement informés : or, la réalité
est tout autre ! Les parents sont en effet sollicités par des publicités
en faveur de programmes pour bébés ou très jeunes enfants dont on leur
raconte que cela contribue à leur éveil… Ce qui est un mensonge absolu.
Il
nous faut aussi décrypter la logique publicitaire : réaliser des
programmes pour enfants, truffés d’images et de messages, pour
transformer les mineurs en prescripteurs d’achats de leurs parents; et
les formater à la consommation avant dix ans. Cette logique-là est
proprement inacceptable Elle pourrait être brisée : en interdisant la
mise à l’étalage des produits dont la promotion repose sur la publicité –
ouverte ou clandestine – à destination des enfants. Mais cela
supposerait une indépendance de la classe politique vis-à-vis des lobbies… (3)
De
même, l’usage de la télévision par les nourrices agréées devrait être
strictement interdit, au même titre que l’est le recours à des calmants
chimiques.
Ne pas imposer aux adultes une exposition non voulue à la télévision
« Fumer tue ». La télévision aussi.
Contre
le tabac des mesures de prophylaxie collective ont été prises : chacun
reste libre de fumer mais l’interdiction de fumer dans les lieux publics
protège les non–fumeurs de la nocivité du tabac.
Il
devrait en être de même pour la télévision. Chacun, bien sûr, doit
pouvoir rester libre de regarder ou non, chez lui, la télévision. Mais
chacun devrait aussi pouvoir rester libre de ne pas se voir imposer la
télévision en dehors de chez lui. Tel n’est pas le cas. Au contraire, il
est insupportable que les écrans de télévision soient imposés à tous
dans l’espace public : commerces, transports, cafés et restaurants. Et
qu’on ne vienne pas dire que chacun peut choisir de regarder dans une
autre direction car le cerveau humain est un cerveau programmé pour
regarder ce qui bouge. Quand une télévision est allumée, tout le monde
la regarde, volens nolens.
L’exposition
publicitaire télévisuelle obligatoire dans les lieux publics n’est donc
rien d’autre qu’une technique d’ahurissement qui doit être dénoncée
comme telle. Et elle doit être interdite pour préserver la liberté
d’esprit de tous.
Les voleurs de cerveaux
Nous n’avons fait qu’évoquer ici de simples mesures d’hygiène.
— Hygiène individuelle, chez soi.
— Hygiène collective : à l’extérieur.
Leur
mise en œuvre sera évidemment difficile : car le monde d’aujourd’hui
appartient à ceux qui – selon l’expression de Patrick Le Lay – «
achètent du temps de cerveau disponible » à T.F.1. C’est bien contre « Big Brother » qu’il faut se révolter.
Andrea Massari
Notes
1 : Michel Desmurget, T.V. Lobotomie. La vérité scientifique sur les effets de la télévision, Max Milo Éditions, 2011, 318 p., 19,90 €.
2 : cf. Le blogue de la liberté scolaire, <http://www.liberte-scolaire.com/>.
3 : Cf. sur Polémia l’article de H. Calmettes « L’Addictature : La tyrannie de la dépendance », mis en ligne le 19 mai 2010.
• D’abord mis en ligne par Polémia, le 12 octobre 2011.
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