Article publié dans l'Action Française du 2 au 15 mai 2013
Par Adrien Abauzit
Le constat est tellement évident que nous avons presque honte de le
dire : le PS est depuis le « tournant de la rigueur » (1983), un parti
qui travaille officiellement pour les intérêts de l'oligarchie
financière.
Une fois revenu au pouvoir, il était donc annoncé qu'il trahisse à
nouveau la France. En témoigne son travail depuis onze mois : adoption
du TSCG, validation du MES, énième ralliement au libre-échange via le
rapport Gallois et avortement du Glass-Steagall Act tant promis.
N'oublions pas non plus le marché transatlantique, prévu de longue date,
contre lequel le PS, évidemment, omettra de mettre son véto le moment
venu.
A côté de tout cela, sur la base de l'Accord national
interprofessionnel (ANI) du 11 janvier 2013, le PS nous prépare, dans sa
réforme prochaine du droit du travail, un clou du spectacle auquel nous
ne voulions croire : le détricotage en douce du CDI.
Ce qu'est le CDI et ce qu'il va en rester
Un CDI est un contrat de travail qui offre deux garanties au salarié.
Un, le contrat de travail ne peut être régulièrement rompu qu'en cas de
cause réelle et sérieuse de licenciement. Deux, l'employeur ne peut
modifier unilatéralement le salaire, le temps de travail, la
qualification et le lieu de travail du salarié.
Grâce à ces deux garanties, le salarié dispose d'instruments qui lui
permettent de défendre ses conditions de travail contre l'employeur
malveillant. Autrement dit, les abus de l'employeur sont soit empêchés,
soit sanctionnés en justice le cas échéant. A cet égard, la
jurisprudence de la chambre sociale de la Cour de cassation, globalement
favorable au salarié, veille à ce que le CDI reste un « donjon »,
c'est-à-dire que sans l'accord du salarié, son contrat de travail reste
inchangé.
Pour démonter cette jurisprudence, Hollande, comme à son habitude,
finasse. Une loi dont l'article 1er serait : « les garanties offertes
par le CDI sont abolies » ferait mauvais genre, puisqu'officiellement
François Hollande est de gauche et que le souvenir du CPE est toujours
dans les têtes. Hollande a donc préféré laisser les syndicats et le
MEDEF conclure un accord ; un accord écrit en novlangue suffisamment
complexe de technique juridique pour que le quidam moyen soit
circonvenu.
Parmi les nombreux points de la réforme, deux se distinguent par leur
importance : les accords de maintien dans l'emploi et la négociation
sur la mobilité interne.
L'accord de maintien dans l'emploi est un accord d'entreprise qu'il
sera possible de conclure en cas de difficultés financières de
l'entreprise. L'accord permettra à l'employeur de trouver « un nouvel
équilibre global dans la répartition salaire/temps de travail/emploi ».
Traduction : l'employeur pourra augmenter le temps de travail du salarié
et baisser son salaire, s'il s'engage en contrepartie à ne pas le
licencier. Si le salarié refuse de se plier à l'accord, il sera licencié
et la cause réelle et sérieuse de son licenciement sera attestée par
l'existence même de l'accord. En résumé, l'employeur pourra licencier
sans véritable cause réelle et sérieuse et il sera libre de modifier la
rémunération et le temps de travail contractuellement prévus.
La négociation sur la mobilité interne permettra à l'employeur de
muter le salarié aux quatre coins de la France sans lui demander son
avis. En cas de refus du salarié, il sera licencié et la cause réelle et
sérieuse de son licenciement sera réputée. Là encore, l'employeur
licenciera en l'absence de véritable cause réelle et sérieuse. Quant au
secteur géographique dans lequel le salarié s'était engagé à travailler
lors de la conclusion de son contrat de travail, il n'existera plus.
La modification unilatérale de la rémunération, du temps de travail
et du lieu de travail, ainsi que la création de causes réelles et
sérieuses de licenciement artificielles nous font aboutir à la
conclusion suivante : du CDI, ne restera que des lambeaux.
Apportons un bémol. Les mesures précitées ne pourront se faire qu'en
cas d'accord d'entreprise. Ainsi, les PME, désert syndical oblige, en
seront exclues de facto. Leurs salariés peuvent respirer.
Des syndicats aux ordres du Système
Ne nous attardons pas sur les syndicats signataires de l'ANI, à
savoir la CGC, la CFDT et la CFTC : par leur simple signature, ils ont
démontré leur obéissance aux ordres de l'oligarchie financière.
Intéressons-nous d'avantage aux syndicats qui officiellement
protestent contre la réforme, c'est-à-dire la CGT et FO. Notons qu'ils
n'ont absolument aucune légitimité pour critiquer le gouvernement
puisqu'ils ont appelé à voter pour François Hollande. Ils sont donc les
complices des estocades portées contre le CDI.
Rappelons-nous ensuite le printemps 2006. En pleine rivalité
Villepin-Sarkozy, nous vîmes tous les syndicats manifester et bloquer
les services publics pour demander l'abrogation du fameux CPE. Ce
contrat consistait en ceci : allonger la période d'essai à deux ans et
supprimer la procédure de licenciement (et non le motif de
licenciement).
Le dispositif du CPE, réservé aux moins de 26 ans, ne s'attaquait pas
à la substance du CDI que sont les deux garanties précitées. Il était
donc nettement moins attentatoire aux droits des salariés que les
accords pour le maintien dans l'emploi et la négociation sur la mobilité
interne.
Logiquement, on pourrait s'attendre à ce que les syndicats bloquent
une nouvelle fois la France. Mais au lieu de cela, la CGT et FO ne font
que des manifestations on ne peut plus classiques, soit des
manifestations absolument inoffensives pour le pouvoir.
Moralité ? Les syndicats savent d'instinct ce que le Système attend
d'eux, ce qu'il leur autorise à faire. Il est déjà écrit qu'ils se
plieront aux injonctions du Système. Et pour cause : leur financement
provient essentiellement de subventions publiques et de la Confédération
européenne des syndicats, elle-même sous perfusion financière de la
Commission européenne.
Sociale-traîtrise, quand tu nous tiens...
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