Face à ces nouveaux développements, la majeure partie de la population
réagira d’abord avec apathie et résignation, attendant en vain une aide
et une assistance auxquelles elle s’est habituée toute sa vie. Les
problèmes socio-économiques que nous pensions avoir résolus – inégalités
sociales, racisme, etc. – vont nous revenir en pleine figure. Dans ce
monde, la concurrence pour des ressources de plus en plus rares sera
féroce.
Si l’on soulève la fine couche de civilisation, péniblement
construite au fil des siècles, on découvre des êtres humains égoïstes,
violents et cruels. Prenez une personne normale et mettez-la dans le
froid, l’humidité, la faim et la soif, enlevez-lui son confort et ses
habitudes, sa télévision, sa bière, son alcool, ses cigarettes et autres
drogues, et vous allez vite voir le sauvage qui est en elle. Elle va
d’abord manifester de l’énervement puis, très vite, de la violence ou un
avilissement encore impensable quelques jours auparavant. Et si vous
pensez que la fraternité et le lien social sont toujours là après des
décennies de culture consumériste, hédoniste, narcissiste et
encourageant l’assouvissement immédiat de nos moindres désirs et
caprices ne peut, en cas de crise, que se transformer en une horde de
psychopathes violents. On observe très bien, dans le cas d’effondrements
d’Etats ou de révolutions, des comportements violents dont les gens ne
se croyaient pas capables : massacres atroces, viols, pillages,
tortures gratuites, enrôlement de force dans des milices,
enfants-soldats.
Quels sont les lieux où ces personnes vont aller en premier ? Elles
se rendront d’abord dans les supermarchés, les supérettes, les
stations-service, ce qui engendrera une vague de panique. Ensuite, ces
hordes de gens normaux devenus criminels vont piller les appartements et
villas les plus voyants des quartiers riches (Neuilly à Paris, Uccle à
Bruxelles, Cologny à Genève, etc.), puis des quartiers moins riches.
Ensuite, elles vont sortir des villes pour piller les zones de banlieue
pavillonnaires, et enfin se rendre dans les campagnes, là où se trouve
la nourriture. Une grande partie des habitants va vouloir échapper à ces
violences et va essayer par tous les moyens de fuir les villes. Les
transports publics vont rapidement être saturés puis incapables de
fonctionner. Les routes seront d’immenses embouteillages où des
violences éclateront. Beaucoup de gens affamés et énervés qui arrivent
au même endroit en même temps, c’est une formule explosive ! Un nouvel
exode va survenir, probablement plus massif et plus dramatique que ceux
de 1940 en France et de 1945 en Prusse. Les lieux de villégiature comme
Megève, Gstaad, Deauville, Saint-Tropez, Aspen, Beverly Hills, les
Hamptons, etc., connus pour abriter des gens riches, seront vite une
destination prisée pour ces hordes de pillards qui trouveront bien assez
tôt l’idée de s’organiser en bandes pour plus d’efficacité. A ces
bandes se joindront des recrues en tous genres, prêtes à obéir à
n’importe quel ordre contre la promesse d’un repas quotidien. Ce sera la
famine, il y aura des violences, des destructions, des morts, des
maladies. L’anarchie, même temporaire, va amener confusion et perte de
repères. Des gangs, des mafias, des bandes de voleurs, des milices
privées, s’empareront du vide créé par l’impuissance de l’Etat – et ce
de manière très violente et très rapide.
Si vous lisez [ceci], vous appartenez a priori à un groupe
social d’un certain niveau matériel, ce qui fera de vous, de votre
famille, de votre maison ou appartement des cibles pour ces gens-là. Ce
sera ceux qui n’ont rien contre ceux qui ont peu. Si vous possédez
quelque chose de valeur (eau, nourriture, essence, or...), d’autres vont
vouloir vous le prendre. Votre vie et celle de votre famille ne
vaudront pas très cher lorsqu’une masse de gens affamés et assoiffés (et
déjà égoïstes et malpolis en temps normal) va venir vous voir. Même une
simple lumière allumée la nuit peut vouloir dire que vous avez quelque
chose de plus que les autres. Tôt ou tard, comme dans un mauvais film de
zombies, ils arriveront devant votre porte. Affamés et prêts à tout.
Piero San Giorgio, Survivre à l'effondrement http://www.oragesdacier.info/
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