François Hollande a proposé l’instauration d’un gouvernement
économique de la zone euro lors de la deuxième conférence de presse de
son quinquennat, le 16 mai 2013. Pour Laurent Ozon, le problème de
l’euro provient de notre incapacité à lui assigner une direction
politique.
Barack Obama avec les écouteurs de la NSA, représenté par Dave Brown, caricaturiste américain
L’actuelle crise de l’euro est le résultat d’une opération
d’instabilisation menée par le monde financier et le gouvernement
profond US pour maintenir le statut du dollar comme monnaie de change
internationale. Cet outil monétaire (le dollar) est ce qui permet aux
USA de continuer à financer leur domination par une dette contractée sur
le monde entier dans une unité de change qui n’a que la valeur du
papier sur laquelle elle est imprimée.
De fait, le problème de l’euro est celui de notre
incapacité à lui assigner une direction politique et cette difficulté
provient en premier lieu de la difficulté d’une organisation politique
comme l’UE à définir les contours d’une volonté politique claire,
tiraillée entre les volontés contradictoires de ses membres, les
empiétements des multinationales, les tentatives répétées de sabotage
des USA (via ses satellites), etc.
De fait, toute monnaie non adossée à une volonté politique est un outil
problématique. Ceci est valable pour toutes les monnaies, qu’elles
soient nationales ou européennes. La question fondamentale est donc bien
de savoir où peut se constituer une volonté politique capable d’une
direction économico-financière souveraine et conforme à ses intérêts. La
seconde question qui découle immédiatement de la première est : quels
seront ses moyens réels d’action (en matière monétaire et au delà) face à
une hégémonie financiaro-militaire de plus en plus agressive.
La nation par son unité héritée de l’histoire, peut apparemment
fournir un environnement de pouvoir mieux maîtrisé et donc un potentiel
de volonté politique opérationnel plus simple à obtenir qu’une
fédération d’États aux intérêts parfois contradictoires comme l’UE. En
clair, la France, par exemple, peut imaginer se donner une monnaie et
lier les conditions de sa politique monétaire à ses intérêts souverains.
La question qui se posera secondairement sera : quel poids aura la
France face à cette hégémonie, compte tenu de son niveau d’autonomie
vivrière, énergétique, militaire, médiatico-culturelle, économique et
financière ? Un poids faible à n’en pas douter. D’autant plus faible que
le niveau d’intégration de la France dans l’économie mondiale ne repose
pas seulement sur sa monnaie mais sur un dispositif d’imbrication
beaucoup plus vaste et infiniment plus profond que ne le croient ceux
qui rêvent d’un destin politique retrouvé, l’œil dans le rétroviseur.
C’est un partisan du protectionnisme et de la relocalisation qui
l’affirme, dans l’état actuel des choses, il faudra des efforts immenses
et du temps à une France isolée des grands systèmes monétaires et des
sphères d’influence correspondantes, pour pouvoir résister aux pressions
du système financier et militaire de la première puissance mondiale,
pour ne pas évoquer les autres.
Confrontée probablement dans les vingts années à venir à une crise
civile grave, dépendante de ses importations, sans autonomie
industrielle (pièces, technologies, etc.) et sans puissance militaire de
premier ordre ni ressources capables d’impacter les rapports de forces
géopolitiques mondiaux, la France ne profitera de sa liberté monétaire
que bien peu de temps. Celui de s’enfoncer dans la guerre et la ruine,
sort qu’elle ne pourra in fine conjurer qu’en passant sous contrôle total d’une puissance dont elle pensait s’affranchir.
De fait, je le pense, la France n’a pas les moyens de faire cavalier
seul. Adossée aux centaines de millions d’européens tournée vers la
Russie, elle pourrait se donner dans l’UE, les moyens d’une politique
monétaire conforme aux intérêts de son économie. Car ce qui peut être
fait en France peut être fait en Europe, certes dans un premier temps
plus difficilement, mais à la condition préalable d’une vigoureuse
refondation des institutions communautaires qui permettrait à une Europe
débarrassée du Royaume-Uni et autres satellites US, de retrouver les
moyens de son retour à l’histoire dans un monde multipolaire et de
défendre ses choix avec plus de poids que celui d’un pays en pré-guerre
civile ne disposant pas des moyens de puissance pour maîtriser, isolé,
les conséquences de ses coups de mentons monétaires.
En bref, évoquer la question de la sortie de l’euro sans évoquer
celui des rapports de forces internationaux et des implications vitales
induites relève au mieux de l’amateurisme politique. De ce point de vue,
un gouvernement économique de la zone euro pourrait être une solution,
si il n’associait pas les habituels porte-avions américains au sein de
l’UE et si la France et l’Allemagne s’engageaient à ajouter une dorsale
russe à l’axe Carolingien…
C’est en tous cas le moment, à quelques mois des élections européennes d’ouvrir sérieusement le débat, non ?
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