Alors
que le gouvernement espagnol vient d’adopter un avant-projet de loi
visant à repénaliser l’avortement et à en finir avec sa reconnaissance
comme « droit » par la loi, on ne compte plus à travers le monde
occidental les dénonciations médiatiques et politiques de ce « retour en
arrière »… vers un peu plus de respect pour la vie. Dénoncer
l’avortement, ou même restreindre les cas où il est légal, est
aujourd’hui dans l’Union européenne synonyme d’extrémisme, de refus de
la démocratie et de la laïcité. A telle enseigne que même le
vice-président du Front national, Florian Philippot, s’est bruyamment
désolidarisé de toute approbation de la mesure espagnole. Et cela pose
des questions politiques fondamentales.
Lundi
matin, le président d’honneur du Front national a salué l’initiative du
gouvernement de Mariano Rajoy d’abroger la loi de l’ère Zapatero
faisant de l’avortement un droit des femmes jusqu’à 14 semaines de
grossesse et le rendant possible sous conditions jusqu’à 22 semaines.
L’avant-projet rétablit des conditions de danger pour la santé physique
ou psychique de la mère, à vérifier par des médecins indépendants des
cliniques d’avortement, ou de viol dénoncé dans les formes, élimine
l’avortement pour malformation fœtale et institue une obligation
d’information des mères relative aux risques liés à la procédure mais
aussi aux aides qui peuvent leur être apportées. Le projet y ajoute une
période de réflexion de sept jours avant que l’avortement puisse être
exécuté.
« Le projet de loi espagnol sur l’avortement prouve que
l’on peut agir en la matière avec mesure, intelligence et souci du
respect de la vie », tweetait Jean-Marie Le Pen.
On pouvait
s’interroger sur l’emploi du mot « mesure » : quelle est donc cette «
mesure » qui permet malgré tout l’élimination des enfants à naître
jusqu’à la 22e semaine, fût-ce sous conditions et avec l’espoir de voir
reculer, un peu ou beaucoup, le massacre des innocents ? On sait qu’en
Grande-Bretagne, où l’avortement n’est pas permis pour des raisons
sociales et seulement en cas de danger pour la santé mentale de la mère,
200 000 avortements ont lieu chaque année (depuis 1967, en Angleterre
et au Pays de Galles, seules 143 interventions ont eu pour motif le
danger pour la vie de la mère).
Mais le tweet de Le Pen, tout
prudent qu’il était, avait du panache et sonnait comme un refus du
politiquement correct. Et tout prudent qu’il était, il a été désavoué.
Mardi,
veille de Noël, Florian Philippot a renvoyé le président d’honneur du
FN dans ses buts d’un sec : « Oui, c’est son opinion. » Pour poursuivre
aussitôt: « Mais je rappelle que la position du Front national
n’est pas une restriction, il n’y a aucune restriction du droit à
l’avortement dans le projet du Front national, aucune. »
N’y
a-t-il donc pas au moins débat au sein de ce parti ? « Non, il n’y a
pas de débat, nous considérons que ce n’est pas une préoccupation du
tout des Français, que leurs préoccupations, ce sont le chômage, le
pouvoir d’achat, la sécurité, les questions de réindustrialisation,
l’Union européenne qui est aujourd’hui une vraie dictature parce qu’elle
empêche les démocraties nationales, ça, ce sont les vrais sujets. Mais
voilà, on discute du sexe des anges, c’est une vieille technique
gouvernementale, mais je crois que les peuples ne sont plus dupes », a
déclaré le vice-président du Front national sur RTL.
A l’heure
d’écrire, il n’y a eu aucune mise au point de la part des autres
instances dirigeantes du parti, pour plusieurs raisons. Philippot est
chargé de la stratégie et de la communication du FN, c’est donc lui qui
donne la ligne et qui l’exprime. Par ailleurs, même si Marine Le Pen a
fait par le passé des déclarations contre les « avortements de confort »
et le remboursement de l’« IVG », elle n’a jamais fait mystère de son
refus de revenir sur la loi Veil (aujourd’hui largement dépassée par des
mesures encore plus favorables à l’avortement).
A l’époque de la «
dédiabolisation » du FN, qui a effectivement bien fonctionné et qui a
rendu ce parti, financé comme les autres sur les fonds publics,
omniprésent dans les médias, nous l’écrivions : accepter l’avortement
était un « ticket d’entrée » dans le monde politique.
On savait
cependant que des responsables du Front national continuaient d’afficher
leur refus de l’avortement légal – ainsi Bruno Gollnisch participait-il
aux Marches pour la vie à Paris, entouré d’élus et d’autres figures du
parti.
Mais les déclarations de Florian Philippot balaient – ou
voudraient balayer – tout cela. Alors même que la loi proclamant
solennellement que l’avortement est un droit – avec pour objectif et
conséquence logique de bâillonner toute opposition, d’interdire tout
acte visant à avertir les femmes de la vérité sur ce « choix » – n’est
même pas encore devant l’Assemblée nationale, il le dit, lui.
L’avortement
n’est-il donc pas un sujet ? L’immigration n’est-elle pas venue
compenser, n’est-elle pas présentée comme la seule solution dans un pays
où les enfants manquent par millions, sacrifiés sur l’autel infernal du
refus de la vie ? Quelle sécurité espérer dans un pays qui sacralise
l’égoïsme et le droit d’écraser autrui dans la plus grande violence de
toutes, qui permet l’élimination du plus faible des êtres humains par sa
mère elle-même ? Sa mère, qui est le plus souvent elle-même victime de
ce geste que la société divinise, instrumentalisée au service d’un
système qui recherche le mal et la mort ?
Quelle démocratie,
quelle nation ? Une nation est le lieu qui voit chaque jour naître son
avenir : aujourd’hui la France permet, encourage, rembourse le génocide
de ses enfants. Ce n’est assurément pas le seul « sujet », mais il est
au cœur de la crise dont nous savons qu’elle est morale bien avant
d’être sociale.
Et parmi toutes les décisions malfaisantes, les
décisions désespérantes qu’aligne le gouvernement socialiste – dans une
belle continuité politique par rapport à d’autres formations politiques
qui ont payé leur « ticket d’entrée » en sacrifiant à la culture de mort
– celles qui portent sur les « sujets de société » sont tout sauf de
l’« enfumage ». Elles relèvent d’un choix délibéré qui ancre encore plus
profondément la France du côté de la Révolution. Elles délimitent le
cadre dans lequel nous vivons, rendant impossible toute réforme de fond
qui permette à la France de renouer avec son passé de nation civilisée.
Et
aujourd’hui, miracle ! de plus en plus d’évêques en sont conscients et
le disent, jusqu’à Mgr Pontier qui pour être président de la conférence
épiscopale n’en est pas moins évêque, a souligné dans son message de
Noël que le projet de modification de la loi sur « l’IVG » incite
quasiment les femmes « à ne se poser aucune question quant à
l’élimination de l’être qu’elles portent en leur chair ».
Cette
tragédie du génocide français crie vengeance, parce que l’homme ne
définit pas sa propre mesure et qu’il n’est pas la fin de toutes choses,
et qu’à l’imaginer, il se place dans une posture de révolte
fondamentale dont le salaire est la destruction, la tyrannie et la mort.
Que
faire lors des élections prochaines ? En tenir compte. Tous les
candidats du FN n’ont pas payé leur « ticket d’entrée ». Pour les
autres, se rappeler ce qui s’est fait en Espagne : le mouvement pro-vie a
pesé en étant entier et net, en réclamant avec ténacité (et il
continue) « l’avortement zéro ». Parce que la vie de la France comme
nation en dépend aussi.
Extrait du n° 8009 de Présent,(Jeanne Smits) du Vendredi 27 décembre 2013
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