"[...] Au-delà du vote sanction contre la politique menée depuis près de deux ans par le gouvernement,
c’est le « socialisme municipal » qui s’effondre, ce système à base de
clientélisme qui faisait que, par-delà les aléas des scrutins
intermédiaires, le Parti socialiste con servait ses bastions.
Les résultats obtenus par la droite, UMP
ou FN, dans les grandes villes, où le vote est le plus politisé,
masquent en effet une autre réalité, bien plus profonde. Dans
les communes de moins de 10000 habitants, où 80 % des électeurs ont voté
en fonction de considérations locales, la gauche a subi des revers tout
aussi cinglants comme si la colère avait, enfin, pris le pas
sur la peur. [...] Or jusque-là, sur la « politique locale » ou ce qui
en tenait lieu, la gauche (socialiste et communiste) avait un avantage
certain, constitué de cadeaux en tout genre pour la population la plus
défavorisée (ou qui prétend l’être), de discrets règlements de factures
d’électricité ou de gaz sur le budget d’aide sociale – quand ce n’est
pas le remboursement d’un train de pneus pour la voiture dont le
malheureux, au chômage, ne peut se passer pour trouver un emploi… –, et
d’emplois dans les différentes collectivités ou organismes publics ou
parapublics. Facile, quand on détient la majorité dans la plupart des
assemblées régionales, départementales et municipales, et par voie de
conséquence dans tous les syndicats mixtes des rivières, des ordures
ménagères, de l’électricité, etc. de se livrer à un traitement collectif
du chômage avec l’argent de ceux qui payent des impôts… Et bien
pratique pour se constituer une clientèle de redevables d’autant plus
enclins à voter pour le bienfaiteur qu’ils n’avaient qu’une peur: qu’un
successeur vienne faire le ménage en sabrant dans les sureffectifs qui
constituent le lot commun des municipalités de gauche. Cette peur-là, qui assurait depuis les années 1970 des majorités toujours plus confortables à la gauche municipale, n’est plus.
Mélange de colère devant la suffisance
d’élus qui se croyaient inamovibles et de prise de conscience que la
gabegie ne peut plus continuer. La gauche, totalement déconnectée du peuple au niveau national, l’est devenue aussi sur le plan municipal,
au point de ne même plus faire campagne – voire de dénoncer ceux qui
vont à la rencontre des habitants comme des « commerciaux »! –, au point
de négliger, y compris en milieu rural ou périurbain, des quartiers
périphériques où l’on n’a pas vu d’élu depuis, au mieux, la campagne
électorale… de 2008.
Dans la France de 2014, l’édile
socialiste est devenu inaccessible. Vivant en centre ville. Retranchée
derrière la secrétaire et les vitres teintées de sa voiture de fonction.
Décidant de tout sans rien connaître d’autre que les avis des services
techniques départementaux. Allant d’inauguration en vernissage et de
réception à la préfecture en assemblée générale des associations. Et
paradant, comme si c’était un but en soi d’être maire, une fin, un
sommet de sa carrière, et non pas une simple délégation de pouvoirs qui
implique bien plus de devoirs que de droits. Bref, des élus qui se
servent avant de servir et dont la principale caractéristique est
l’inertie, les deux composantes de la rente de situation. [...]"
Michel Janva
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