L'Express de ce 24 mars, peut-être pour attirer le chaland, parle des
"dix surprises du premier tour" de ces élections municipales. Or, dans
l'Histoire politique française il s'est produit, sans doute, plusieurs
fois des retournements inattendus entre les deux tours. Mais ce que
souligne le scrutin du 23 mars vient de suffisamment loin pour qu'on
doive en prendre acte et en tirer els conséquences.
Remarquons d'emblée que la "surprise" ne vient pas, à nos yeux, de
l'effondrement du PS et de la poussée du FN, mais de l'ampleur du
premier phénomène dont le second tire naturellement, quoique
partiellement, parti.
Sans doute est-il trop tôt pour discerner quels mouvements réels et
durables se sont produits dans l'opinion. Il faut attendre pour cela de
disposer de chiffres complets, non plus en pourcentages, mais en valeurs
absolues. Au moment de la présidentielle de 2012, on pouvait consulter
les chiffres des villages, puisqu'ils ne comportent qu'un bureau de
vote : c'est en effet à ce niveau que doit se situer toute étude des
évolutions de l'électorat. Elles se révèlent très différentes de ce que
disent les commentateurs, et nous le soulignions alors. Or, cette étude
ne peut s'effectuer dans le cadre de ce scrutin puisque la France rurale
ne vote pas ici sur des listes politisées. Rappelons aussi que les
listes urbaines sont beaucoup plus encadrées par le système, beaucoup
plus quadrillées par l'idéologie officielle, qu'elles sont
subventionnées, etc.
Constatons que le travail d'implantation locale a fini par porter ses
fruits et que ce qui s'observe partout s'est vérifié, aussi, à
Hénin-Beaumont et à Forbach et dans pas mal de villes, et pas seulement
en faveur de ce parti faut-il le signaler.
Mais c'est, en plus de tout cela, le sentiment d'écœurement qui a
donné un coup de pouce général aux diverses formes d'opposition. On a
beaucoup parlé, et à juste titre, des promesses sociales non tenues, de
l'échec économique du pouvoir actuel, de l'effacement international et
européen de la France etc.
Tout cela joue indiscutablement.
Il faut aussi rappeler, cependant, que les plus grandes poussées
d'indignation de l'année 2013 ne se sont pas investies sur les terrains
auxquels un certain matérialisme voudrait pouvoir les cantonner. Si
monstrueuse soit-elle, la pression fiscale, pas plus que le monopole de
la sécurité sociale, etc. tout cela n'a pas mobilisé autant que les
atteintes à la famille et aux mœurs.
Au titre de celles-ci on doit inclure aussi le cas, unique au monde,
d'un chef d'État, renégat manifeste du catholicisme familial, prétendant
instituer le mariage pour tous et s'en dispensant lui-même. Que ce
personnage fasse honte à une partie de l'opinion, mériterait une
attention plus soutenue des observateurs.
Qu'enfin le parti de ce politicien dont la capacité à gouverner reste
encore à démontrer, et dont le seul métier connu, pour ne pas parler de
mérite, se limite aux manipulations, se soit investi ces dernières
semaines dans les atteintes judiciaires, effectivement partisanes,
contre son prédécesseur et rival n'a fait qu'assombrir le tableau.
La bonne surprise de ce premier tour semble donc le réveil d'une
opinion française qu'on aurait pu croire installée au château de la
Belle au Bois Dormant. On ne peut donc que souhaiter la prolongation et
l'amplification du phénomène.
JG Malliarakis http://www.insolent.fr/
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