"Les municipales en France, depuis l'après-guerre, sont la matrice annonciatrice de ce qui va arriver ensuite:
en 1947, c'est le RPF du général de Gaulle, en 1977 c'est
le PS de Mitterrand et en 1983 ce sont les jeunes pousses de la
chiraquie qui montent sur le devant de la scène.
Si ce score aux municipales se confirme par une deuxième lame de fond aux européennes où le Front National ferait plus de 20%, on verra naitre une forme de tripartisme, certes déséquilibré, avec un FN avec peu d'élus, mais avec un très fort potentiel.
En effet le FN est un parti, qui non
seulement s'enracine, mais qui a un fort réservoir de voix. L'
abstention, qui n'est plus le fait des pécheurs à la ligne mais qui
devient un geste de protestation politique, est un vote frère du FN. Ce
sont les jeunes et les classes populaires qui s'abstiennent le plus: l'abstention
est la preuve d'une facture entre le peuple et les élites politiques et
médiatiques, entre le bas et le haut, qui correspond au discours du FN.
Il y a là un réservoir de voix énorme pour Marine Le Pen.
[...] La IVème République tripartite,
c'était la proportionnelle. Dans le scrutin majoritaire à deux tours, le
destin du tripartisme, c'est forcèment le bipartisme. A partir du
moment où le Front républicainest mort, nous allons vers un tripartisme
très fragile, qui finira en bipartisme. Avec le front républicain,
le FN n'a aucune chance. Sans le Front républicain -ce qui se passe
aujourd'hui- il a des chances de gagner: à Béziers, Ménard va gagner. Et
il y aura beaucoup de Béziers. Ça rappelle le schéma des années
1920-1930 en Angleterre où il y avait le vieil affrontement du XIXème
siècle entre les Whigs et les Tories et, où, petit à petit à partir de
la guerre de 1914, les travaillistes ont pris la place des Whigs, qui
sont devenus résiduels dans le paysage politique. La leçon: le
tripartisme est impossible dans un scrutin majoritaire. Dès lors
nous avons trois hypothèses: soit le bipartisme actuel repousse les
assauts du FN, soit l'UMP explose et le FN prend sa place, soir le PS se
vide de ses électeurs et le FN prend sa place.
On arriverait ainsi à un nouveau
clivage, qui ne serait plus le clivage droite-gauche, mais une sorte de
ligne «Juppé-Valls», libérale et européenne, contre des souverainistes
sociaux…
C'est ce que j'attends depuis 1992, c'est le clivage fondamental entre le oui et le non de Maastricht.
Mais il faut rester prudent. La fin du clivage droite-gauche: ça fait
20 ans que j'annonce ça, et je me plante ! Cela peut continuer, mais
idéologiquement, géographiquement (métropoles/ périurbains),
sociologiquement (classes populaires/ élites) tout indique qu'il devrait
voler en éclat."
Michel Janva
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