La seconde spécificité de cette élection, c’est l’abstention. Ce
sont près de 37 % des électeurs qui ont décidé de ne pas se rendre dans
leur bureau de vote. Le message est clair, les Français croient de
moins en moins à la politique en général et aux partis majoritaires en
particulier.
Plus concrètement, que s’est‑il passé dans les villes françaises ?
Toulouse, Tourcoing, Roubaix, Reims, Quimper, Angers, Nevers,
Saint‑Etienne, Pau, Belfort, Ajaccio, Caen, Montbéliard, Valence,
Maurepas, Evreux, Roanne, Bar‑le‑Duc, Chambéry, Amiens, La
Roche‑sur‑Yon, ou encore Brive‑la‑Gaillarde… On ne compte pas les
grandes villes à avoir renvoyé l’équipe socialiste sortante. A Limoges,
c’est la première fois depuis 1912 que la gauche n’a plus le pouvoir. A
Montbéliard, la liste de Moscovici essuie une cuisante défaite. La
gauche se maintient quand même dans ses fiefs de Paris, Lyon, Lille,
Nantes et Strasbourg. Enfin, la ville de Grenoble est passée du PS aux
Verts.
Les premières réactions à l’annonce des résultats
Sur la sellette, Jean‑Marc Ayrault a pris la parole pour confirmer
les grands axes de la politique gouvernementale en affirmant qu’il
ferait preuve d’une meilleure pédagogie ! Alain Juppé, lui, a commencé
la soirée électorale en se félicitant que le Front national n’ait pas
gagné les élections dans plus de villes, précédant un cortège de
déclarations anti‑FN. Enfin, les représentants du gouvernement ont
asséné toute la soirée les mêmes messages : « la politique du gouvernement doit être continuée », « le danger, c’est le Front national dont les idées sont banalisées par la droite », ou encore « c’est normal de perdre les élections à mi‑mandat ». Bref, aucune remise en question. Les électeurs trancheront lors des élections européennes qui approchent.
La droite nationale réussit son pari d’ancrage local
L’UMP parade, mais le Front national est aussi l’un des grands vainqueurs de ces élections municipales ?
Hénin‑Beaumont avait été conquise au premier tour. Au second tour,
les candidats soutenus par le Rassemblement Bleu Marine ont transformé
l’essai et remportent ainsi les villes de Fréjus, Le Luc, Beaucaire,
Cogolin, Hayange ou encore Villers‑Cotterêts. A Béziers, Robert Ménard,
remporte une large victoire. A Mantes‑la‑Ville, dans les Yvelines, le
Front national remporte encore une belle victoire qui a dû ravir
Jean‑Marie Le Pen.
Enfin, l’un des succès les plus importants de la droite nationale est
réalisé à Marseille : si Gaudin est réélu à la tête de la Ville, le
frontiste Stéphane Ravier gagne la mairie du VIIe secteur de la cité
phocéenne, le plus peuplé de la ville avec 150.000 habitants ! Au
conseil de Marseille, le Front national devient ainsi la deuxième force
politique avec vingt‑et‑un élus, et passe devant le Parti socialiste. Il
convient encore de noter, pour la Ligue du Sud, la réélection de Madame
Bompard à Bollène, une semaine après son époux à Orange.
Contre la droite nationale, le système aura usé d’armes diverses et variées…
Politiciens de l’UMPS, professionnels de l’antiracisme, bobos
de l’intelligentsia, chacun y aura été de son sourcil froncé et de sa
voix chevrotante pour contrer la montée du FN. L’Union des étudiants
juifs de France a ainsi, durant l’entre‑deux‑tours, mené une campagne
anti‑Front national dans plusieurs villes. D’Olivier Py et ses ridicules
menaces sur Avignon jusqu’à l’ancienne favorite du président, Valérie
Trierweiler, qui s’inquiétait « du danger FN » : la caste bobo parisianiste a joué à se faire peur.
Dans plusieurs villes, le pseudo « Front républicain » n’a pas pu
fonctionner ; dans d’autres, l’UMPS s’est réuni pour faire battre de
toutes ses forces les candidats de la droite nationale — ce qui explique
les défaites de Florian Philippot, Louis Aliot ou Gilbert Collard. Et à
Fréjus et Beaucaire, dès hier soir, des voyous faisaient une
démonstration de force contre la démocratie…
Sur les plateaux de télévision, hier soir, les éléments de langage
n’étaient pas les mêmes selon qu’on évoquait l’UMPS ou le FN…
Des expressions comme « le FN est en embuscade », ou « le FN guigne cette ville »
ont été employées par les journalistes. En revanche, l’UMP et le PS,
eux, ne guignaient jamais des villes, ils ambitionnaient de les
conquérir. Sémantiquement, la nuance est importante. France 3 a été
jusqu’à parler de « soulagement » à Perpignan après la défaite
de Louis Aliot… Il est à parier que jusqu’aux Européennes, diabolisation
et traitement de défaveur seront à l’ordre du jour pour le Front
national de la part du système et de ses valets médiatiques…
http://fr.novopress.info/161257/municipales-berezina-gauche-ancrage-local-droite-nationale/#more-161257
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