Un cimetière d’indigents
La découverte est survenue en avril 2025 lorsque, dans le cadre des travaux pour les futurs bus Chronolignes, des ossements humains ont été retrouvés à faible profondeur dans le sous-sol de la place Washington. Alertés, les services archéologiques de l’INRAP ont engagé une fouille exhaustive qui s’est prolongée jusqu’au mois d’octobre 2025. Cette intervention a révélé un cimetière d’indigents associé à l’Hôtel-Dieu de Coëffort.
Parmi les 800 sépultures identifiées, les archéologues ont repéré des cas peu courants. Certaines comportaient plusieurs corps, dont une près de vingt individus. La disposition des squelettes entremêlés et l’existence de plusieurs tombes dites multiples indiqueraient des enterrements réalisés à la hâte lors de périodes de grandes catastrophes, sans doute liées à des épisodes de famine ou à des crises épidémiques, notamment la peste noire qui frappe l’Europe au XIVe siècle. Les premières analyses ont déterminé que beaucoup des miséreux enterrés en ce lieu souffraient également de rachitisme ou de tuberculose osseuse. Le cimetière, destiné à des indigents, va ainsi permettre aux archéologues d’étudier, à partir des ossements retrouvés, l’état sanitaire de la population locale entre les XIIIe et XVIIIe siècles. En effet, peu de sources livrent ce type d’informations, les documents conservés se concentrant essentiellement sur les conditions de vie des classes sociales plus favorisées.
Les scientifiques ont également mis au jour un espace destiné à l’inhumation d’enfants. Leur présence dans ce lieu devait être liée à l’une des vocations de l’Hôtel-Dieu, qui recueillait de nombreux enfants abandonnés. Parmi les pauvres infortunés, beaucoup étaient voués à une mort précoce, avant même l’âge adulte.
Des fortifications antiques et médiévales
Au-delà de la découverte majeure du cimetière, les fouilles menées tout au long du tracé du chantier ont également mis au jour les vestiges des anciennes fortifications de la ville du Mans, datant de l’Antiquité et du Moyen Âge. Ainsi, une portion de l’enceinte romaine, proposée au classement au patrimoine mondial de l’UNESCO, a été découverte sur près de huit mètres de long, accompagnée de son décor caractéristique. Un peu plus loin, les archéologues ont retrouvé un large fossé défensif creusé à l’époque médiévale, témoignant des dispositifs successifs mis en œuvre pour protéger la cité, ainsi qu’une petite portion de l’enceinte médiévale dite de « Saint-Benoît » aménagée au XIVe siècle.
L’Hôtel-Dieu de Coëffort et son trésor
Le cimetière étudié par les équipes de l’INRAP dépendait de l’ancien Hôtel-Dieu de Coëffort. Fondé au XIIe siècle sur ordre du roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt, il avait pour mission d’accueillir les malades, les pèlerins et les plus nécessiteux. Les archéologues estiment que les abords de l’hospice n’ont pas immédiatement servi de nécropole, les défunts étant sans doute inhumés directement dans les cimetières paroissiaux du Mans. Cependant, ces derniers se remplissant, la création d’un nouvel espace funéraire à proximité de l’Hôtel-Dieu aurait été envisagée, d’après les datations réalisées au carbone 14, au moins à partir du XIIIe siècle.
Hôpital principal du Mans jusqu’à la création de l’hôpital général en 1666, l’Hôtel-Dieu de Coëffort a été fermé à la Révolution. Démoli par la suite, il n’en subsiste aujourd’hui que l’église Sainte-Jeanne-d’Arc et des vestiges de fondations mis au jour lors des fouilles. D’apparence austère à l’extérieur, l’église conserve néanmoins à l’intérieur de remarquables voûtes de style gothique, alors en pleine émergence en Europe. Devenu bien national, l’édifice servit d’écurie pour les armées françaises jusqu’au XXe siècle.
En 1950, après de longues discussions avec l’État et l’armée, le cardinal Grente parvint à restituer l’usage du lieu aux fidèles catholiques. Des travaux de restauration furent alors engagés, accompagnés de fouilles archéologiques destinées à rendre à ce lieu sa beauté et à mieux connaître ses secrets. C’est à cette occasion qu’un sarcophage datant du XIVe siècle fut découvert. Il dissimulait des merveilles mieux connues sous le nom de trésor de Coëffort. Composé d’une trentaine de magnifiques pièces d’orfèvrerie en argent, probablement dissimulées aux yeux des hommes pour mieux échapper aux pillages anglais lors de la guerre de Cent Ans, cet ensemble est aujourd’hui conservé précieusement au musée du Mans.
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