jeudi 5 mars 2026

[ÉDITO] Sondage présidentiel : sans l’actualité internationale, il ferait l’effet d’une bombe

 

Sondage présidentielle
Premier sondage présidentiel de 2026, signé IFOP-Fiducial pour Sud Radio et Le Figaro. Dix configurations testées. Et un résultat qui, sans l’actualité internationale, ferait tout un tintouin.

Le RN est très largement en tête. Marine Le Pen autour de 35 %, Jordan Bardella plutôt entre 36 et 38 %. Autrement dit : quelle que soit la chèvre en face — pour reprendre la formule élégante d’Aurore Lalucq —, ça ne passe pas.

Qu'importe la chèvre !

La légère avance de Jordan Bardella, deux explications : soit Bardella a réussi à élargir son socle vers la droite dite classique et les milieux libéraux. Et dans ce cas, ceux qui rêvaient de décapiter le RN avec le procès des assistants parlementaires se seront tiré une balle dans leur propre pied. Soit les électeurs ont déjà intégré l’hypothèse de l'inéligibilité de Marine Le Pen.

Selon Frédéric Dabi, de l'IFOP, le vote Bardella devient « attrape-tout ». Aux bases historiques du parti — ouvriers, jeunes, non-diplômés — s’ajoutent désormais les classes moyennes et les retraités. La France du travail. Celle qui se lève tôt. Celle qui, manifestement, ne lit plus beaucoup L’Humanité. Car à l’extrême gauche, le déni tient lieu d’analyse. Fabien Gay, directeur de L'Humanité et sénateur communiste (c'est ce que l'on appelle une presse indépendante), explique que « le capital » aurait basculé vers l’extrême droite. On imagine le cliché : cigare, coffre-fort et rente. Problème : dans la réalité, ce sont surtout les travailleurs qui votent RN. Le monde ouvrier, longtemps fierté de la gauche, a été remplacé par un prolétariat de substitution : l’immigration. Et l’on s’étonne ensuite du résultat. Le rentier, avec l'argent public, c'est surtout L'Humanité, journal le plus subventionné au numéro.

Pendant ce temps, toutes les attaques glissent sur le RN comme l’eau sur les plumes d’un canard. Procès, scandales, tweets de jeunesse, vie privée, jeunesse supposée, reproches contradictoires — hier trop sulfureux, aujourd’hui trop lisse. Rien n’y fait.

Opposition dispersée

Derrière, le paysage est en miettes. Pas un leader : une opposition façon puzzle, comme dans Les Tontons flingueurs.

À gauche, c’est simple : Mélenchon et Glucksmann plafonnent à 10 %. Mélenchon, malgré ses sorties de route à répétition, conserve un noyau dur impressionnant.

Du côté du bloc central, Édouard Philippe arrive second, à 16 %. Bruno Retailleau tourne autour de 10 %, ce qui, après le naufrage Pécresse en 2022, ressemble presque à un succès. Traduction : les électeurs de droite semblent vouloir… davantage de droite.

Et si l’on additionne les électeurs opposés à l'insécurité, l'immigration, l'islamisation, le wokisme... que l'on convient souvent d'appeler... la droite — RN, Reconquête, Debout la France, LR —, on dépasse les 50 %. La gauche, elle, peine à atteindre 28 %. La fameuse « France progressiste » ne progresse plus. C'est tout le contraire.

Le sondage teste aussi un candidat unique centre droit. Philippe ferait 23 %, Retailleau 17 %. Arithmétiquement, l’idée fonctionne. Intellectuellement, c’est la carpe et le lapin : d’un côté, l’immigration comme nécessité, de l’autre, l’immigration comme problème majeur. Ce n'est pas tout à fait un désaccord négligeable sur la couleur du papier peint.

Front républicain XXL ?

Faut-il en conclure que le RN est déjà à l’Élysée ? Évidemment non. Il reste un peu plus d'un an pour organiser un front républicain XXL : politiques, médias, artistes, universitaires — embrassons-nous, Folleville, oublions toutes les saillies douteuses de LFI l'espace d'une élection.

Mais une chose est certaine : même dans ce scénario, la France risquerait de sortir encore plus ingouvernable. Une coalition de circonstance le soir du second tour, et la foire d’empoigne dès le lendemain.

La seule condition de maintien dans le temps de cette cohésion négative serait... une victoire du RN. Emmanuel Macron, qui entrave déjà la possibilité de gouverner potentielle du RN par le haut — en avançant ses pions à des postes stratégiques de nos institutions : nous parlions récemment de la Cour des comptes et de la Banque de France... —, y travaille aussi sans doute par le bas : de l'aveu même du gouvernement, sur les 25 groupuscules dissous, seuls 5 sont d'extrême gauche (et encore, sans compter les annulations au Conseil d'État pour la moitié d'entre eux) quand il y en a 20 « d'extrême droite ». Pourquoi ménage-t-on la France du Grand Soir ? Pour lui laisser, le cas échéant, la bride sur le cou dans la rue si, d'aventure, la France du petit matin — celle qui se lève tôt — arrivait aux affaires ? On a le droit de se poser la question.

Gabrielle Cluzel

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