mardi 3 mars 2026

Les Iraniennes mettent à mal l’idéologie d’extrême gauche

 

© Capture écran TikTok
© Capture écran TikTok
Des scènes de liesse. À Téhéran, des jeunes femmes crient leur joie, sur les réseaux sociaux, d’autres dansent au son de YMCA et à Paris, des Iraniennes trinquent au champagne pour la mort de Khamenei. Ces femmes iraniennes, têtes découvertes, partagent leur joie de voir leur « bourreau » assassiné et remercient les États-Unis et Israël d’avoir mené ces frappes contre le régime des mollahs. Nombreuses sont celles qui dénoncent ouvertement les années d’oppression qu’elles ont vécues ou que vivent encore leurs compatriotes sous le régime de la charia. Ces Iraniennes finiront-elles par se faire taxer d’islamophobes ? Sûrement… Car en France, et plus largement en Occident, l’extrême gauche, aveuglée par son idéologie, est incapable de comprendre et de soutenir pleinement le combat des Iraniennes pour leur liberté.

Des Iraniennes bâillonnées en Occident

Il suffit pour s’en rendre compte de lire les témoignages d’Iraniennes exilées en Europe et aux États-Unis. Ces femmes ont fait de la lutte contre l’islam radical du régime des mollahs leur principal combat. Elles osent dénoncer publiquement les conditions d’oppression imposées aux femmes en Iran. Mais, en Occident, on leur a trop souvent demandé de se taire pour ne pas encourager une présumée « islamophobie ». C’est ce que rappelle Masih Alinejad, journaliste iranienne exilée aux États-Unis, dans un entretien accordé à Bill Maher outre-Atlantique en 2022 et qu’elle a décidé de partager sur ces réseaux sociaux ce 1er mars. « Pendant des années, nous avons alerté sur les dangers de la police des mœurs [en Iran]. Vous savez pourquoi ? Parce que beaucoup de ceux qui […] parlent d’islam et des pays musulmans, n’ont jamais vécu sous le régime de la charia mais ils ne nous laissaient pas parler de notre propre expérience », explique-t-elle. Et elle ajoute : « J’ai grandi dans un pays où on me disait "si tu montres tes cheveux, tu iras en prison, tu seras fouettée, tu seras tuée". Mais ici [en Occident], on me dit : "Chut ! Si tu en parles, tu engendreras de l’islamophobie !" ». De quoi agacer fortement la militante : « Une phobie est irrationnelle, mais croyez-moi, ma peur et celles de millions de femmes en Iran et en Afghanistan est bien rationnelle ! »

Dans une autre vidéo exhumée ces jours-ci sur les réseaux sociaux, la militante réitère son propos : « En Iran, on m’a dit que si j’enlevais mon voile je serais pendue, expulsée de l’école, […] battue dans la rue par la police des mœurs. […] En Occident, on me dit que si je partage mon histoire alors je provoquerai de l’islamophobie ! » Et dans une revue suisse, elle résume : « En Iran, je suis appelée ‘Satan’, en Amérique, je suis une "islamophobe". »

Un témoignage peu ou prou similaire à celui de Sana Ebrahimi, une chercheuse iranienne installée également aux États-Unis qui raconte sur X : « Parlez-moi de l'« islamophobie ». Dites ça à la petite fille de 7 ans que j'étais, obligée de porter [un voile]  à l’école. Dites-moi que toute mon enfance ne m'a pas été volée. Dites-moi que mon adolescence en Iran n'a pas été marquée par la terreur. Dites-moi que je n'ai pas été opprimée et maltraitée et que je ne suis qu’une islamophobe. »

Et les soutiens de ces Iraniennes n’échappent pas à l’accusation. Ainsi, en janvier, lorsque le collectif Némésis a décidé de manifester en soutien aux femmes iraniennes, Politis, un média revendiqué de gauche, n’a pas manqué d’accuser les jeunes militantes « d’instrumentalis[er] les mobilisations contre le régime des mollahs pour servir une rhétorique islamophobe ».

L’hypocrisie de LFI

Ces femmes - et elles sont nombreuses - dénoncent ouvertement l’incapacité d’une partie de la gauche occidentale et des néo-féministes d’entendre leur histoire et de les soutenir. Pourquoi ? Parce qu’elles ne sont pas les bonnes victimes. Dans le logiciel de l’extrême gauche, incarné en France par La France insoumise, l’oppresseur est forcément occidental (souvent les États-Unis ou la France elle-même) et l’opprimé « racisé ». Par ailleurs, le voile est perçu seulement par cette extrême gauche comme « un bout de tissu » et non comme le symbole de l’oppression de l’islam radical sur les femmes.

« Elles se fichent de nous. Ce qui les préoccupe, c'est l’islamophobie », expliquait ainsi Mitra Hejazipour, joueuse d’échecs franco-iranienne, après le silence assourdissant des néo-féministes dans les mobilisations de soutien au combat des Iraniennes. Le double standard a ses limites. Pourtant, certains des leaders de cette extrême gauche ont fini par apporter tout de même leur « soutien » aux Iraniennes. Un soutien jugé « hypocrite » par bon nombre d’Iraniennes. « Quand on voit maintenant Manon Aubry, qui avait pourtant voté contre une résolution contre les Gardiens de la révolution islamique au Parlement européen, se faire la porte-parole des femmes iraniennes... la pilule a du mal à passer », dénonçait ainsi, au micro d’Europe 1Mona Jafarian, co-fondatrice de l’association Femme Azadi.

Clémence de Longraye

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