mercredi 4 mars 2026

Lyon 2026 : Dupalais, la révélation de la campagne municipale

 

Capture BFMTV / Débat municipales Lyon 2026
Capture BFMTV / Débat municipales Lyon 2026
Sur le plateau de BFM Lyon, ce mardi 24 février, Jean-Michel Aulas, grand favori de l'élection à plus de 40 % dans les sondages, pensait dérouler. Alexandre Dupalais, lui, est venu contester. En quelques échanges, le candidat UDR soutenu par le RN a déplacé le débat du terrain de l’image vers celui de la ligne politique.

Le moment clef tient en deux phrases. La première claque comme un rappel à l’ordre : « Lyon n’est pas un trophée de plus. » L’attaque vise l’idée d’une candidature de prestige pour l’ancien président de l’OL. La seconde frappe plus frontalement, encore : « Personne ne vous a forcé à déclarer que les idées d’Emmanuel Macron en 2017 sont toujours d’actualité. » En quelques mots, Alexandre Dupalais met son adversaire dans les cordes, l'oblige à assumer un positionnement et fissure l’ambiguïté d’une coalition composite.

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Interrogé par BV, il revendique cette séquence : « Je ne suis pas entré dans ce débat pour faire de la figuration. Les Lyonnais attendent qu’on parle sécurité, propreté, fiscalité. Pas qu’on leur vende un storytelling. » Ce soir-là, l’avocat a plaidé comme au tribunal : méthodique, précis, sans emphase inutile.

Une dynamique enclenchée

Le débat n’a pas seulement marqué les esprits. Il a enclenché une dynamique. Sur les marchés, dans les réunions publiques, le candidat UDR assure avoir senti le frémissement. « Une personne sur trois me parle du débat et me dit avoir changé de vote », confie-t-il à BV.

Les sondages le créditent d’environ 10 % d’intentions de vote. À Lyon, ce chiffre pèse. Il double les précédents scores de son camp et installe Alexandre Dupalais comme un acteur du premier tour. Lui refuse toute posture d’arbitre : « Je suis dans cette campagne pour gagner. Pas pour commenter le match. »

Au sein de son parti, la séquence est analysée comme un tournant. Interrogée par BV, Hanane Mansouri, secrétaire générale de l'UDR et députée de l'Isère, département voisin, évoque « une personnalité très sérieuse » dont « la carrière d’avocat donne un appui indéniable à son argumentaire ». Elle insiste surtout sur l’effet du débat : « On savait qu’il était brillant, mais il s’est révélé aux yeux du grand public. » Et d’ajouter que la campagne a touché « des personnes qui ne sont pas forcément militantes ».

L’avocat face au bilan Doucet

Né à Lyon dans une famille lyonnaise, Alexandre Dupalais revendique un attachement viscéral à sa ville. Formé à Lyon 3 puis à Sciences Po Paris, engagé très jeune à droite, c’est surtout au barreau qu’il façonne son regard. Avocat pénaliste, habitué des comparutions immédiates, il dit avoir vu se répéter les mêmes violences et la même impunité. Cette expérience nourrit aujourd’hui son discours politique. « J’ai vu ma ville s’effondrer pendant six ans », affirme-t-il. Il évoque une insécurité du quotidien qu’il dit avoir connue dès son adolescence et qu’il juge aggravée sous le mandat de Grégory Doucet.

Son engagement s’est cristallisé, explique-t-il, après le meurtre de Thomas à Crépol puis, plus récemment, avec la mort de Quentin Deranque à Lyon. Pour lui, ces drames ont confirmé la nécessité d’une ligne de fermeté.

Il dénonce également une municipalité « bunkerisée », des travaux massifs sans concertation, une fiscalité alourdie. Mais c’est la sécurité qui concentre son argumentaire. « Ça n’a fait que se dégrader sous Monsieur Doucet puisqu’il n’a pas investi dans la sécurité. »

Son programme repose sur trois axes. D’abord un « choc de sécurité » : « On triple la police municipale : 1.000 policiers. On passe de 570 caméras à 5.000. Et on crée 30 commissariats de proximité. » Ensuite, la prospérité économique : zéro hausse d’impôts pendant dix ans et restitution de 350 euros par an aux Lyonnais via l’annulation de la hausse de taxe foncière. Enfin, le cadre de vie : fin de la ZTL (zone à trafic limité) permanente et attention accrue aux familles et aux seniors. « 86 ascenseurs et escalators sont en panne dans le métro lyonnais. Les personnes en mobilité réduite ont été oubliées », souligne-t-il.

Antifas, Jeune Garde et l’onde de choc Quentin Deranque

La campagne lyonnaise s’est tendue dans le sillage d’un drame : la mort de Quentin Deranque à Lyon, devenue un point de cristallisation politique. Pour Alexandre Dupalais, cette affaire symbolise un aveuglement plus large.

Le meeting de Tiffany Joncour, députée RN du Rhône et candidate pour la présidence de la Métropole lyonnaise, a lui-même été pris pour cible, « attaqué par l’extrême gauche qui a cassé les fenêtres du lieu. Sans les CRS, on n’aurait pas pu le tenir », raconte-t-il.

Mais à ses yeux, le problème dépasse l’incident. « La dissolution de la Jeune Garde a été une dissolution de papier », affirme-t-il. Dans son entretien à BV, il met directement en cause la municipalité : « La mairie leur a donné la main », assure-t-il, à propos de la Jeune Garde, ajoutant qu’elle « a mis à leur disposition des locaux » et aurait même « collaboré avec eux ».

Il évoque « une mansuétude totale des pouvoirs publics » et conteste le discours dominant : « On vous fait croire que la menace vient de l’ultra-droite, mais la violence politique, à Lyon, elle vient de l’extrême gauche. »

Dans sa lecture, la mort de Quentin Deranque marque un basculement. Elle rend visible, dit-il, ce que beaucoup refusaient de nommer. Une ligne de fermeté qu’il assume pleinement.

Une génération en première ligne

Pour l’UDR, la candidature lyonnaise s’inscrit dans un mouvement plus large. Hanane Mansouri y voit le signe d’une jeunesse qui « a tendance à être de plus en plus à droite » et à qui Éric Ciotti a choisi de confier des responsabilités.

L’objectif des élections municipales est clair : obtenir un maximum de conseillers. Mais l’enjeu stratégique dépasse Lyon. Le parti regarde vers Nice, mais aussi Dijon et Épernay, où se joue une bataille symbolique majeure pour l’Union des droites.

À Lyon, la dynamique est désormais enclenchée. Le débat face à Jean-Michel Aulas n’a pas seulement été une passe d’armes télévisée. Il a donné à Alexandre Dupalais une stature. Et dans une campagne fragmentée, la stature peut devenir une force politique.

Yann Montero

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