Au turbin, le député de Moselle Alexandre Loubet, le conseiller spécial de Bardella François Durvye et le directeur de cabinet de Marine Le Pen Ambroise de Rancourt sont priés de récolter auprès des grandes fédérations professionnelles françaises les contraintes juridiques et administratives « néfastes à l’économie du pays », qu’elles soient d’origine européenne ou française, car les deux se surpassent. Bon courage ! La France n’a rien à envier, de ce point de vue, aux États-Unis de Biden - on se souvient que Trump avait mis en scène dès sa prise de fonction la signature d’ordonnances de simplification -, ni à l’Argentine d'avant Milei qui a fait toute sa campagne sur le ras-le-bol du gras administratif inutile, coûteux et paralysant : le fameux « Afuera ».
Le mammouth normatif se porte à merveille
Le problème, c’est que la classe politique en France pratique volontiers, dans ses discours de campagne, la chasse au mammouth administratif, mais revient toujours bredouille lorsqu'elle est au pouvoir. Et ce n’est pas parce que le mammouth normatif se cache !
En avril 2024, la Fondation iFRAP d’Agnès Verdier-Molinié avait estimé le coût de notre production de normes à 120 milliards d’euros en 2022 pour les seules normes d’origine européenne, dont 20 milliards pesant sur la France ! Et à 100 milliards d’euros pour la France seule ! On ajoute de la norme aux normes, on enchevêtre, on complexifie, on encadre et on recrute pour inspecter la bonne application de nos normes afin de coller des amendes. Une passion française. On tombe ainsi très facilement, sur le Web, sur cette annonce de recrutement de « contrôleurs agricoles » pour toutes les régions de France, des contrôleurs embauchés pour quelques mois afin de traquer le respect des normes et les erreurs de déclarations de nos paysans avant les aides à la PAC. Pas de trêve estivale.
Les agriculteurs, les industriels, les directeurs d’école tremblent face à des forêts de normes : les récits se suivent et se ressemblent. Les inspecteurs débarquent à deux, quatre, six, huit, parfois davantage, dans les fermes, les entreprises ou les écoles, chez ces professionnels qui travaillent douze heures par jour. La scène fait irrésistiblement songer à l’Union soviétique, période stalinienne. Le mammouth normatif contrôlant se porte à merveille : voilà un an, Bruno Le Maire avait proposé une loi pour réduire la charge réglementaire européenne. En vain. Tous les pays autour de la France - Allemagne, Pays-Bas, Danemark, Finlande, Suède, Tchéquie, Royaume-Uni - se sont associés dans un lobby anti-normes, RegwatchEurope, pour surveiller la Commission. Mais voilà, la France de Macron a considéré que la démarche était inutile.
Camisole de force
Logique, le macronisme émane précisément des plus gros producteurs de normes : l'écologie à la mode Pascal Canfin (ex-Vert, aujourd'hui macroniste), toujours président de la commission de l'environnement du Parlement européen, la dévotion aveugle à l'UE supranationale et la foi dans un surcroît d'administration pour faire appliquer les décisions.
Aucun acteur de l'économie française ne se plaindra qu’une formation politique supplémentaire se dresse contre cette incontinence normative devenue camisole de force et contre ce nid de lobbies parfaitement indifférents à l'intérêt général, car une norme judicieusement appliquée (une ampoule d’éclairage nouvelle, par exemple) ouvre un marché juteux à quelques acteurs aux dépens de millions de consommateurs. Un cancer français - un de plus.
Au fond, la norme incarne merveilleusement l’État mondialisant. Vous vous souvenez ? Les normes devaient protéger nos marchés, empêcher que la concurrence asiatique ne fasse entrer ses produits et ne tue nos industries. Les Verts en redemandaient : il fallait des normes, encore des normes, toujours plus de normes pour atteindre les « objectifs » dont on sait désormais avec quel sérieux ils sont déterminés. Et des fonctionnaires pour contrôler. Les normes n'ont pas protégé nos marchés : elles les ont tués. C'est devenu si évident que toute la droite française se mobilise dans ce combat. On attend maintenant le long hurlement à la mort de tous ceux qui vivent de la norme, un secteur incroyablement dynamique en France… au détriment des autres.
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