dimanche 19 avril 2026

France… terre de répression ?

 

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Si l’idée vous prenait de soutenir le peuple palestinien, alors là, préparez-vous à avoir des problèmes. Par contre, défiler le bras tendu en salut nazi, en hommage à la mort d’un fasciste, cela est admis par les médias, qui ont d’ailleurs argué « qu’il n’y avait eu aucun trouble à l’ordre public. » Voilà où en est notre pays :

Le régime français vient de sanctionner 76 étudiants de Sciences Po ayant participé à la mobilisation contre la loi Yadan, leur infligeant une amende de 400 euros ainsi qu’une inscription au casier judiciaire.[i]

Dans la même journée, la pétition qui avait réuni plus de 700 000 signatures contre cette loi liberticide a été écartée par les députés macronistes et RN : elle ne donnera pas lieu à un débat à l’Assemblée nationale.[ii]

Quelques jours plus tôt, Léa,[iii] une étudiante de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, avait interpellé pendant sa conférence Yaël Braun-Pivet pour demander une minute de silence à la mémoire des victimes de Gaza ; elle est désormais visée par une procédure disciplinaire d’exclusion.[iv]

L’enchaînement de ces répressions, et ce sont les plus récentes montre une ligne politique totalement assumée par le régime d’Emmanuel Macron, où tout soutien à des propositions de loi, aux victimes en Palestine, où toute contestation d’Israël est criminalisée au détriment des libertés du droit à s’exprimer.

Restriction du droit de manifester et de contestation

1 an après l’élection de Macron, on peut voir la montée d’un encadrement accru de la population, voire de restrictions de l’exercice du droit de manifester et de la liberté de parole.
En 2018–2019, dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes, les forces de l’ordre ont recours à des moyens de dispersion classés juridiquement comme des matériels de guerre (catégorie).[v] Ces opérations entraînent un nombre élevé de blessés graves parmi les manifestants. Des organisations telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch publient des rapports dénonçant un usage disproportionné de la force, ainsi que des interpellations massives et préventives.

En 2021, l’adoption de la loi Sécurité globale suscite des mobilisations nationales. Lors de ces rassemblements, plusieurs journalistes et manifestants sont interpellés. Là encore, des rapporteurs spéciaux de l’Organisation des Nations unies alertent sur les risques d’atteinte à la liberté d’expression et au droit d’informer.

En 2023, dans le cadre des mobilisations contre la réforme des retraites, de nouvelles préoccupations sont exprimées par l’ONU mettant en garde contre un usage jugé excessif de la force et contre les pratiques d’interpellations, et appelant la France à respecter ses engagements internationaux en matière de droits fondamentaux.

La même année, des instructions sont données par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin en vue d’interdire des manifestations de soutien à la cause palestinienne. Le Conseil d’État est saisi en référé ; malgré ce rappel, plusieurs arrêtés préfectoraux d’interdiction sont pris localement.

Parallèlement, d’autres manifestations à caractère politique, notamment organisées par des groupes d’ultra-droite, sont autorisées par la justice administrative en l’absence d’éléments suffisants caractérisant un risque avéré de trouble à l’ordre public.[vi] Ces décisions s’inscrivent dans l’application du principe selon lequel la liberté de manifester constitue une liberté fondamentale, et sont ressenties comme un deux poids deux mesures par la plupart des gens.

Enfin, le recours presque systématique à l’article 49.3 pour l’adoption de réformes importantes participe à un contexte de tension, en mettant en sourdine le débat parlementaire et en accentuant les mobilisations, elles-mêmes encadrées et réprimée par des dispositifs de maintien de l’ordre « renforcés ».

L’ensemble de ces pratiques met en évidence le glissement de la gestion de l’ordre public, caractérisée par un recours accru à des mesures préventives, à des interdictions administratives et à des dispositifs coercitifs souvent violents.

Évolution du droit de manifester : Chirac – Macron

Comparons deux époques, deux temps présidentiels pour comprendre qu’en peu d’années (2007 à 2017), il y a eu un changement drastique de traitement des revendications et du citoyen en France.

Sous la présidence de Jacques Chirac (1995–2007), les grandes mobilisations sociales, comme les grèves de 1995 et les manifestations contre le CPE en 2006, donnent lieu à des interventions des forces de l’ordre principalement pendant les rassemblements. Le cadre général du droit de manifester est respecté, et les interdictions avant les manifestations, liées à des « risques de troubles à l’ordre public », sont quasiment inexistants. On peut qualifier cette époque de « bon vieux temps des manifs », où les marcheurs étaient presque certains de rentrer entiers chez eux.

Alors que sous la présidence Macron, les autorités développent un arsenal pour la « gestion des foules » : d’abord en amont avec des contrôles préventifs (identité, fouilles de sacs, confiscation d’objets). Des interpellations préventives dans certains cas ciblés. Avant les manifestations, des arrêtés préfectoraux encadrent les lieux, les horaires et les parcours.

Ensuite pendant les manifestations : techniques de maintien de l’ordre à distance – cordons mobiles, zones tampons, éloignement des points sensibles. Pour l’encadrement des foules : les nassages, le containment, l’encerclement, les contrôles d’identité massifs et la limitation des déplacements.

Les moyens de maintien de l’ordre incluent : les LBD, les grenades de désencerclement et les gaz lacrymogènes. Les hommes des unités de CRS sont surnommés « Robocop » en raison de leurs équipements, dissuasifs à faire peur. Il y aussi les unités de la BRAV-M (Brigade de Répression de l’Action Violente Motorisée), unité spécialisée de la police nationale, composée de binômes motorisés. Enfin, les canons à eau et les chars antiémeute complètent cet arsenal. Combien de marcheurs sous l’ère Macron ne sont pas rentrés chez eux entiers ? Beaucoup !

Sous Chirac, ne soyons pas naïfs les interventions policières dans les universités existaient déjà, notamment pour évacuer les blocages ou les occupations comme en 2006. Aujourd’hui, les mobilisations sont sévèrement encadrées en amont, avec des réponses qualifiées par beaucoup de sur réactives.

Ainsi, dans les pratiques de maintien de l’ordre, les dispositifs sont davantage préparés en amont, avec une anticipation des flux, des risques et des points de tension lors des mobilisations, ce qui conduit à des mesures prises avant le déroulement effectif des rassemblements, et à un encadrement des manifestations dès leur préparation.
Dans l’ensemble, sous Chirac, les manifestations sont surtout encadrées pendant leur déroulement, avec peu de restrictions en amont. Sous Macron, les décisions sont plus souvent prises avant ce qui encadre les manifestations dès le départ et réduit la place laissée à leur expression sur le terrain.

L’évolution du droit de manifester entre les périodes Chirac et Macron met en évidence un changement dans les modes de gestion des mobilisations. D’un encadrement principalement concentré sur le déroulement des manifestations, on passe à une logique plus en amont, avec davantage de mesures préventives et d’interventions avant les rassemblements.

Cette transformation modifie les conditions d’expression dans l’espace public, en renforçant le contrôle administratif et policier des mobilisations dès leur préparation. Le droit de manifester reste formellement garanti, mais ses modalités d’exercice apparaissent sévèrement encadrées et décourageantes.

Dans l’ensemble, la période récente se caractérise par un encadrement précoce des mobilisations et des réponses ultra rapides des autorités, tandis que les périodes précédentes reposaient davantage sur une gestion des rassemblements une fois ceux-ci engagés.

France… terre de répression ?

À Sciences Po et à la Sorbonne, les sit-in étudiants récents ont donné lieu à des occupations de locaux, suivis promptement par des évacuations musclées des forces de l’ordre, accompagnées de procédures disciplinaires. Ces épisodes interviennent de plus dans une logique de prévention exacerbée, ayant pour but évident de faire taire.
Dans les périodes plus anciennes, ces mêmes actions estudiantines étaient gérées au cas où il y avait des débordements, les forces de l’ordre encadraient, avec l’ordre d’agir si la situation s’envenimait. Ce glissement du moment d’intervention change donc la nature même de la contestation : très contrôlée dans son déroulement, et strictement encadrée dès son origine.

La question qui se pose est simple : dans un contexte politique marqué par la montée de l’extrême droite aux portes du pouvoir et par des interdictions répétées de manifestations de soutien à la cause palestinienne, cette évolution est-elle conjoncturelle, ou marque-t-elle une transformation durable de la liberté de manifester et de s’exprimer en France… terre de répression ?

Georges ZETER/avril 2026

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