
Une exploitante et restauratrice est en pleine tourmente pour s’être opposée à deux ministres et revendiquer une autre façon de gérer la crise sanitaire bovine. C’est l’histoire de Kyria Gay, cette jeune éleveuse et propriétaire d’une ferme auberge dans l’Ariège, département qui s’est déjà illustré par la violence du traitement officiel dans l’affaire de la dermatose nodulaire contagieuse. Après l’abattage de ses 290 bêtes sous la contrainte et un déploiement de forces qu’on ne voit jamais dans les banlieues, c’est l’exploitante elle-même qui est visée de la façon la plus lâche et sournoise qui soit, mais finalement à l’image de ce qui a été fait depuis dix ans.
Au RPF nous avions déjà expliqué que les mesures prises par le gouvernement Macron pour lutter contre la dermatose nodulaire contagieuse étaient absurdes, mais en parfaite concordance avec l’idéologie de ce pouvoir qui est de terroriser, de menacer et de punir, avec toujours en face, une urgence et la présentation de solutions extrêmes comme protection salvatrice de la part d’un pouvoir qui veillerait sur nous. Et qui accessoirement, cadrait parfaitement avec la volonté à peine voilée de liquider l’élevage français pour faire place à la viande d’importation dopée par le Mercosur.
Nous avions rappelé comment au début des années 90 la maladie apparue sur l’île de la Réunion avait été jugulée en quelques semaines sans la destruction du cheptel, ni le traumatisme d’une action policière féroce pour contraindre à l’application d’une mesure illogique qui consiste à tuer des animaux en bonne santé. La nouveauté réside aujourd’hui dans la suite qui est réservée à cette résistante. Elle vient de voir l’ensemble de ses comptes mis à zéro et la cagnotte qui avait été ouverte pour son soutien, fermée. Surprise elle a demandé des explications, en vain. Y a-t-il eu un jugement pour autoriser cette résolution ? Pas que nous sachions. Tout aurait-il pu être fait selon une décision administrative dont il n’y aurait aucune trace ? Théoriquement en France, un compte ne peut pas être gelé sur un simple appel téléphonique d’un préfet, ou d’une autorité administrative, il peut l’être sur des soupçons de trafics de drogue, de blanchiment d’argent, mais en général la banque en fait part à l’intéressé. Plus généralement, un acte écrit est nécessaire pour justifier cette action, or la banque, le préfet, la justice, personne n’a pu jusque-là présenté un tel document. Serions-nous dans un pur arbitraire ? Il serait pourtant simple de fournir un document officiel, et force est de constater que s’il n’est pas produit c’est qu’il n’existe pas.
D’où la question : Comment une banque peut-elle procéder à la fermeture d’un compte sans motiver l’action ? Les plus mal intentionnés parlent d’acharnement. Après lui avoir abattu son troupeau, le pouvoir pensait la mettre à genoux, il n’en est rien, et comme elle n’est pas totalement ruinée ni silencieuse, c’est l’ensemble de son outil de travail qu’on cherche à détruire. C’est le sentiment qui prévaut au vu des éléments manquants dans cette affaire. Il faut aussi savoir que l’exploitante a déposé une plainte contre la ministre de l’Agriculture et de l’Intérieur, crime de lèse-majesté s’il en est.
S’opposer au gouvernement conduirait donc aujourd’hui à l’ostracisation et quand ce n’est pas suffisant, la mort sociale serait programmée. Voilà le visage de l’Etat moderne en France. Vous n’êtes pas d’accord, toute opposition devient illégale, et si vous insistez, eh bien le système vous broie, non plus en suivant les principes normaux du droit, mais par simples injonctions furtives administratives, murmurées entre deux portes, transmises dans l’ombre. Madame Gay attend toujours des explications claires concernant le gel de ses comptes et la fermeture de sa cagnotte de soutien en sa faveur. Rien, le néant, le silence. Il est clair que les abus se multiplient, que des libertés avec la procédure judiciaire s’intensifient. Et qu’il n’y a plus de contre pouvoir susceptible de faire cesser semblables injustices, voire de les empêcher, d’en ordonner l’annulation immédiate et de condamner sévèrement leurs auteurs, qui ne peuvent ignorer l’illégalité de leurs faits. Une telle constatation est hélas la preuve d’une dérive arbitraire de notre République, la marque d’un abandon progressif et rapide de l’état de droit vers une conception autocratique de la gouvernance et des rapports qui lient l’individu à l’état.
Le système est grippé, la banque est quasiment dans son droit en restant muette, le préfet n’a aucune obligation de rendre publique une décision individuelle. Il n’y a guère que la saisine de l’instance judiciaire avec un référé-liberté qui pourrait accélérer les choses. Le problème ne sera pas réglé pour autant en profondeur tant que de tels agissements restent possibles et impunis. Tout a été pensé par rapport à un état honnête, qui agit avec des responsables soucieux de la garantie des individus, et dans cette affaire il semble bien que cette logique ait été abandonnée au profit d’une protection de castes. C’est cette méthode qu’il faut briser, c’est avec ce type de pratique qu’il faut rompre.
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