jeudi 28 mai 2026

Démocratie, y es-tu ? M’entends-tu ? Que fais-tu ?

 

par Ina Phisinov

Je regarde autour de moi et j’ai l’impression que les Français évoluent dans la comptine du XVIIe siècle comme les bambins dans le bois, avec quelques aménagements dans le texte mais, comme diraient certains, à la marge. Souvenons-nous d’elle…

 refrain :

Promenons-nous en République française,

pendant que la démocratie n’y est pas.

Si la démocratie y était,

elle nous servirait,

mais comme elle n’est que sur le papier,

elle ne nous sert pas.

Démocratie, où es-tu ? Existes-tu pour de vrai ?

La démocratie : « Je mets mes artifices ».

(refrain)

La démocratie : « Je mets mon masque de sincérité ».

(refrain)

La démocratie : « Je mets mon vernis de laïcité ».

(refrain)

La démocratie : « Je mets mon bandeau sur mon front républicain ».

(refrain)

La démocratie : « Je mets mon manteau de définitions qui me flattent »..

(refrain)

La démocratie : « Je mets mon chapeau de soumission européenne »

(refrain)

La démocratie : « Je prends mes lois contre vous et mes règlements pour moi ! Voilà, je suis là ! »

Des aménagements à la marge, pourquoi ? Parce que nous sommes pris pour des enfants, de jeunes enfants, comme dans la comptine, auxquels on ment ! Pourquoi donc ? Mais pour leur bien tout simplement ! Ainsi, après nous avoir fait avaler l’histoire du père Noël et celle de la petite souris, après nous avoir dit que le grand méchant loup allait venir nous dévorer si on ne finissait pas notre soupe, nous avoir vendu la mort des Hittites comme une vérité, peuplé nos nuits de fées, de nains et d’ogres ; quand ils sont devenus grands, on raconte aux Français que la démocratie est faite pour leur bonheur et que le principe du gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple est extraordinaire pour eux.

 C’est vrai que sur le papier – je veux dire dans les fameuses Déclaration et Constitutions successives qui jalonnent notre histoire contemporaine, j’entends « contemporaine » au sens donné par les historiens et non par celui couru des journalistes –, ça a de la gueule ! C’est un truc, sur le papier toujours, qui donne aux Français le moyen de dire ce qu’ils veulent pour régir leur vie, leur cité, leur économie et j’en passe.

 Bon, « pour de vrai », comme disent les enfants… la démocratie, dès les débuts de la République, en a pris un coup : le 8 juillet 1789, les députés votent la prohibition du mandat impératif. Plaît-il ? Le mandat impératif engage à mener une action clairement définie, selon des modalités (de temps, de moyens, etc.) précises auxquelles celui à qui on l’a donné ne peut déroger. Aïe, ça, ça fait mal ! Ça veut dire que le mandaté (l’élu ici en l’occurrence) doit mener à bien une action définie préalablement (qu’il aurait promise durant sa campagne ?) qui sera ensuite, à l’issue du temps qui lui a été octroyé pour y procéder (5 ans pour un président ou un député, 6 ans pour un maire…), contrôlée par les mandataires afin qu’ils vérifient si elle a bien été menée à bien. En résumé, ça revient à demander des comptes à un élu !

Et, depuis le 8 juillet 1789 – depuis la Révolution qui, paraît-il, nous a fait entrer dans la lumière (Les Lumières ?), depuis la République qui, paraît-il, nous a fait devenir citoyen pour le meilleur (à moins que ce ne soit pour le pire) –, plus jamais d’imperatus il a été question ! Le compte a définitivement été réglé aux comptes qui devaient être rendus. Si vous avez la curiosité (où par goût du masochisme) de lire la Constitution du 4 octobre 1958 (la 15e de la France… ça semble galère à fixer le machin… de fait, quand on explique aux Français que telle ou telle loi est gravée dans le marbre de la Constitution, je me demande si c’est vraiment « pour de vrai »…), vous verrez au titre III, dénommé « le parlement », en l’article 27 que « tout mandat impératif est nul ».

Et paf, prends ça dans ta g***, la démocratie !

 Sinon, le referendum ? Le site internet service-public.gouv, tamponné en haut à gauche République française, donne la définition suivante : « Il s’agit d’une procédure permettant de consulter directement les électeurs sur une question ou sur un texte. Un référendum peut être de portée nationale ou de portée locale. (…) C’est une procédure de vote permettant de consulter directement les citoyens sur une question ou un texte. Le plus souvent, les électeurs ont à répondre par oui ou non. (…) On considère que le référendum est un instrument de démocratie directe car il permet au peuple d’intervenir directement dans la conduite de certains domaines de la politique nationale ou locale ».

C’est vrai que ça a l’air drôlement bien sur le papier… pourtant depuis que la Ve République est née, il n’y en a eu que 9… ça n’est pas énorme ! Quatre sous la présidence de Charles De Gaulle (8 janvier 1961 pour valider la politique d’autodétermination du général De Gaulle en Algérie ; 8 avril 1962 pour autoriser le président de la République à négocier un traité avec le futur gouvernement algérien ; le 28 octobre 1962 pour une révision constitutionnelle de très grande ampleur permettant l’élection du président de la République au suffrage universel direct ; et le 27 avril 1969 sur la régionalisation et la réforme du Sénat) ; une sous celle de Georges Pompidou (23 avril 1972 pour permettre la ratification du traité d’élargissement de la Communauté économique européenne) ; deux sous la présidence de François Mitterrand (6 novembre 1988, les électeurs sont appelés à se prononcer sur le nouveau statut de la Nouvelle-Calédonie, qui fait suite aux « accords de Matignon » ; et le 20 septembre 1992 concernant la ratification du Traité sur l’Union européenne (communément appelé le « traité de Maastricht ») ; et, enfin, deux sous celle de Jacques Chirac (24 septembre 2000 sur la réduction du mandat présidentiel à cinq ans ; et le 29 mai 2005 sur le projet de traité établissant une Constitution pour l’Europe, autrement appelé « traité de Rome II »). Et depuis plus de vingt ans… rien ! Il est vrai que certain président estime que les « gens » votent mal ou ne comprennent pas la question qui leur est posée. C’est vrai qu’avec les enfants, il faut se méfier… entre le petit garçon qui choisit le pain au chocolat plutôt que les épinards et la petite fille qui veut les barrettes avec les paillettes parce qu’elles sont plus jolies que celles en bois ciré ; entre les électeurs qui veulent plus de lits d’hôpitaux que de millions pour la guerre en Ukraine et ceux qui aimeraient que le prix de l’essence soit plafonné plutôt que de changer la moquette à l’Élysée… c’est vrai qu’il faut vraiment tout expliquer aux enfants-électeurs, alors autant ne pas perdre de temps à leur faire comprendre ce qui est bien pour eux et imposer directement ce qui est estimé tel.

Et paf, prends ça dans ta g***, la démocratie !

 Sinon, des compétences, on en parle ? Faire de la politique, c’est un métier. Bien sûr, il peut s’apprendre (enfin, pas trop dans les écoles dédiées qui n’en ont que le nom…), bien sûr l’expérience compte, mais placer sur un siège (parfois un strapontin seulement), au palais Bourbon, au palais du Luxembourg ou ailleurs élu il y a, n’importe qui – « venu comme il est » parce qu’« il le vaut bien » et parce qu’« en démocratie, j’fais c’que j’veux » – n’est pas la plus brillante des idées. Même si partout aux frontons des édifices républicains, « égalité » est écrit en gros caractères. Des chnoufés de l’hémicycle, aux fichés S en passant par les prévaricateurs, idéologues et compagnie, nous avons aujourd’hui aux commandes de l’État la représentation de la démocratie dont nous vantons – ou dont on nous vante, peut-être est-ce plus juste de le dire ainsi ; enfin, me concernant, c’est sûr ! – les mérites depuis 1789 (comme si auparavant elle n’existait pas ; enfin, pour être conscient de cela il faudrait ouvrir un livre d’histoire, aller fouiner dans les archives… et ça les enfants n’aiment pas, l’effort intellectuel à l’école ça suffit).

Et paf, prends ça dans ta g***, la démocratie !

 Ceci étant dit, il ne sert à rien de s’étonner du taux d’abstention aux différents scrutins, du peu de confiance que les Français accordent aux élus les plus hauts – et même plus bas – car comme les enfants quand on leur pose une question, ils font les timides et n’osent pas, quant à la confiance… elle est seulement pour maman !

https://www.actionfrancaise.net/2026/05/28/democratie-y-es-tu-mentends-tu-que-fais-tu/

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