mardi 12 mai 2026

[POINT DE VUE] L’Iran menace notre porte-avions : et s’ils coulaient le Charles-de-Gaulle ?

 

@Marine nationale
@Marine nationale
C’est désormais officiel : le porte-avions  Charles-de-Gaulle fleuron de notre Marine nationale, fait route vers le détroit d’Ormuz. Il est accompagné, selon la doctrine navale française, de son groupe aéronaval (GAN), c’est-à-dire d’un certain nombre de bateaux et d’avions qui vont l’appuyer dans son déploiement. En parallèle, le HMS  Dragon  navire britannique, prend le même chemin. Effet d’annonce, peut-être, mais ce n’est pas rien que de mobiliser notre fleuron, même si la France, à ce stade, n’a pas proposé de débloquer le détroit d’Ormuz.

Pourtant, Kazem Gharibabadi, qui n’est pas le nom d’un boulevard parisien mais celui du vice-ministre des Affaires étrangères iranien, semble voir dans ce mouvement une menace envers le régime des mollahs. Il s’est donc empressé d’avertir la France et la Grande-Bretagne que la réponse de l’Iran serait « décisive et immédiate ». Depuis le Kenya, où il est en tournée africaine, notre Président, entre deux footings avec des marathoniens, a tenu à mettre les choses au clair : « Il n’a jamais été question d’un déploiement... mais on se tient prêt. » Bon. À quoi va servir ce porte-avions, alors ? On se perd en conjectures. Les États européens, même ceux qui, comme la Grande-Bretagne, n’appartiennent pas à l’Europe, ont toujours dit qu’ils apporteraient leur concours à une sécurisation du détroit d’Ormuz. Ils ont toujours affirmé, également, qu’ils ne débloqueraient pas eux-mêmes ce détroit. L’affaire semble donc entendue. Les commentateurs en sont réduits à commenter : les Iraniens ont inventé les échecs, les Américains ont inventé le poker ; quel jeu l'emportera ?

Le raisonnement jusqu'à l'absurde

Toutefois… admettons que les Iraniens, dans un geste de folie, attaquent notre porte-avions. Admettons, comme dirait Jean-Marie Bigard dans son immortel sketch de la chauve-souris enragée. Il faut qu’ils nous visent sans que nous ne les détections. Nous avons des radars, des navires qui patrouillent dans le sillage du « Charles ». Mais admettons : ils nous visent. Nous avons des contre-mesures, des leurres, ils ne peuvent pas nous couler. Bon. Admettons qu’ils nous coulent. Oh, pas grand-chose de grave, une frappe zéro mort – du moins, c’est ce que l’on espère, car la mort d’un soldat français est toujours une tragédie intime. Alors, donc, ils frappent le porte-avions de manière à le toucher irrémédiablement et l’équipage évacue. Photos, vidéos, tweets et retweets, chaînes d’info en continu : le monde entier verrait, en contre-plongée aérienne, un grouillement de chaloupes abandonner le navire, tandis que s'enfoncerait, irrémédiablement, ce magnifique vaisseau dont nous sommes si fiers - à juste titre.

Pourquoi ce scénario morbide ? Parce qu’il s’agit, dans cette circonstance, de pousser le raisonnement jusqu’à l’absurde. Notre Président aime la projection de puissance, il aime dire que « pour être libre, il faut être fort, et pour être fort, il faut être craint ». Mais pendant ce temps-là, quand il n’est pas en train de rappeler à l’ordre le public d’« Africa Forward », il fait cuire des plats africains, sous le regard des caméras – deux séquences qui sont en train de devenir célèbres. Alors, s’il arrivait vraiment quelque chose à notre navire amiral, que se passerait-il ? Entre la gifle et la bombe atomique, nous n’avons pas vraiment de « grammaire de la dissuasion », parce que les trois derniers Présidents ont détruit notre outil de défense. Envoyer des troupes au sol ? C’est exclu. Frapper le territoire iranien ? Nous entrerions, de facto, dans une guerre dont nous ne voulons pas. Alors, tandis que notre porte-avions nucléaire sombrerait, provoquant une catastrophe écologique et un drame géopolitique, tout en nous déclassant définitivement aux yeux du monde, le cuisinier de l’Élysée, privé de tous les moyens de la puissance, n’aurait plus qu’à secouer les nouilles…

Arnaud Florac

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