
La vente à perte est interdite en France. Le principe est gravé dans le marbre des lois et règlements régentant l’activité commerciale, et notamment l’article L442-2 du Code de commerce.
Mais l’électricité fait exception, et l'on ne parle d’ailleurs pas de vente à perte mais de prix négatif, histoire de bien souligner qu’ici, la pratique est licite. Elle se répand d’ailleurs, ce qui n’est pas sans provoquer quelques désagréments. Ces dernières années, les épisodes de vente d'électricité à prix négatif se multiplient, s’allongent, et leur niveau s’amplifie, confirmait déjà l’Union française de l’électricité (UFE) en novembre 2024 : « Au 1er semestre 2024, la France a totalisé 233 heures de prix négatifs, sur le marché spot J-1 contre 53 au premier semestre 2023 et 147 sur l’ensemble de l’année 2023, qui constituait pourtant déjà le maximum historique en France. »
Le prix négatif, conséquence d’un déséquilibre
Hélas, ce phénomène n'est pas un facteur de baisse de la facture d’électricité, alors que les Français subissent son augmentation drastique.
Pourquoi ? A cause du prix « spot », niveau fixé pour la revente d’électricité entre professionnels, en gros et à très court terme, par les bourses européennes de l’électricité. Le prix de revente final aux utilisateurs intègre bien d’autres ingrédients que ce prix spot, qui est un « prix brut » après production. Par ailleurs, le marché spot, rappelle le Réseau de transport d’électricité (RTE), « ne représente qu’environ 25 % des volumes échangés, la majorité des transactions étant contractualisées à l’avance et donc non soumises aux prix spot négatifs. » Or, non seulement « ces prix négatifs n'allègent en rien nos factures d'électricité, mais ils contribuent même à les renchérir », explique à BV le spécialiste de l'énergie Fabien Bouglé, « car ils influent directement sur le système de compensation mis en place pour financer les EnR (énergies intermittentes, dites renouvelables), en faisant augmenter mécaniquement la part des factures destinée à les subventionner ».
Pourquoi le prix de l’électricité peut-il devenir négatif ? Parce que l’électricité ne peut pas se stocker, du moins en quantité importante. Or, le stockage est, d’habitude, un amortisseur permettant de pallier un déséquilibre momentané entre les niveaux de production et de consommation, entre l’offre et la demande. Pourquoi ce déséquilibre ? D’une part, la consommation d’électricité varie selon les saisons (pour des raisons climatiques), mais aussi selon les jours de la semaine et les heures de la journée, pour des raisons liées aux activités humaines. C’est d’ailleurs pour lisser un peu cette demande qu’ont par exemple été mis en place des tarifs « heures creuses », incitant à faire tourner un lave-linge tard le soir ou tôt le matin. Et si, au moment où faiblit la demande d’électricité, il fait beau et que le vent se lève, les panneaux solaires et éoliennes, énergies intermittentes, fonctionnent alors à plein, provoquant une soudaine hausse de production, ce qui accentue le déséquilibre entre production et consommation.
L’intermittent, cause du trouble et fausse bonne solution
Quand, donc, sa production devient nettement plus importante que la demande, le producteur n’a pas cet amortisseur à sa disposition, et n’a donc pas d’autre choix que de stopper sa production ou d’écouler par tous les moyens possibles son surplus de production. Et c’est là que les choses se compliquent. Stopper une centrale est compliqué, coûteux, et prend du temps. Il est donc souvent plus intéressant de payer pour écouler un surplus de production, et donc de le vendre à perte. Les « prix négatifs », loin de constituer une bonne nouvelle, sont donc avant tout le symptôme d’un dysfonctionnement du marché.
Ces épisodes de « prix négatifs » sont apparus dans les statistiques depuis 2010, donc avec l’émergence des énergies intermittentes, dites renouvelables (EnR), et se multiplient depuis, au point que la France bat désormais des records mondiaux en la matière.
Alors que les variations de consommation restaient facilement gérables avec des énergies « pilotables » (nucléaire, barrages hydrauliques… ), les énergies intermittentes ont pour effet de créer des pics de production qui compliquent (voire empêchent) les ajustements permettant de maintenir le fragile équilibre entre production et consommation. Ces dysfonctionnements techniques, qui s’étendent à l’international, sont eux-mêmes sources de dysfonctionnements économiques.
Absurdité de l’écologie punitive
L’intermittence du solaire et de l’éolien est en pratique doublement problématique. Sur le long terme, alors que la consommation électrique a baissé en France (désindustrialisation oblige), le développement du solaire et de l'éolien est non seulement inutile et coûteux (tous deux sont largement subventionnés), mais il augmente aussi mécaniquement le risque de surproduction et donc de « prix négatifs ». Techniquement incompréhensible, cette politique relevant typiquement de l’écologie punitive est aussi économiquement absurde : une activité intégrant le risque permanent de vente à perte n’est par définition pas viable. « Éolien, solaire : la présidente du régulateur de l'énergie préconise de lever le pied en France », titrait le quotidien Les Échos en 2025.
Sur le court terme, c’est-à-dire quand intervient un épisode de « prix négatifs », comment intervenir ? On pourrait dans l’absolu stopper d’un coup l’activité de tout ou partie des parcs EnR, puisque « arrêter un parc photovoltaïque prend une minute, une éolienne, deux ou trois », rappelle RTE. Mais ce serait oublier que le développement des EnR en France est le fruit d’une politique purement idéologique, qui impose comme principe absolu leur priorisation par rapport aux autres énergies. Ce sont donc les énergies les plus susceptibles d’être stoppées si nécessaire qui ne sont en réalité pas arrêtées. Sources du problème, le solaire et l’éolien sont aussi le frein à sa résolution.
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