jeudi 30 juillet 2026

Arnault et Bolloré débarquent sur X : les grands patrons sortent du silence

 

Captures d'écran Le Figaro et LCP

Un milliardaire qui en félicite un autre : la scène suffira sans doute à provoquer quelques crises d’urticaire, dans les rédactions de gauche. Ce mardi 28 juillet, Vincent Bolloré a adressé un message chaleureux au célèbre entrepreneur Bernard Arnault, sur les réseaux sociaux. « Je me réjouis de l’arrivée de Bernard Arnault sur X ! », écrit le propriétaire de Vivendi, avant de saluer sa « réussite exceptionnelle » mais aussi « une personne d’une très grande profondeur et d’un grand cœur ». Et l’industriel breton de glisser, au passage, une appréciation peu charitable sur l’état du pays : « Dans ces moments où la France s’enfonce, par une gestion désastreuse, dans de graves difficultés, ses avis seront précieux. »

Le message envoyé est clair. Aux yeux de Vincent Bolloré, le patron de LVMH n’a pas seulement vocation à parler sacs à main, montres et résultats trimestriels. Il peut aussi apporter sa voix au débat public.

Bernard Arnault descend dans l’arène

Cette arrivée n’est pas tout à fait spontanée. Elle ressemble plutôt à une contre-offensive. Quelques heures auparavant, Bernard Arnault avait rompu avec sa légendaire discrétion pour répondre à l’enquête que Le Monde venait de consacrer à son « empire ». Six mois de travail, deux journalistes mobilisées, six épisodes en double page : le quotidien du soir a sorti l’artillerie lourde pour ausculter les affaires, les relations politiques et même les rivalités familiales du patron français. La riposte de l’intéressé, sobrement intitulée « Merci » et postée sur le compte X (ex-Twitter) du groupe LVMH, est un petit chef-d’œuvre d’ironie froide. Arnault feint d’abord de se réjouir du vif intérêt que lui porte Le Monde. « Je n’avais pas eu droit à pareil traitement depuis la reprise de Boussac en 1984. On m’appelait alors "The Terminator". Je préfère "la dernière famille royale", c’est plus élégant », ironise-t-il. Mais derrière l’humour perce une réelle exaspération. Alors que le quotidien présente les Arnault comme une dynastie travaillée par les ambitions intestines, les jalousies et les complots de succession, le père rétorque que ses enfants se contentent de diriger des équipes, prendre des décisions et, comble du romanesque, « s’appellent le dimanche »

Bernard Arnault répond également au procès économique qui lui est fait. Depuis des décennies, une partie de la presse réduit volontiers la réussite des grands entrepreneurs aux avantages fiscaux, aides publiques ou relations bien placées. Le milliardaire rappelle donc quelques vérités bien senties. « En 1984, quand j’ai repris Boussac, votre journal aurait-il parié un franc sur le fait que la France abriterait, quarante ans plus tard, le leader mondial du luxe », interroge-t-il, avant de souligner que son groupe emploie 220.000 collaborateurs, dont 40.000 en France, et aurait contribué à hauteur de plus de 40 milliards d’euros au Trésor public. Et l’entrepreneur de promettre qu’il continuera néanmoins à faire les mots croisés du Monde, « qui, eux, sont excellents ». À bon entendeur.

Bolloré, le précurseur

Bernard Arnault n’est pas le premier grand patron français à comprendre l’intérêt d’une parole directe. Le 22 mai dernier, Vincent Bolloré avait inauguré son compte X par un laconique « Bonjour ». Deux mois plus tard, il rassemble déjà plusieurs dizaines de milliers d’abonnés. Une façon de court-circuiter les éditorialistes chargés, depuis des années, de traduire ses actes, ses convictions et parfois même ses silences.

L’arrivée de ces deux patrons consacre aussi la montée en puissance des réseaux sociaux, et notamment de X, comme véritable contre-pouvoir. Pendant des décennies, quelques grands titres détenaient presque seuls le pouvoir de choisir les sujets, de distribuer les bons et les mauvais points et d’imposer leur doxa. Cette époque est révolue. Une enquête peut désormais être contestée point par point devant des millions de lecteurs, sans filtre et sans intermédiaire. Le journaliste conserve le droit d’investiguer ; sa cible conquiert celui de lui répondre à armes presque égales.

Jean Kast

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