vendredi 31 juillet 2026

Canal ne financera pas ceux qui lui « portent préjudice » : la gauche s’insurge !

 

Capture d'écran Le Figaro.

Ils ont joué, ils ont perdu. Le 27 juillet, Maxime Saada annonçait, sur son compte X, la signature d’« un nouvel accord historique entre Canal+ et les organisations du cinéma français », avec « près d’un milliard d’euros investis par Canal+ sur une durée inédite de 5 ans, entre 2028 et 2032, dans le cinéma français et européen ». Une annonce qui, loin de rassurer unanimement le monde de la culture, voit aussi la gauche s’insurger en apprenant que ces investissements ne concerneront pas ceux qui « portent préjudice à l’image de Canal+ » alors même que Maxime Saada les avait prévenus.

Un accord financier pour promouvoir le cinéma français

Sur X, le PDG de Canal se réjouit d’annoncer cet « engagement historique à la hauteur d’une conviction profonde », celle que « le cinéma français, le plus dynamique des cinémas européens et aux tout premiers rangs des cinémas mondiaux, mérite d’être soutenu, financé et accompagné ». Il se félicite aussi parce qu'avec cet accord, « Canal+ [reste le] premier partenaire du cinéma français et européen pour longtemps ».

Dans son communiqué, le groupe Canal+ insiste sur le fait qu’« au-delà de son importance économique, [ce nouvel accord] réaffirme un principe fondateur de l'exception culturelle française [et ses] signataires réaffirment ainsi leur volonté de préserver un modèle garantissant la diversité des œuvres, la pluralité des regards et des esthétiques, le renouvellement des talents et des écritures, et la vitalité de l'ensemble de la filière ». Une façon de couper court à toutes critiques par anticipation, à tous les procès d’intention qu’avaient formulés les signataires de la tribune « Zapper Bolloré », la veille du festival de Cannes.

Des signataires imaginatifs

En effet, ces derniers avaient jugé bon de crier au loup et d’alerter contre un péril fantasmé au nom de la lutte contre « un projet civilisationnel » de Vincent Bolloré dont « l’influence idéologique sur le contenu des films » ne serait pas longtemps « discrète », ils en étaient certains. « Voulons-nous prendre le risque que demain ne soient plus financés que des films de propagande au service d’une idéologie ? », demandaient ces 600 signataires, qui expliquaient qu’« en laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif ».

Des accusations auxquelles Maxime Saada avait répondu, en marge du festival de Cannes, en disant avoir « vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes Canal qui s'attachent à défendre l'indépendance de Canal+, et dans toute la diversité de ses choix », et en annonçant qu’« en conséquence, [il] ne travaillerai[t] plus, [il] ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition » puisque « si certains en viennent à qualifier Canal+ de "crypto-fasciste", alors [il] ne peu[t] pas accepter de collaborer avec eux ». Une réponse qui avait le mérite d’être claire et qui semblait bien naturelle.

Alors, si Canal+ renouvelle ses financements et continue d’affirmer sa volonté de financer le pluralisme et l’indépendance du cinéma français, comment s’étonner que ceux qui ont craché dans la soupe ne soient plus invités au festin ? Ainsi, « le dirigeant, interrogé mardi par l'AFP en marge des résultats de son groupe, a assuré qu'il "n'oublie rien" », rapporte France 24, qu’il « reste sur [s]a position qui est que si des gens portent préjudice à l'image de Canal+, on ne financera pas leur film ». Une décision frappée au coin du bon sens : on ne scie pas la branche sur laquelle on est assis impunément !

Défendre la diversité sans se faire insulter

Et pourtant… à gauche on s’insurge. « Chez Bolloré, la méthode est éprouvée », écrit L’Humanité, « les chefs regardent les têtes qui dépassent, les décapitent, et continuent leur petit bonhomme de chemin, en se glorifiant d’être les sauveurs de la presse, des médias, et, depuis hier, du cinéma français ». Et le journal explique que « si les organisations professionnelles se réjouissent, cet accord pourrait s’avérer une vraie guillotine pour tous les créateurs, comédiens et techniciens, soit 4.200 personnes, qui se sont opposées, au moment du festival de Cannes en mai dernier et dans les semaines qui ont suivi, à l’hégémonie de Canal+ sur le secteur » et que « Vincent Bolloré, à la tête du groupe, de ses journaux à CNews en passant par les Relay, dans les gares, joue dans la cour de l’extrême droite, et a trouvé un moyen radical de se débarrasser de tous ceux qui contestent sa politique éditoriale et industrielle, au nom de la démocratie et du pluralisme ».

Autrement dit, le média s’étonne de ne pas voir le groupe Canal accepter gentiment de payer pour se faire insulter au nom de la diversité. Et il n’est pas le seul ! Pour Les Inrocks, cet accord financier, c’est « une somme dont tout le monde ne pourra pas bénéficier. Vous êtes contre Vincent Bolloré ? N’espérez même pas recevoir un centime de cette enveloppe. » Le média n’a manifestement pas peur du ridicule, puisqu'il conclut : « La diversité, oui, à condition d’être dans "le bon camp"… » Chacun pourra juger de l'ironie d'une telle sentence !

Victoire Riquetti

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire