Dans un contexte où la défiance des Français envers leurs « élites »1 atteint des niveaux records, la parution du numéro 25 de la revue Front Populaire, dirigée par Michel Onfray, tombe à point. Intitulé autour du thème central « Soumission des élites : une passion française », cette livraison dense et ambitieuse (environ 160 pages) parue en juin 2026 aux Éditions du Plénitre constitue non seulement une analyse brillante de notre crise nationale mais elle explore aussi avec courage, érudition et lucidité la fracture grandissante entre des classes dirigeantes déconnectées, mondialisées et souvent haineuses et honteuses de leur propre pays, et le peuple français attaché à sa souveraineté et à son identité.
Un éditorial percutant de Michel Onfray
Dans l’éditorial, Michel Onfray dissèque la fascination récurrente des « élites » françaises pour la pensée allemande, de Hegel à Heidegger, en passant par Marx et Nietzsche. Cette influence intellectuelle, loin d’être anecdotique, explique selon lui une partie des renoncements contemporains : préférence pour l’Europe allemande plutôt que pour une France souveraine, fascination pour des modèles technocratiques qui diluent l’État-nation, et adoption d’une forme de nihilisme culturel qui mène à la « haine de soi ».
Onfray montre comment, depuis plus d’un demi-siècle dans le monde post-gaullien, nos classes dirigeantes ont fait de la soumission une doctrine et de l’effacement de la France un horizon indépassable. Sabotage de l’industrie, mutilation de la langue, transformation de notre pays en province américaine ou bruxelloise, acceptation docile de l’immigration de masse, célébration de l’islam et de la « diversité » comme nouveaux totems : toutes les raisons semblent bonnes pour ne plus assumer d’être français. Ce texte majeur est à la fois une archéologie des idées et un réquisitoire sans concession contre l’aveuglement des classes dirigeantes.
Une galerie de contributions de haut vol
Le numéro ne se limite pas à un seul regard. Il réunit une équipe pluridisciplinaire de grande qualité. L’historien Éric Anceau, dans un entretien éclairant avec Maxime Le Nagard, revient sur les relations complexes et souvent conflictuelles entre le peuple et les classes dirigeantes depuis l’Ancien Régime. Il pose une question essentielle : le peuple porte-t-il une part de responsabilité dans la faillite de ses « élites » ? Sa réponse historique, nuancée mais ferme, souligne que la trahison actuelle n’est pas une fatalité mais le résultat d’un long processus de déconnexion.
Christian Harbulot analyse avec précision le « complexe de 1940 », cette défaite militaire et morale dont les conséquences perdurent sur la psychologie collective des classes dirigeantes. Cette défaite aurait installé durablement un sentiment d’infériorité et une propension à la collaboration avec des puissances extérieures plutôt qu’à la défense intransigeante des intérêts nationaux.
Olivier Delorme propose une relecture salutaire de l’histoire gaullienne : quand le Général choisissait l’indépendance et la grandeur de la France, une partie des classe dirigeantes préférait déjà la soumission à tel ou tel suzerain étranger. Cette contribution historique est particulièrement bienvenue à l’heure où le gaullisme authentique semble oublié par beaucoup.
L’historien Pierre Vermeren apporte un éclairage passionnant et souvent inédit sur les relations franco-algériennes, qu’il décrit comme pathologiques. Ce texte montre comment la soumission des classes dirigeantes se manifeste également dans la politique étrangère et mémorielle, avec une France incapable de défendre fermement ses positions face à un partenaire agressif qui instrumentalise le passé.
D’autres plumes enrichissent le sommaire : analyses sur les mutations idéologiques de la gauche, enquête sur la pénétration du wokisme dans les institutions culturelles et éducatives (par Maxime Le Nagard notamment), réflexions économiques sur la désindustrialisation orchestrée, et décryptages géopolitiques. Chaque contribution renforce le fil rouge : les classe dirigeantes qui ont fait sécession du peuple, privilégiant des intérêts idéologiques, financiers ou supranationaux au détriment de la cohésion nationale.
Des exemples économiques concrets au service du réquisitoire
Ce qui rend ce numéro particulièrement percutant, c’est son ancrage dans le réel économique et social. Les contributeurs ne se contentent pas de généralités : ils citent des politiques concrètes qui illustrent cette soumission.
On y évoque notamment la désindustrialisation massive résultant de l’ouverture sans frein aux concurrences déloyales chinoises et de la politique énergétique européenne. La fermeture programmée des centrales nucléaires ou leur soumission aux règles du marché unique de l’électricité (avec des prix indexés sur le gaz allemand) a fragilisé notre outil industriel, autrefois fleuron national. Des sites comme Fos-sur-Mer, Dunkerque ou certains bassins sidérurgiques en portent encore les stigmates.
Autre exemple marquant : l’acceptation docile des normes environnementales européennes (Fit for 55, paquets climat) qui imposent des contraintes asymétriques à l’industrie française sans réciprocité internationale, accélérant les délocalisations vers des pays aux standards moindres. Les classes dirigeants, souvent formées dans les mêmes écoles et circulant entre grands groupes, cabinets ministériels et institutions bruxelloises, ont privilégié la conformité idéologique au maintien de l’emploi et de la souveraineté productive.
Le texte aborde également la politique agricole commune (PAC) et ses réformes successives, qui ont contribué à la fragilisation de nos exploitations paysannes au profit d’une agriculture intensive et mondialisée, ou encore la soumission aux directives européennes sur la concurrence qui ont empêché toute politique industrielle ambitieuse et protectionniste. Ces choix ont creusé le déficit commercial chronique de la France et appauvri les territoires périphériques, alimentant la colère populaire légitime.
Ces exemples concrets montrent que la « soumission » n’est pas une abstraction philosophique, mais une réalité tangible qui se traduit par des milliers d’emplois perdus, des régions entières déclassées et une dépendance accrue vis-à-vis de l’étranger.
Un cri d’alarme face à la trahison des classe dirigeantes
Ce numéro excelle à nommer les réalités que beaucoup refusent de voir : la trahison des classes dirigeantes n’est pas une théorie complotiste, mais un fait observable dans la désindustrialisation du bassin d’emploi, la relocalisation des décideurs dans les métropoles mondialisées, la promotion d’une immigration incontrôlée qui fragilise les classes populaires ou encore l’abandon progressif de notre souveraineté monétaire, législative et culturelle.
Front Populaire rappelle opportunément que cette dynamique n’est pas nouvelle, mais qu’elle s’est accélérée avec la construction européenne et la globalisation. Le résultat est une France fracturée, où le « pays légal » (« élites », médias, technocratie) s’oppose de plus en plus au « pays réel ». Ce divorce menace directement la stabilité sociale et l’unité nationale.
Jean Lamolie
À lire d’urgence. Front Populaire n°25 – Soumission des élites : une passion française, disponible en librairies, kiosques et sur frontpopulaire.fr (15,90 €).
1 Au terme « élite » longtemps connoté positivement est préféré celui plus neutre de « classes dirigeantes » qui englobe non seulement la grande bourgeoisie mais aussi les strates inférieures de celle- ci qui la servent consciemment ou non : « intellectuels », politiciens, hauts fonctionnaires, magistrats, caste culturelle.
https://ripostelaique.com/france-la-trahison-de-la-classe-dirigeante/
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