mercredi 8 juillet 2026

La France dépense largement pour ses retraites mais peine à se payer un ventilo

 

L’État français ressemble à ce ménage un peu spécial qui, le toit troué, la porte d’entrée qui ne ferme plus et le frigo désespérément vide, décide d’engloutir l’intégralité du revenu familial dans une télévision grand écran, une isolation parfaitement étanche des toilettes et deux kilos de caviar. Il dépense comme s’il avait les moyens de tout, tout en se révélant incapable de pourvoir aux besoins les plus élémentaires.

Et à la fin, l’addition nous est présentée, avec componction (pour faire passer la douloureuse) et un gros bâton (pour qu’elle soit, malgré tout, payée). Le 30 juin dernier, l’OCDE a d’ailleurs eu la délicatesse de rappeler l’évidence : la France dépense trop, dépense mal, et gagnerait à faire les deux dans le bon sens.

Difficile de lui donner tort.

Par exemple, le gouvernement a maintenu et généralisé le repas Crous à un euro pour tous les étudiants, ce qui garantit d’ailleurs que les Crous vont rencontrer de solides difficultés financières. Dans le même temps, la France, dont les forêts sont chaque été la proie des pyromanes – ce qui ravit au passage les climatohystériques – a commandé deux Canadair flambant neufs, livrables en 2032, dans le meilleur des cas 2033. En attendant, le pays ne disposera en tout que de 12 appareils vieillissants.

Autre exemple avec les hôpitaux, qui fondent dès que le thermomètre s’emballe : le mois passé, on a vu des soignants se cotiser pour s’offrir un climatiseur mobile, pendant que l’État annonçait fièrement une commande d’urgence de 30.000 appareils dont personne ne sait comment elle va être réellement financée, ni comment l’appel d’offre va être passé.

Dans le même temps, le même État lance un plan à 50 milliards d’euros d’ici 2035 pour de l’éolien offshore, assorti d’un régime d’aides d’État de 11 milliards approuvé par Bruxelles, et ce, alors que les parcs déjà installés produisent peu voire parfois rien et que le retour sur investissement se mesure en décennies (s’il y a un retour). 50 milliards pour un pari dont on ignore encore le rendement, mais pas un sou pour climatiser des hôpitaux, voilà un arbitrage qui se passe de commentaire.

Rassurez-vous, il en va de même pour les établissements scolaires.

Face aux canicules à répétition, EDF et la Banque postale ont sorti 130 millions d’euros pour équiper 12.500 établissements. L’intention est louable, mais rapportée aux plus de 80.000 écoles du pays, la goutte d’eau s’évapore avant de toucher le sol. Et comme on pouvait déjà le lire ici en 2019, le sujet ne date pas d’hier : cela fait des lustres qu’on redécouvre, chaque été, que l’été peut-être cuisant. Au rythme où vont les gesticulations, les annulations de brevet ou de baccalauréat vont pouvoir continuer les prochaines années.

Pendant ce temps, la France consacre des milliards à l’aide militaire et humanitaire à l’Ukraine, et le défilé du 14 juillet 2026 sera d’ailleurs placé sous le signe de la coalition, 10.000 soldats et pilotes ukrainiens compris. Soutenir l’Ukraine est un choix politique possible mais on peut aussi noter que, ce 2 juillet, la justice allemande a formellement accusé les autorités ukrainiennes d’avoir commandité le sabotage des gazoducs Nord Stream, sabotage qui a contribué à faire exploser la facture énergétique des ménages européens, français compris.

Financer généreusement celui qu’un parquet voisin soupçonne d’avoir allumé la mèche de votre propre inflation, c’est couillu ; le faire alors que les finances sont au bord de l’effondrement, cela dépasse l’étrange pour confiner au suspect.

Ces exemples s’accumulent et s’ajoutent, de surcroît, au millefeuille administratif dont l’OCDE constate l’étendue et la valeur ajoutée… « ouverte à discussion », pour le dire gentiment.

Ainsi, la France entretient plus de 430 opérateurs de l’État, des centaines de groupements d’intérêt public et plus de 2000 officines, agences et établissements dont les missions se chevauchent, s’entremêlent et se papouillent avec une créativité admirable, pour un coût estimé de 77 milliards d’euros par an (une broutille, détendez-vous !). Le gouvernement rêvait d’économiser deux à trois milliards en fusionnant tout cela ; le Sénat, plus lucide (?), estime que 500 millions serait déjà un objectif ambitieux.

L’appareil administratif est si morbidement obèse que plus personne n’ose espérer le dégraisser sérieusement.

Et on touche là au vrai sujet : les dépenses publiques françaises ont atteint 57,2 % du PIB en 2025, un record mondial, dont une dizaine de points ne sont que de l’emprunt maquillé en recette. Le déficit culmine à 5,1 % du PIB et la dette affiche un 3.536 milliards d’euros bien joufflu. Mais pour couronner le tout, cet argent produit peu et même de moins en moins.

La santé en est l’illustration parfaite : la France dépense plus que la moyenne pour des résultats en dessous, et l’on estime que plus de 20% des soins prodigués seraient inutiles, soit une vingtaine de milliards jetés par les fenêtres chaque année.

Quant aux retraites, l’OCDE relève que la France y consacre (dans une décontraction de plus en plus mesurée) presque le double de ce que versent les autres pays riches. Alors, certes, ici, le résultat n’est pas nul puisque le taux de pauvreté des retraités y figure parmi les plus bas d’Europe, mais cette performance se paie au prix d’une fiscalité vexatoire, d’une dette obèse que plus personne ne sait comment honorer, et d’un impact sur la compétitivité des emplois français qui apparaît clairement négative (pour ne pas dire catastrophique à présent).

Le message de l’OCDE n’est donc pas seulement qu’il faut dépenser moins, mais bien qu’il faut dépenser moins ET mieux dépenser ce qui reste, ce qui suppose de couper fermement là où l’argent ne sert à rien : le millefeuille et ses 77 milliards, les 20 milliards de soins inutiles, les paris énergétiques dont le rendement est grotesque, les dépenses extérieures dont on ne maîtrise ni le coût ni le retour. Et il faudrait que le tout soit en retrouvant, accessoirement, le sens élémentaire des priorités, celui qui voudrait qu’on achète de quoi éteindre les incendies et rafraîchir les hôpitaux avant d’isoler somptueusement les toilettes.

Rien n’indique hélas qu’on en prenne le chemin, tant l’ampleur des coupes nécessaires paraît sous-estimée par toute la classe politique, celle qui tient la gamelle comme celle qui tourne autour en attendant son tour. On continue donc de commander du caviar sous un toit troué, en s’étonnant benoîtement que la pluie tombe à l’intérieur.

Ce pays est foutu.

https://h16free.com/2026/07/08/84656-la-france-depense-largement-pour-ses-retraites-mais-peine-a-se-payer-un-ventilo

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