Il s’ennuie tellement en son château que le roi ne pouvait trouver meilleure occasion pour aller se dégourdir la langue que l’incendie de la forêt de Fontainebleau où 2000 hectares ont brûlé. Le roi aime parler, c’est ce qu’il fait de mieux, mais il ne sait que rarement choisir les sujets et surtout les mots de nature à réconforter son bon peuple. Méprise, Sir ! Que nenni Fontainebleau serait plutôt le fief de la noblesse, de l’aristocratie, en un mot le domaine des riches. Le Diois, au fond de la Drôme n’est que le gîte des manants : petits paysans, petits artisans, petits vieux, petits jeunes en somme que de petites gens.
Mais, ils sont attachés à leur terre qui n’est pas candidate au classement de l’UNESCO comme l’est, depuis 1998, la forêt de Fontainebleau (projet parrainé par Brigitte Macron, ce qui confirme qu’en royauté les affaires sont traitées en famille) . Comme celle-ci les petites gens du Diois auraient aimé avoir la reine Brigitte pour porter leurs projets de territoire. Mais las, la clairette de Die au goût suave se fabrique à Die justement pas en Champagne et Bernard Arnault n’y est propriétaire d’aucune cave. Et à la table royale on ne sert pas de Tome du Diois[1], trop rustique sans doute. Pas de Picodon, non plus qui sent trop la chèvre…
Alors pas de parrainage pour le Diois qui se débrouille par ses propres moyens, soutenu par un élan de solidarité qu’on connaît si bien dans nos campagnes et si peu chez ceux chez ceux qui ont tellement de biens à perdre. Dans les campagnes c’est surtout l’histoire du pays, son histoire à soi et l’affection qu’y est attachée, c’est parfois toute une vie de travail qu’on peut voir disparaître dans la fumée : « Malgré toutes les bonnes volontés, des habitants ont dû partir de leurs maisons ou faire évacuer leurs animaux d’élevage. C’est le cas de Vincent Paltera, paysan en polyculture-élevage qui élève des poules, des brebis, et produit de la vigne et des plantes aromatiques. « J’ai débroussaillé autour de chez moi, coupé des arbres mais à un moment la fumée était trop dense. Le feu était à 500 mètres ! J’ai donc renoncé et emmené mes poules chez des copains, d’autres sont venus chercher mes brebis pour les conduire à Glandage », une commune à 30 kilomètres, située dans les hauteurs[2]. » On s’interrogera sur la phrase, niaiseux -comme disent les Québécois- du roi : « Vous avez pleinement illustré ce qu’est cet esprit du 14-Juillet, celui de la concorde nationale, du combat organique d’une nation qui, dans toutes ses composantes, décide d’agir ensemble pour sauver des vies, pour sauver le territoire ». Ce type a toujours eu une lecture un peu fallacieuse de l’histoire et des évènements. Comment lire la disproportion : à Fontainebleau, 1000 sapeurs-pompiers, 2 villages menacés ; dans le Diois : Trois villages, deux campings et 450 enfants en colonie de vacances ont été évacués[3], et alors que le feu s’est déclaré le 26 juin on ne comptait, le 9 juillet, que « Quelque 570 pompiers et 120 militaires (ce qui fait 670 personnels, loin des 1000 dévoués aux riches) luttent au sol contre un vaste incendie qui a déjà parcouru plus de 3 000 hectares dans cette région très escarpée »[4] (le bilan est d’au moins 4400 hectares en Diois, 2000 à Fontainebleau) auxquels il faut ajouter de très nombreux bénévoles : « Devant l’espace de repos, chacun·e peut venir déguster un abricot, un plat cuisiné ou simplement boire de l’eau fraîche sur une table, avant de repartir au feu. Lysianne[5] tient un large panier de linge dans les bras. Cette retraitée lave les vêtements des pompiers : « Les cagoules, je les lave à la main, tellement elles puent le cramé, et j’y rajoute un peu d’huile essentielle de lavande pour l’odeur. » Voiture chargée, elle rentre chez elle avec du linge sale que son mari étendra plus tard. Et toute cette organisation se fait sans téléphone ni internet, puisque les réseaux ont été fortement détériorés par l’incendie[6]. »
Alors, comme d’habitude le roi annonce qu’on rasera gratis demain, c’est comme, en 2024, l’histoire des Canadairs dont il annonça que la France en achèterait plusieurs, le pôvre il ignorait que le constructeur n’en fabriquait plus : mais que font ses services… Ça rappelle un peu une histoire de masques en 2020 ; quant à la prévention Macron l’a dit à propos de la canicule : « on ne pouvait pas prévoir » contrairement à l’adage suivant lequel l’art de gouverner c’est de prévoir ; en attendant il faudra se contenter du leitmotiv habituel chez ses ministres, comme avec le narcotrafic, comme avec la pédocriminalité mais moins avec la fraude fiscale … l’état sera intraitable avec les incendiaires, car « c’est notre territoire national qui est attaqué chaque fois qu’un feu se déclare ».
En attendant l’embellie les Drômois du Diois, les habitants de l’Aude, des Pyrénées Orientales et des campagnes d’ailleurs se demandent si leur petit territoire fait partie du « territoire national ». Il reste 9 mois au roi, à moins qu’on le destitue avant, pour aller réconforter ces « petites gens ». Toutefois, ils sont sans illusion sur ce qui pourrait s’ensuivre, ils ont le souvenir de la vallée de la Roya, des cyclones sur Mayotte et sur Saint-Barthélemy… Et les suites du Grand Débat national…
Il est clair, s’il était encore besoin de l’écrire, qu’avec Macron les riches sont à la fête : Fontainebleau mérite toutes les attentions, jusqu’à créer une cagnotte pour reboiser (alors que dans le Diois et ailleurs il faudra se débrouiller), c’est comme pour Notre Dame…
La France a eu de mauvais rois, mais celui-là est sans doute celui qui a montré le plus de mépris pour le peuple.
[1] La Tome du Diois est un petit chèvre artisanal ou fermier, originaire de la vallée de la Drôme, du canton de Crest. C’est un fromage à pâte molle, à croûte naturelle. Il ressemble à un palet de 8 cm de diamètre et de 2 cm d’épaisseur, pour un poids de 100 g environ. Il est affiné en pots avec des aromates, de l’huile et de l’eau de vie. La tome du Dios devient comme les Picodons élaborés traditionnellement dans le Tricastin et les Baronnies.
[3] « Le feu s’arrêtera quand la forêt aura fini de brûler » : un immense incendie dévore les monts du Diois, dans la Drôme
[4] Lundi 13 juillet, le dispositif était composé de 490 personnels mobilisés, soit 220 sapeurs-pompiers drômois, 150 sapeurs-pompiers issus de colonnes de renfort et 120 membres de la section militaire de renfort intégrée et du détachement lourd zonal d’intervention héliportée, avec deux hélicoptères bombardiers d’eau et un hélicoptère de reconnaissance.
[5] La future reine Elisabeth II, pendant la guerre conduisit des ambulance, la reine Brigitte irait-elle comme Lysiane laver le linge des pompiers ou seulement faire des sandwichs ?

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