
par Stéphane Blanchonnet
S’il est une formule qui exprime l’apport fondamental de l’École d’Action française au nationalisme français, c’est bien le fameux « Politique d’abord ! ». Traditionnellement nous le défendions contre des reproches essentiellement moraux formulés par une frange de l’opinion catholique et se référant plus ou moins toujours aux mêmes polémiques lancées en amont ou en aval de la condamnation de 1926 (levée en 1939). Jean Madiran en particulier s’était fait le champion de l’apologétique maurrassienne en montrant que la formule en question ne contredisait en rien la philosophie chrétienne et n’était au fond qu’une reformulation dans le contexte politique moderne de l’affirmation aristotélicienne (reprise par le thomisme) selon laquelle « la Politique est architectonique par rapport à l’éthique », autrement dit le Bien commun contient et rend possibles tous les biens particuliers en vertu du principe selon lequel « l’homme est un animal politique ». La Politique n’est donc pas supérieure à la morale (et encore moins à la religion) mais elle lui est indispensable : pas de bonnes mœurs sous de mauvaises lois.
Mais le moins que l’on puisse dire est que ce débat peut paraître daté en 2026. Les reproches faits au « Politique d’abord ! » dans le contexte d’aujourd’hui émanent moins des milieux catholiques que d’une frange du courant identitaire pour lequel la mise en minorité du peuple français sur ses terres ancestrales (phénomène qui se décline pour presque tous les peuples autochtones d’Europe de l’Ouest) pose un problème tellement inédit et surtout tellement avancé que les stratégies de conquête politique du pouvoir paraissent obsolètes ou du moins secondaires par rapport à une stratégie de sauvetage identitaire par « sécession communautaire » en quelque sorte. Dans ce contexte le « Politique d’abord ! » apparaît comme une formule de type souverainiste et est critiquée à ce titre par des milieux pour lesquels il n’est plus temps de débattre de la forme des institutions ni des problèmes strictement nationaux mais de privilégier un combat civilisationnel et communautaire à l’échelle nationale ou européenne.
Bien entendu, nous ne pouvons qu’inciter les Français à penser français, lire français, parler français, manger français, constituer des familles et des communautés françaises, participer à des événements enracinés, se consacrer à la préservation du patrimoine matériel et immatériel de notre pays, se détourner des modes de vie qui entretiennent les problèmes que la droite dénonce vigoureusement en parole mais assez mollement en pratique : commandes en ligne, livraisons à domicile, consommation de biens importés de mauvaise qualité, malbouffe, trajets en VTC, usage de l’anglais jusque dans les mots d’ordre et la communication des milieux nationalistes… bref tout ce qui nourrit l’immigration ou la perte de souveraineté culturelle, industrielle et agricole (sans parler de la dégradation de l’environnement). Toutefois, nous pensons que les bonnes pratiques individuelles et le développement d’un communautarisme autochtone qui mépriserait et délaisserait le terrain spécifiquement politique, pour être choses vertueuses et méritoires dans leur intention, n’en sont pas moins incomplètes en ce sens qu’elles laissent aux ennemis de la nation l’énorme levier de puissance que représente le contrôle du monstre étatique moderne capable à tout moment d’écraser dans l’œuf les plus louables initiatives du pays réel pour survivre et se développer en dehors de lui.
Alors, en 2026 comme en 1926, « Politique d’abord ! »
https://www.actionfrancaise.net/2026/07/08/politique-dabord-de-1926-a-2026/
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