
Et si les sénatoriales étaient l’occasion d’un nouveau visage de la droite ? Plus décomplexé et plus unie aussi. Les Alpes-Maritimes offrent à ce titre, un tableau original qu’il est savoureux d'observer. Pour les élections sénatoriales, le maire Nouvelle Energie de Mandelieu-La-Napoule vient d’annoncer son soutien à la liste RN-UDR où les positions éligibles sont toutes tenues par des proches d’Eric Ciotti. Les Républicains, quant à eux, sont en grande difficulté.
Les victoires significatives de l’alliance RN-UDR lors des municipales signent une nouvelle ère dans le département. Eric Ciotti à Nice, Alexandra Masson à Menton, Bryan Masson à Cagnes-sur-Mer : la droite nationale peut désormais compter sur des bastions, synonymes de force électorale pour les sénatoriales qui se dérouleront en septembre. Maire de Nice, président de l’agglomération, président de la commission des finances du département, le président de l’UDR est devenu le « maitre des horloges » dans les Alpes-Maritimes selon un mot du sénateur maralpin Henri Leroy. Eric Ciotti a donc obtenu après diverses tractations, que les trois premiers de la liste d’alliance avec le RN soient des membres de l’UDR. C’est un de ses proches, Laurent Castillo qui en a pris la tête. Elu député européen en 2024, sur la liste LR emmenée par François-Xavier Bellamy, le professeur de médecine niçois, avait été placé en position éligible par celui qui était alors président des Républicains. Après avoir suivi ce dernier à l’UDR, Laurent Castillo avait annoncé en janvier quitter le PPE pour rejoindre le groupe des Patriotes où siège la délégation RN, Jordan Bardella à sa tête.
« LR manque de courage »
Gaëlle Frontini, adjointe au maire de Nice et vice-présidente du Département est en deuxième position alors que le numéro 3 de la liste est le sénateur Henri Leroy, ancien LR, qui brigue un troisième mandat au Palais du Luxembourg. Le RN figure en quatrième position avec Sophie Eckenberg, adjointe au maire de Menton. En campagne, Laurent Castillo et Henri Leroy était à Mandelieu-La-Napoule, ce 22 juillet. Ce dernier fut maire de la commune de 1995 à 2017, et il en est toujours conseiller municipal. C’est son neveu, Sébastien Leroy, qui est désormais à la tête de la ville de 22 000 habitants. L’édile, qui a lui aussi quitté LR, pour adhérer à Nouvelle Energie, a tenu ce jour là à apporter son soutien à la liste UDR-RN. « J’ai fait le choix de ne pas soutenir les listes présentées par Les Républicains, a développé Sébastien Leroy dans un communiqué, LR manque de courage et s’est compromis avec le macronisme et la politique gouvernementale qui étouffent l’action des collectivités et détruisent l’avenir. Voilà ce qui a motivé ma décision de quitter LR. À l’inverse, la liste menée par Laurent Castillo avec Henri Leroy est celle du rassemblement des élus des Alpes-Maritimes, au service de la clarté à Paris. C’est le seul vote utile et nécessaire pour défendre sans ambiguïté notre territoire et la libre administration de nos communes. »
Un soutien incongru
Un soutien de prime abord incongru. Deux jours plus tôt, Nouvelle Energie venait d’officialiser que le maire de Mandelieu-La-Napoule devenait un de ses porte-paroles. De plus, la formation de David Lisnard a apporté dans le département son soutien à Alexandra Borchio Fontimp, sénatrice sortante qui a obtenu l’investiture LR et siège dans le groupe de Bruno Retailleau, mais qui est devenue adhérente aussi de Nouvelle Energie.
Les « LR sont en état de décomposition dans les Alpes-Maritimes » constate le sénateur Henri Leroy auprès de BV. L’élu se réjouit du soutien du maire de Mandelieu qui lui parait tout naturel. « Nouvelle Energie s’est associée avec LR alors que David Lisnard a quitté Les Républicains » souligne le parlementaire. D’après nos informations, le maire de Cannes et le sénateur Henri Leroy se sont entretenus ce 23 juillet au téléphone. La formation du président de l’Association des maires de France a visiblement anticipé une nomination alors qu’il était prévisible que Sébastien Leroy soutiendrait celui qui appartient à son conseil municipal.
Contacté par BV, Sébastien Leroy justifie sa prise de position : « Il s’agit d’un soutien local à l’ancien maire de Mandelieu, sénateur sortant et membre de ma majorité municipale, qui est en première ligne pour défendre les intérêts de notre ville. Ce soutien ne remet absolument pas en cause mon engagement auprès de David Lisnard dont le programme de restructuration totale de l’État est le seul valable pour l’avenir de la France." »
Trois sièges espérés pour l'alliance UDR-RN
Sur les 2300 grands électeurs du département, l’alliance UDR-RN peut compter 1200-1300 voix. Elle espère ainsi pouvoir emporter trois des cinq sièges de sénateurs que compte le département. Un séisme pour Les Républicains qui espère pouvoir reconduire deux de ses sénatrices : Dominique Estrosi-Sassone et Alexandra Borchio-Fontimp ont été toutes deux investies, mais sur deux listes différentes. Une volonté assumée de contourner la parité afin de faire élire ces deux figures locales du parti de Bruno Retailleau. Philippe Tabarot, actuel ministre des Transports, suspendu de LR depuis son intégration au gouvernement en janvier 2025 n’a pas encore annoncé ses intentions.
« La ligne LR n’a plus rien à voir avec les convictions de droite » souligne Henri Leroy. Les grands électeurs de Alpes-Maritimes feront donc leur choix en septembre. Si l’UDR obtient trois sièges, il constituera le tiers des effectifs du groupe que le RN espère pouvoir constituer pour la première fois à la Chambre-haute. Et Eric Ciotti pourra se satisfaire d’un nouveau pion avancé sur son damier.
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