
Y a-t-il eu un attentat terroriste à Toulouse, ce lundi, en fin d’après-midi ? C’est la question qui se pose après l’attaque au couteau perpétrée contre des policiers municipaux, ce 10 août, au cœur de la Ville rose.
« Allah akbar »
C’est vers 18 heures, dans la rue d’Austerlitz, que s’est produite la scène filmée par un badaud et diffusée sur les réseaux sociaux. Selon Actu Toulouse, alors que trois agents municipaux – un homme et deux femmes – patrouillaient en plein centre-ville, un individu armé de trois couteaux a prétexté demander un renseignement pour s’en prendre violemment aux officiers. Après avoir essuyé plusieurs coups, ces derniers ont pu maîtriser l’assaillant, non sans avoir été légèrement blessés aux bras et au cou par les armes blanches.
Simple agression comme il en existe tant ? Même si l’AFP décrit, de source proche du dossier, un profil « déséquilibré, très fragile psychologiquement, soumis à des addictions » et qui se serait trouvé en « crise » lors de l’agression, « des propos à caractère terroriste ont été signalés », d'après le maire (divers droite) de Toulouse, Jean-Luc Moudenc. L’individu, « a priori étranger », dixit le procureur de Toulouse, et « de type nord-africain », selon les informations de Valeurs actuelles, aurait en effet crié « Allah akbar » à « plusieurs reprises », continue l’adjoint de l’édile à la sécurité auprès de l’AFP.
Ce soir, deux policiers municipaux ont été agressés à l’arme blanche alors qu’ils étaient sur le terrain, rue d’Austerlitz, pour assurer la sécurité des Toulousains.
Des propos à caractère terroriste ont également été signalés.
Les deux agents ont été pris en charge au CHU de…
— Jean-Luc Moudenc (@jlmoudenc) August 10, 2026
Pas encore de quoi qualifier les faits d’acte terroriste, estime le parquet de Toulouse, qui a ouvert une enquête pour tentative de meurtre sur personne dépositaire de l’autorité publique, a révélé BFM TV.
Selon le procureur de la République, « les propos tenus par un individu à l’occasion de faits, qui en eux-mêmes sont déjà gravissimes, s’agissant de tentative de meurtre sur PDAP, ne peuvent ipso facto permettre de le qualifier comme terroriste, même s’ils imposent nécessairement de creuser cette piste des motivations de cet assaillant ». Le magistrat assure que « seule l’enquête le déterminera, justifiant ainsi, après examen de sa personnalité et de ses antécédents, d’une compétence éventuelle du PNAT ». La garde à vue de l’agresseur a d’ailleurs été levée en raison d’une incompatibilité avec son état, avant d'être conduit aux urgences psychiatriques.
L’état de l’individu, « légèrement alcoolisé » selon le parquet, tend à exclure un profil de radicalisé, relève encore Actu Toulouse : les cris proférés par l’agresseur seraient davantage « un signe de sa crise », selon une source proche du dossier.
Du « djihadisme d’atmosphère » ?
Mais parce qu’un individu souffre de troubles mentaux, faut-il nécessairement écarter « ipso facto » du vocabulaire judiciaire toute notion d’idéologie ?
Dans l’affaire de l’attentat de Romans-sur-Isère, le psychiatre Daniel Zagury avait justement été amené à se pencher sur cette difficile articulation entre maladie mentale et idéologie islamiste. Au procès auquel Boulevard Voltaire avait assisté, l’expert avait décrit chez le terroriste un « état délirant incontestable », caractérisé notamment par des hallucinations auditives et une angoisse croissante de persécution. Pour autant, rien, selon lui, ne permettait de réduire son passage à l’acte à sa seule maladie.
Pour le docteur Zagury, il fallait se garder d’opposer « malade mental et terroriste comme si on n’arrivait pas à penser l’intrication des deux registres ». À l’audience, il évoquait, en s’appuyant sur les travaux de Gilles Kepel, le phénomène de « djihadisme d’atmosphère » par lequel des individus, sans nécessairement être engagés dans une mouvance islamiste structurée, peuvent s’emparer d’une idéologie présente dans leur environnement pour l’intégrer à leur propre délire ou à leur mal-être.
Si rien, à ce stade, ne permet d’établir un quelconque parallèle entre l’assaillant de Toulouse et l’auteur de l’attentat de Romans-sur-Isère, certains craignent déjà que l’affaire ne soit classée dans la catégorie des « coups de folie », comme s’il s’agissait d’une « formule magique » permettant de « ne jamais passer par la case prison et d’atterrir directement en hôpital psychiatrique ». Les gestes d’un « fou… lucide sur les couteaux, les coups et les cibles ! », ironise, sur X, l’ancien député Gilbert Collard.
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