
C’est un constat assez paradoxal que fait de plus en plus souvent l’armée russe sur la ligne de front : toutes les fortifications du Donbass datant de 2014 et protégeant des cités comme Slaviansk, Kramatorsk ou Konstantinovka, censées faire de ces villes des citadelles imprenables, se révèlent en fait un atout majeur pour Moscou. Au lieu de stopper l’offensive russe, elles permettent aux assaillants de s’y abriter. La raison ?
Kiev manquant cruellement d’effectifs pour tenir ces lignes de défense, celles-ci sont peu défendues voire abandonnées par les Ukrainiens et deviennent une précieuse protection pour les soldats russes engagés dans l’assaut de ces forteresses, derniers bastions à conquérir avant la chute totale du Donbass.
Quand nos médias russophobes nous abreuvent d’images montrant les ravages des drones ukrainiens sur les installations énergétiques et les entrepôts de Russie, qui font beaucoup de mal il est vrai, ils se gardent bien de s’attarder sur les salves de représailles russes qui s’abattent sur Kiev jour et nuit.
Et lorsque ces champions de la désinformation reprennent mot pour mot la propagande de Zelensky et vous disent que les Russes perdent 35 000 soldats par mois, tandis qu’ils n’en recrutent péniblement que 25 000, ils mentent. Non seulement le chiffre de 35 000 est totalement fantaisiste, mais ces médias masquent l’essentiel.
La fable des pertes russes annoncées par Zelensky
Quand on parle de pertes, cela comprend les tués et les blessés. Tous les états-majors admettent que le pourcentage de tués tourne autour de 30 %. Quant aux blessés, la plupart frappés par des éclats de drones, il est reconnu que 80 % d’entre eux retournent au combat après les soins. Ce qui donne, si on accepte le chiffre farfelu de Zelensky de 35 000 soldats hors de combat :
11 000 soldats russes tués chaque mois ;
24 000 blessés dont 19 000 aptes à retourner au combat.
Donc si Moscou perd définitivement 16 000 soldats chaque mois (11 000 tués + 5 000 blessés graves) et en recrute 27 000, chiffre communément admis en Occident, il n’est nul besoin de mobiliser. Ce sont de grosses pertes, certes, mais on est loin d’une armée russe saignée à mort. À ce jour Poutine comble les trous.
C’est l’armée ukrainienne qui fond comme neige au soleil.
Ce n’est pas à Moscou qu’on voit des rafles d’hommes valides dans les rues pour les envoyer de force au front, c’est dans les villes ukrainiennes. Ce qui n’a rien d’étonnant quand on compare les populations des deux belligérants. 30 millions côté ukrainien et 145 millions côté russe. 1 soldat ukrainien tué pèse autant que 5 soldats russes mis définitivement hors de combat. C’est pourquoi les plus impressionnantes fortifications du monde ne servent à rien si elles ne sont pas défendues faute de personnels.
Les forces armées ukrainiennes ont creusé des tranchées vides de soldats.
C’est ce qu’on appelle le piège des fortifications, lesquelles ont un effet boomerang faute de pouvoir les défendre. Tranchées et béton sans soldats sont un cadeau fait à l’ennemi.
Il fut un temps où on voyait les fantassins russes se fracasser durant des mois sur les « murailles » de Bakhmut et d’Avdiivka avant qu’elles ne tombent. Mais à cette époque Zelensky avait encore les ressources humaines suffisantes pour tenir les défenses. Ce temps-là est révolu. Les fortifications ne sont plus un rempart. Elles deviennent en partie une aide aux assaillants, qui trouvent des tranchées déjà toutes creusées pour s’abriter.
Non seulement les Russes n’ont pas l’intention de se lancer dans des assauts frontaux suicidaires, mais ils préfèrent écraser les forteresses sous leur puissante artillerie et sous les bombes planantes que lancent leurs bombardiers en restant éloignés à 50 km du front. Ils récupéreront sans doute un champ de ruines mais mieux vaut cela qu’une hécatombe inutile.
La vérité est que Zelensky a vu son armée détruite dans des combats sans fin à Marioupol, Bakhmut, Avdiivka ou Voltchansk. Sans parler des désastres qu’ont été la grande offensive ratée de 2023 et la folle aventure de Koursk, modèles de boucheries inutiles. Comment les brillants généraux de l’Otan ont-ils pu cautionner pareilles opérations kamikazes ? N’ont-ils pas vu que la triple ligne de défense de Sourovikine était infranchissable ? Pas un seul blindé ukrainien n’a atteint la 1re ligne de défense. Ce fut un carnage.
L’armée ukrainienne est exsangue, incapable d’assurer des relèves. Elle a perdu ses meilleures troupes en 54 mois de combat, alors que Moscou n’a toujours pas mobilisé pour préserver l’économie et le fonctionnement du pays.
Si Zelensky s’obstine comme à Bakhmut ou Avdiivka, les débris de son armée mourront sous les bombes russes. Tous les matériels encore livrés par l’Otan seront bientôt inutilisables faute de personnels pour les servir.
Voici un tableau qui en dit long sur la propagande ukrainienne
Aucun des chiffres avancés n’est cohérent.
Comparaison des données disponibles :
| Source | Estimation des soldats russes tués (cumulé) | Type de données |
|---|---|---|
| Gouvernement russe | Aucun bilan global publié (dernier chiffre officiel en septembre 2022 : 5 937 morts) | Communication officielle de crise |
| Mediazona / BBC | + 239 000 morts (vérifiés nom par nom) | Base de données factuelle et ouverte (limite basse) |
| CSIS (Think Tank US) | 400 000 à 450 000 morts (1,4 million de pertes totales) | Modélisations militaires et sources ouvertes |
| État-major ukrainien | ~ 700 000 morts (1,6 million de pertes totales) | Estimations de combat et communication de guerre |
Et comme vous le savez depuis longtemps, les mensonges ne font pas les victoires. Que Trump s’implique davantage dans la paix et comprenne que la fuite en avant ne peut mener qu’au pire : la destruction de l’Ukraine et la mort de son peuple. Si les drones ont rééquilibré les pertes dans les deux camps, ils n’ont pas rééquilibré les populations. Un soldat ukrainien tué pèsera toujours cinq fois plus lourd qu’un soldat russe éliminé.
Jacques Guillemain
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