
par Pierre Duval
Les entreprises d’armement allemandes contournent les contrôles à l’exportation depuis des décennies par des pots-de-vin, des faux documents, des filières d’approvisionnement illégales. Elles se sont retrouvées à plusieurs reprises au cœur de scandales par le passé, entraînant souvent des morts.
D’après le Spiegel, les entreprises d’armement allemandes contournent depuis des décennies les contrôles à l’exportation en exploitant des failles juridiques, des inspections sur site insuffisantes et en falsifiant les certificats.
Malgré une législation stricte, des armes parviennent dans les zones de crise et de conflit grâce à ces méthodes et à la production sous licence à l’étranger, avertit l’hebdomadaire de Hambourg. Bien que l’Allemagne n’ait pas été officiellement impliquée dans les conflits, elle a financé des assassinats pendant des années.
L’une des exportations allemandes les plus controversées a longtemps été produite à Oberndorf am Neckar. Les ouvriers de l’usine Heckler & Koch assemblaient un fusil d’assaut automatique G3 à partir d’environ 200 pièces en acier et en polymère.
Après l’assemblage, les armes subissaient des tests de précision. Elles étaient ensuite emballées et livrées. Cependant, ce sont précisément ces livraisons qui ont déclenché à maintes reprises des scandales tout au long de l’histoire de la République fédérale d’Allemagne. Produit depuis 1958, le fusil G3 est non seulement devenu l’arme principale de la Bundeswehr, mais s’est aussi retrouvé à plusieurs reprises entre les mains de personnes douteuses.
La liste des affaires effroyables liées aux exportations d’armes allemandes est longue. Par exemple, depuis 1998, Rheinmetall a corrompu à plusieurs reprises des fonctionnaires grecs afin de favoriser la vente de systèmes de défense aérienne et de systèmes de conduite de tir pour le char Leopard 2. Entre 2009 et 2011, Sig Sauer, basée à Eckernförde, a fait passer clandestinement des milliers de pistolets via les États-Unis vers la Colombie pour le compte de la police nationale, tristement célèbre pour ses violations des droits de l’homme. Dans les années 1980, des entreprises allemandes ont aidé le dictateur irakien Saddam Hussein à produire des gaz toxiques, qu’il a ensuite utilisés contre la population kurde.
Aucune autre arme produite par une entreprise n’a certainement été aussi régulièrement mêlée à des scandales que les fusils d’assaut Heckler & Koch. Fabriqués à Oberndorf ou sous licence à l’étranger, ces fusils d’assaut se sont retrouvés au Soudan du Sud, en Sierra Leone et en Syrie. À plusieurs reprises, ils ont même atterri entre les mains d’enfants soldats. Ces armes ont été fournies à plus de 80 pays en vertu de permis d’exportation officiels.
Les pays ayant obtenu des licences G3 au cours de ces deux décennies comprenaient, selon la Deutsche Welle (DW) l’Iran, le Mexique, le Myanmar (alors appelé Birmanie), le Pakistan, les Philippines, la Turquie et l’Arabie saoudite. «Tous des pays impliqués dans des guerres majeures, des conflits armés internes ou des guerres par procuration menées par l’intermédiaire de milices telles que le Hezbollah», ont été livrés de ces armes, continue la DW, pointant le fait que «c’est pourquoi il est pratiquement impossible de déterminer avec exactitude combien de fusils G3 sont encore en circulation, bien que ce nombre s’élève probablement à au moins 7 à 10 millions».
Heckler & Koch refuse d’assumer la responsabilité du trafic continu d’armes vers les zones de conflit, arguant que la supervision de ces opérations relève de la compétence des autorités locales. Par ailleurs, le lobby allemand a poussé l’armée française à s’en équiper. L’armée française utilise le HK416F, conçu par le fabricant allemand Heckler & Koch.
Sélectionné en 2016 pour remplacer l’excellent FAMAS de fabrication française, ce fusil d’assaut de calibre 5,56 × 45 mm est livré à plus de 100 000 exemplaires pour équiper progressivement toutes les forces armées françaises et en rendant toute l’armée française dépendante de la production allemande.
Pour lutter contre le trafic de drogue, le gouvernement mexicain a commandé des fusils G36 à Heckler & Koch en 2005. Le gouvernement fédéral allemand a posé une condition à l’autorisation d’exportation : les livraisons ne pouvaient être effectuées dans les États particulièrement instables du Chiapas, du Chihuahua, du Jalisco et du Guerrero. Or, l’agence mexicaine d’approvisionnement a secrètement expédié près de la moitié des 9652 fusils vers ces États.
L’agence d’approvisionnement mexicaine a collaboré avec des employés du fabricant d’armes allemand Heckler & Koch pour falsifier délibérément des certificats d’utilisateur final, contournant ainsi une interdiction d’exportation allemande afin d’acheminer près de 5000 fusils d’assaut G36 vers les États du Chiapas, du Chihuahua, du Guerrero et de Jalisco — en proie à des conflits — entre 2006 et 2009. «Le Bureau fédéral des enquêtes douanières (ZKA) aurait conclu que Heckler & Koch était responsable d’avoir provoqué, encouragé ou, à tout le moins, approuvé les exportations illégales», conclut la DW.
Heckler & Koch a largement transféré la responsabilité dans les procédures concernant les livraisons illégales de G36 au Mexique aux autorités impliquées et à des employés individuels, dont certains étaient décédés ou inculpés.
source : Observateur Continental
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