jeudi 6 août 2026

La condamnation de 1926, réponse à La Croix – 1re partie – Le « caractère outrancier » du « réquisitoire » contre l’AF

 

Cette semaine nous vous proposons de parler de « la condamnation de l’AF de 1926 » en réponse au dossier publié dans La Croix dernièrement. Néanmoins pour être traité correctement , le sujet doit être longuement abordé, voilà pourquoi nous vous proposons aujourd’hui, demain et après-demain trois articles permettant de comprendre ce qu’il en est de cette dite condamnation qui a fait et fait encore couler beaucoup d’encre : 1/- Le « caractère outrancier » du « réquisitoire » contre l’AF ; demain, 2/- Des mensonges répétés mille fois ne font pas une vérité ; et, enfin, samedi, 3/- Chez Maurras, aucune instrumentalisation de la religion.

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par François Marcilhac

La Croix a décidé de consacrer du 20 au 24 juillet un de ses feuilletons de l’été à la « condamnation » de l’Action française dont nous commémorons cette année le triste centenaire, avec, pour sous-titre : « Retour sur une crise douloureuse du catholicisme français qui a aussi concerné La Croix ». C’est à Dominique Greiner, religieux assomptionniste, membre du directoire de Bayard depuis septembre 2023 après avoir été rédacteur en chef religieux de La Croix, qu’a été confiée la délicate mission d’évoquer, en cinq épisodes, ce moment peu glorieux de l’histoire du catholicisme du XXe  siècle, que Bernanos qualifia alors d’« autre ralliement » à la République (Comœdia, du 24 septembre 1926 : « Un document : Une lettre de M. Bernanos sur M. Maurras et le catholicisme »évoquant le ralliement voulu par Léon XIII en 1892. Délicate mission, tant l’influence de l’Action française était grande à l’époque sur les catholiques français, influence qui s’exerçait également sur le journal La Croix, lequel y perdit toute autonomie, l’autoritaire Pie XI finissant par dicter directement de Rome sa politique au quotidien catholique.

Que dire de ces cinq épisodes, sinon que le moins mauvais y côtoie le pire, ce qui n’empêche ni des aveux qui, pour être à demi-mots, n’en sont pas moins significatifs, ni non plus des oublis qu’on n’aura pas la charité de croire involontaires, car ce serait offenser la culture générale de l’auteur de l’article. Ainsi, le lecteur de La Croix, s’il se contente de ce feuilleton, ne saura pas que la « condamnation » de décembre 1926 a été levée en juillet 1939 — un des premiers actes de Pie XII, mais préparé du vivant de Pie XI — et que cette levée ne fut conditionnée par aucune rétractation doctrinale de la part de l’AF. Seuls des regrets pour certains propos publiés dans le feu de la condamnation par les membres du comité directeur de l’AF furent exigés de manière bien compréhensible par le pape.

À ce sujet, il est amusant que Dominique Grenier prévienne l’argument de l’absence d’encyclique contre l’AF en citant des propos de Pie XI qui ne croyait pas « en l’efficacité de ce moyen » : « Cela ne servirait à rien. Ils ergoteraient. Ils seraient pire que les jansénistes », ou comment, de la part du pape lui-même, avouer que sa condamnation, dont il insiste « sur [l]a dimension religieuse », n’a effectivement rien de doctrinal, puisqu’une encyclique a précisément pour mission de fixer l’enseignement de l’Église sur tel ou tel point ! Pie XI savait ne pouvoir compromettre officiellement, par voie d’encyclique, la parole de l’Église dans une démarche qui était, de fait, plus politique que religieuse. Aussi préféra-t-il confier à un éminent philosophe thomiste, proche de l’AF, Jacques Maritain, qui défendait encore en novembre 1926 (dans Une opinion sur Charles Maurras et le devoir des catholiques) l’engagement au sein de la ligue comme totalement compatible avec la foi, le soin de la condamner, par devoir d’obéissance, au mois de mars suivant (dans Primauté du spirituel), alors même que sa parole et celle de ses colistiers n’avait, elle, évidemment aucune autorité doctrinale, n’ayant qu’une simple autorité intellectuelle, toujours sujette à disputatio. Condamnation plus politique que religieuse, avons-nous dit : la simple existence de l’Action française s’opposait aux projets d’action catholique du pape, à sa volonté de catholiciser une République pourtant profondément hostile à la religion, piège dans lequel était déjà tombé Léon XIII trente-quatre ans plus tôt. Un manque manifeste d’empirisme organisateur ! L’auteur du feuilleton le reconnaît lui-même en écrivant que le quotidien La Croix, une fois mis au pas par le pape, « s’inscrit dès lors dans une dynamique de l’Action catholique voulue par Pie XI et va contribuer à forger des générations de militants des différents milieux sociaux », poursuivant : militants « qui feront vivre la démocratie et l’Église pendant plusieurs décennies » ! On est libre au contraire de penser que l’état actuel de l’Église de France a en grande partie pour origine cette condamnation dévastatrice pour le catholicisme français. En tout cas, l’histoire démontrera une seconde fois que ce nouveau ralliement ne bénéficiera pas plus à l’Église que le premier.

Mais le principal est que Dominique Greiner reconnaisse le caractère « assurément outrancier » du « réquisitoire » du cardinal de Bordeaux, fin août 1926, réquisitoire dicté de Rome et qui lança les hostilités à l’encontre de l’AF, ce cardinal Andrieu qui, quelques années plus tôt, ne tarissait pas d’éloges sur Maurras, dont la « plume valait une épée » (écrivit-il à Maurras à la réception de L’Étang de Berre en 1915). « Outrancier » ? qui va au-delà (outre, du latin ultra) du raisonnable, donc ôte toute validité au propos émis. Bref, le cardinal Andrieu était en service commandé par le pape. On comprend que celui-ci ait rapidement approuvé de telles accusations aussi abracadabrantesques que calomnieuses. En tout cas Dominique Greiner a l’honnêteté d’admettre, ne serait-ce que du bout des lèvres, au détour d’un adjectif, l’absence de tout fondement religieux à la condamnation de l’AF. En effet est-il possible de condamner un mouvement politique pour motif religieux sur le fondement d’accusations outrancières ? Ce serait à la fois une drôle de conception de la justice ecclésiale (l’Inquisition elle-même était plus regardante avant de condamner) et de la défense des fondements de la foi.

(Illustration : Pie XI)

https://www.actionfrancaise.net/2026/08/06/la-condamnation-de-1926-reponse-a-la-croix-1re-partie-le-caractere-outrancier-du-requisitoire-contre-laf/

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