lundi 10 août 2026

Les nouvelles sanctions américaines contre la Russie risquent de frapper l’Europe

 

Le nouveau paquet controversé de "sanctions infernales" (sanctions from Hell) est bloqué au congrès américain. Les larges pouvoirs que le document confère à Trump promettent des pertes pour les entreprises américaines. Mais l'inquiétude monte aussi en Europe, bien familière de l'"agressivité commerciale" du président des États-Unis. 

Le document, initié par le sénateur Lindsey Graham, autorise le chef de l'État à imposer des droits de douane allant jusqu'à 500% sur les importations en provenance de Russie et jusqu'à 100% sur celles des pays achetant des ressources russes (pétrole, uranium, gaz naturel). Cela risque de poser de sérieux problèmes avec l'Inde et la Chine, des partenaires commerciaux majeurs des États-Unis, et de provoquer une flambée de l'inflation. 

L'UE devrait a priori s'en réjouir, car depuis un an et demi, Bruxelles appelle Washington à plus de fermeté envers Moscou. Pourtant, c'est désormais la méfiance qui domine : le projet de loi risque de fournir à Donald Trump un puissant levier de pression, aussi bien contre ses adversaires que contre ses alliés. 

La section 113 du projet de loi, baptisé The Lindsey O. Graham Sanctioning Russia and Iran Act of 2026, stipule que le président des États-Unis a le droit d'augmenter les droits de douane jusqu'à 100% sur "l'ensemble des marchandises" provenant de pays figurant soit parmi les cinq plus grands importateurs de pétrole et de gaz russes, soit parmi les cinq principaux "facilitateurs" du contournement des sanctions. Potentiellement, tous ceux qui effectuent de "nouveaux achats" de ressources énergétiques russes sont dans la ligne de mire. 

L'UE est ici en première ligne parmi les acheteurs. Certes, pour 2027, le plan reste le même : interdiction totale du GNL russe au titre des contrats à long terme. Mais en attendant, elle fait des réserves. 

Au premier semestre, les importations ont augmenté de 17%, atteignant près de 10 millions de tonnes. Principalement grâce à la France, la Belgique et l'Espagne. Les achats de gaz acheminé par gazoduc ont également progressé de 7%. C'est ce qui a été acheminé via Turkish Stream vers l'Europe centrale, en premier lieu vers la Hongrie et la Slovaquie. 

La hausse cumulée est estimée entre 10 et 15%. Ce qui est largement suffisant pour déclencher les droits de douane de 100%. 

Les auteurs du projet de loi se justifient en indiquant que le document ne mentionne que les "cinq premiers importateurs de pétrole ou de gaz russes". Quant à ceux qui prendront des "mesures significatives pour réduire leurs achats", ils n'auraient rien à craindre. 

Cependant, tout dépend en fin de compte de la Maison Blanche. La loi peut être interprétée de différentes manières. 

L'élément déclencheur est formulé de manière relative : non pas "importe plus de tant de mètres cubes", mais "figure dans le top cinq". Les listes sont révisées tous les 180 jours. Autrement dit, si sous pression américaine l'Inde réduit ses importations, les pays de l'UE remonteront automatiquement dans le classement, sans avoir rien changé à leur propre comportement. 

"C'est une menace de droits de douane supplémentaires sur les marchandises en provenance de Chine, d'Inde et des pays de l'UE, pour des milliards de dollars", précise le New York Times

Le document mentionne également ceux qui "aident manifestement Moscou" à contourner les sanctions. En l'occurrence, la Grèce, Chypre et Malte, qui poursuivent leur coopération avec la Russie dans le domaine du transport maritime. 

Ainsi, une dizaine de pays européens et de nombreuses entreprises se trouvent dans la zone à risque. 

Les entreprises des secteurs pétrolier, gazier, pétrochimique, métallurgique, chimique et verrier pourraient être visées par des droits de douane secondaires si les États-Unis estiment qu'elles "tirent un avantage substantiel de l'utilisation des ressources énergétiques russes". 

La combinaison même des sanctions et des droits de douane à l'importation crée un instrument extrêmement dangereux de pression économique à grande échelle. 

L'association du mécanisme de sanctions avec les droits de douane brouille la frontière entre responsabilité ciblée et punition collective. En conséquence, au lieu d'une action de précision, ce sont des secteurs entiers et des économies tout entières qui se retrouvent sous le coup.

Alexandre Lemoine

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