samedi 1 août 2026

« Madame Transat » : Monique Barbut, symbole d’un pouvoir à la dérive

 

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« Tout va très bien, Madame la Marquise. » La France est un brasier géant, mais Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, a les doigts de pied en éventail dans sa villa de bord de mer à Sainte-Maxime (Var). À une cinquantaine de kilomètres à vol d’oiseau, au cœur de l’arrière-pays, à Pontevès et Cotignac, la forêt de Provence se transforme en géhenne pendant que les habitants traversent, dans l’effroi et un sentiment d’abandon le plus total, l’épreuve du feu. En Gironde, l’épouvante et le désarroi se mêlent à l’angoisse alors qu’un incendie d’une violence inédite dévaste plus de 40.000 hectares et anéantit près de 250 habitations.

Mais Madame le ministre boude. Quelques jours auparavant, remontée comme un coucou, Monique Barbut avait annoncé sa démission à la suite de l’adoption à l’Assemblée, le 21 juillet, de la loi d’urgence agricole et de la réintroduction de certains pesticides ; « le recul environnemental de trop », avait-elle justifié. Mais Emmanuel Macron, ne l’entendant pas de cette oreille, a convaincu - disons, plutôt, contraint - son ministre à rester en poste. Le président de la République, qui a résisté au Covid-19, aux gilets jaunes et à la crise de la dissolution, ne conçoit pas une démission pour une telle broutille – semble-t-il.

Alors, le 22 juillet, après le Conseil des ministres, Monique Barbut, d’après une information du Canard enchaîné, confirmée par RTL, a filé à l’anglaise se mettre au vert dans sa villa provençale, en télétravail. C’est donc en visio que le ministre a suivi la crise des incendies, sans daigner pointer le bout de son nez auprès de la population dont les maisons partaient en fumée.

Macronisme hors-sol

« Assiste-t-on à un effacement du ministère de l’Écologie en pleine crise des incendies monstres ? », s’interroge l’ancien ministre écolo, François de Rugy, qui s’indigne sur les plateaux : « J’ai connu des crises : Gilets jaunes, marée noire au large de la Corse. Cela ne me serait pas venu à l’idée de partir dans une maison de vacances ! » Ce n’est pas pour rien que Monique Barbut aurait hérité du doux surnom de « Madame Transat ». Un sobriquet qui proviendrait directement des fonctionnaires de son propre ministère. Incroyable symbole de la désinvolture de nos gouvernants et du mépris qu’elle engendre. Terrible symptôme d’un macronisme hors-sol, donneur de leçons en tout genre, mais déconnecté du pays réel.

Si tant est qu'il restait une once de crédibilité à Madame Barbut, celle-ci s'est définitivement évaporée alors que la perte de confiance vis-à-vis des élites poursuit son impitoyable ascension. Parce que Monique Barbut, qui semble se préoccuper des incendies comme de son premier transat, est une mordue des propos lénifiants et décalés. En pleine canicule de juin, le ministre de la Biodiversité se disait « horrifiée par les gens qui disent "mais il n’y a qu’à mettre la clim partout" ». « Vous croyez que ça va éviter un feu de forêt ?, poursuivait l'ancienne présidente de l'ONG WWF France. Vous croyez que ça va éviter la mort des animaux que nous voyons ? Vous croyez que ça va éviter quoi ? Rien. Ce n’est pas une adaptation au changement climatique. »

Écologie punitive

Car celle qui a commencé sa carrière en 1981 à l’Agence française de développement (AFD) et qui se prévaut de ne pas être une politique de carrière, déroule son dogme écologiste au mépris du bon sens, oubliant, comme l’a brillamment décrit Étienne Lombard dans les colonnes de BV, que le Code de l’environnement est un « machin » administratif de plus qui se superpose au Code forestier et contraint toutes les mesures préconisées par les spécialistes de la forêt pour lutter préventivement contre les incendies (retrait de l’excès de bois mort, ouverture de cloisonnement de routes forestières, coupes sanitaires et d’arbres en dépérissement, débroussaillement, création de zones tampon). Un ministre qui s’alarme « des dégâts sur la faune sauvage » mais n’a pas un mot pour les pompiers qui, pour certains, paient de leur vie la lutte contre les incendies ; un ministre qui a beau jeu de prôner un « futur plan d’investissement pour la forêt française » sur le cercueil des souches encore fumantes. Face au désert des cendres, les Français n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.

Soyons honnête, Monique Barbut n’est que la face émergée de l’iceberg. Ses comparses écologistes sont tout autant familiers des inepties de l’écologie punitive. « 20 % de la production de fruits et légumes a été liquidée en France à cause des canicules », s’alarmait, par exemple, le 29 juillet, la secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts, Marine Tondelier, quand les mêmes écologistes mènent une lutte acharnée contre les bassines de rétention d’eau.

Et dire que les Français ne sont bons qu'à polémiquer. Gageons qu'en avril 2027, Madame Transat ne sera pas contrainte au télétravail. Mais au chômage.

Yves-Marie Sévillia

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