
Combien coûte réellement l'immigration étudiante ? Lancée en 2018 par Édouard Philippe, l'opération « Bienvenue en France » visait à renforcer l'accueil d'étudiants internationaux. Ils sont désormais près de 450.000 à étudier en France, soit 15 % des effectifs étudiants.
Dans une étude publiée pour Contribuables Associés, Jean-Paul Gourévitch, consultant international sur l’Afrique et les migrations et bien connu des lecteurs de BV, s'est penché sur le coût réel de cette immigration étudiante pour le contribuable français. Un bilan sans concession particulièrement instructif en cette rentrée universitaire. Décryptage.
Sabine de Villeroché. Selon vos calculs, les étudiants étrangers coûtent à la France un peu plus de deux milliards d’euros par an. Un chiffre qui ne correspond ni aux décomptes officiels dévoilés par Campus France ni à ceux de la Cour des comptes. Comment êtes-vous arrivé à ce résultat ?
Jean-Paul Gourévitch. Campus France aboutissait en 2022 à un solde positif de 1,3 milliard d’euros plébiscité par la presse mainstream, mais dénoncé par la Cour des comptes dans son langage diplomatique ; car en incluant « l’ensemble des dépenses de consommation […] il […] ne correspond pas à la valeur ajoutée pour l’économie française ». Elle-même s’en tient à « un coût net de 1 milliard d’euros par an pour les finances publiques, à analyser avec prudence », que nous considérons comme sous-estimé. Nous avons donc systématiquement repris chacun des paramètres de dépenses et de recettes sur l’année 2025-2026, en les explicitant, les estimant et les sourçant, pour aboutir à un solde annuel négatif de 2,19 milliards d'euros. Ce solde pourrait être minoré si l'on connaissait le nombre d’étudiants qui, restant en France après leurs études, participent à l’augmentation du PIB de notre pays. Mais, malgré nos demandes répétées, l’État ne s’est jamais préoccupé de lancer une recherche ciblée sur le devenir des étudiants étrangers qu’il accueille.
S.d.V. Qui sont ces étudiants qui cherchent à venir étudier en France ?
J-P.G. La migration étudiante constitue le flux le plus important (117.970 premiers titres de séjour en 2025) devant la migration familiale et la migration humanitaire. Les 450.000 étudiants étrangers en 2025-2026 incluent les étudiants internationaux venus obtenir un diplôme (314.000), les étudiants en mobilité internationale de type Erasmus (29.000) et les étudiants résidant en France sans avoir demandé ou obtenu la nationalité française (107.000). Ces étudiants choisissent majoritairement les universités publiques (68 %), dont 52 % en niveau licence, 40 % en niveau master et 8 % en niveau doctorat, de préférence aux écoles d’ingénieur (5 %) et de commerce, souvent privées (14 %). Plus de la moitié des étudiants internationaux est originaire de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb. Ce sont aussi ceux dont les taux de réussite en licence et en master sont les plus faibles.
S.d.V. Quel est l’intérêt pour la France de faire venir des étudiants étrangers ? À quelles conditions cette immigration pourrait-elle être profitable ?
J-P.G. La France s’est toujours honorée de permettre à des étudiants de poursuivre leurs études en France alors que parfois, ils ne pouvaient le faire dans leur pays d’origine. Elle a aussi considéré que cette politique contribuait à son rayonnement international. Elle a ainsi recruté les étudiants qui voulaient poursuivre leurs études et non ceux dont elle avait besoin. Selon la Cour des comptes, les étudiants étrangers sont les plus présents dans les cursus qui ont le moins de débouchés professionnels, de type LLSHS (Lettres Langues Sciences Humaines et des Sociétés), mais sous-représentés dans les filières d’avenir.
Contribuables Associés a défini huit propositions pour que la France aide mieux en dépensant moins avec un objectif qui rompt avec la politique suivie par les gouvernements précédents : parier sur l’excellence et choisir sa migration étudiante en priorisant les hauts niveaux et les disciplines où les besoins sont criants comme la santé ou l’ingénierie.
La dépense intérieure d’éducation (salaires, infrastructures, fonctionnement pédagogique) représente plus de deux tiers des coûts auxquels s’ajoutent les remboursements de soins, les aides aux repas, au logement, aux transports et aux bourses. Pourtant, la condition des étudiants étrangers reste plus précaire que celle de leurs homologues français. Le logement est le principal poste de dépenses. Entre un tiers et la moitié d’entre eux travaillent pendant leurs études, ce qui ne facilite pas leur réussite.
Parallèlement, les universités qui, pour accroître leurs ressources, accueillent de plus en plus d’étudiants - parfois sans contrôle - se sont refusé jusqu’ici dans leur très grande majorité à appliquer les droits différenciés pour les étudiants étrangers. Le décret qui doit entrer en application à la rentrée 2026-2027 et limite drastiquement les possibilités d’exonération risque de réveiller les tensions. Nous n'avons pas fini de parler des étudiants étrangers en France.
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