lundi 7 septembre 2026

La tolérance, du Sapin à la tronçonneuse

 

La tolérance et l’ouverture d’esprit sont des denrées si rares que la gauche s’est apparemment empressée de les rationner.

Ainsi, à Paris, mardi dernier, une cinquantaine d’élus, d’artistes et d’intellectuels, rejoints depuis avec gourmandise par quelques centaines de signatures, demandent au Conseil de Paris de déclarer Javier Milei persona non grata avant sa visite du 30 septembre.

Le président argentin vient en effet pour une « Argentina Week » destinée à convaincre des investisseurs européens d’investir dans un pays qui, il y a deux ans, affichait une inflation proche de 300 %, mais qui a voté depuis pour 2026 un budget en excédent primaire avec 5 % de croissance projetée.

Milei est, rappelons-le, un chef d’État élu, réélu de fait aux législatives d’octobre dernier, et dont le principal crime pour la troupaille d’élus et d’artistes parisiens est d’avoir fait ce qu’il avait promis ; on comprend que cela inquiète dans une ville qui a fait une spécialité de réaliser l’inverse.

La pétition reproche une « austérité radicale », un « démantèlement des services publics » voire le « négationnisme ». Le député LFI Rodrigo Arenas, porte-parole de l’opération, résume l’affaire à Página/12 avec la nuance qu’on connaît à ces gauchistes : Milei serait « du côté de ceux qui tuent le peuple », car pour notre fine fleur politicienne, un président démocratiquement élu qui vient signer des contrats est populicide, au moins.

Au passage, la mairie n’a aucun pouvoir d’interdire cette visite : ce persona non grata est un geste purement mondain, l’équivalent diplomatique du snobisme de comptoir. On ne peut pas l’empêcher d’entrer, alors on fait savoir qu’on ne lui adressera pas la parole.

Parallèlelment, à la Maison de la Radio, mercredi 2 septembre, se tenait une assemblée générale avec motion votée à l’unanimité et un principe de grève adopté. Pourquoi ? Pour trois minutes de chronique politique, le dimanche matin, à 7h42, confiées à Charles Sapin, journaliste passé par Le Figaro puis Le Point, où il était apprécié pour ses analyses des droites, et devenu cet été directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles.

Attention, le grief n’est pas un texte de Sapin. Sa première chronique, diffusée le 30 août, portait sur le mur de la dette qui placera le président élu en 2027 sous tutelle, quel qu’il soit. Certes, le sujet est sulfureux, mais aucun gréviste n’en a discuté le fond. Non, ce qui a posé problème, c’est l’employeur : comme le dit un salarié au Parisien, « Le problème, c’est pas lui, c’est Valeurs actuelles. »

Les journalistes de la radio d’État utilisent la culpabilité par contamination, ce qui est un grand progrès.

La grille du week-end comprend six éditorialistes : L’Express, Alternatives économiques, le Nouvel Obs, le Financial Times, encore L’Express, et Sapin, qui représente donc un sixième qui constitue, selon le SNJ-CGT, une « ligne rouge inacceptable ». En effet, un syndicaliste cité par le Nouvel Obs estime qu’on « courbe la nuque devant ceux qui ont promis de nous décapiter ».

Bah oui, pour 3 minutes sur la dette publique, il fallait au moins ça !

On a connu des martyrs plus économes en pathos.

Tout ceci intervient au moment où la nouvelle directrice de France Inter, Céline Pigalle, a choisi pour slogan de rentrée « Écoutons nos différences ». Écoutons, mais pas trop longtemps, et pas trop différent, n’est-ce pas.

Un cadre de la station résume l’ambiance : une radio publique de sept millions d’auditeurs devrait être l’endroit où l’on écoute des gens avec lesquels on n’est pas d’accord mais on n’accepte plus d’y entendre le moindre désaccord. Du reste, Alexandre Devecchio, Guillaume Roquette ou Étienne Gernelle sont déjà passés sur l’antenne sans déclencher de grève. Ce n’est donc pas la droite qu’on refuse, c’est la droite qu’on n’a pas soi-même sélectionnée.

Car le « Deux poids, Deux mesures » ne nécessite même pas de sortir de la Maison de la Radio.

La même semaine, un humoriste maison, Jessé, ironise à l’antenne sur l’arrivée prochaine de « néo-nazis ». Un autre, Ameziane, compare le physique du député Jean-Philippe Tanguy à celui d’un rat. Radio Mille Collines n’aurait pas procédé autrement. Mais pour ces zumoristes, pas de motion, d’assemblée ou de ligne rouge.

L’an dernier, Thomas Legrand, éditorialiste de Libération, filmé en train de dîner avec des cadres du PS pour préparer la campagne, a bénéficié du soutien massif de la rédaction. Insulter un élu, c’est de l’humour ; dîner avec un parti, c’est du journalisme ; parler de la dette en venant de Valeurs Actuelles, c’est la fascisation de l’antenne. La grille de lecture n’est cohérente qu’à condition d’admettre que le critère n’est ni le racisme, ni la haine, ni le pluralisme, mais tout simplement le camp politique.

La même mécanique mesquine joue dans les deux affaires : on commence par renommer l’adversaire (Milei devient « négationniste », Sapin devient « l’extrême droite », puis on décrète ensuite que le pluralisme, la tolérance, l’ouverture, toutes ces vertus qu’on affiche en devanture, ne s’appliquent pas à cette catégorie-là, par définition. On se pose en victime : on courbe la nuque, on est le paillasson, on va être décapité. Ce qui permet de réclamer l’exclusion, jamais le débat. On évite ainsi le risque, toujours désagréable, d’avoir tort.

On aura reconnu au passage le vieux paravent poppérien, « pas de tolérance pour les intolérants », que la gauche brandit comme un permis, même si ni Milei ni Sapin n’interdisent à quiconque de parler. Le seul acteur, dans ces deux histoires, qui réclame qu’une voix soit tue et qu’un homme ne soit pas reçu, c’est celui qui se dit tolérant. Il se bat, fait grêve pour les empêcher de dire ce qu’ils veulent. C’est moins cher que mourir pour ses idées, et cela peut se cumuler avec les RTT.

Il reste que la capitale « ouverte sur le monde » refuse de s’ouvrir à un président élu, et que la radio qui veut écouter nos différences vote pour ne pas en entendre une seule.

Chez les gauchistes, la tolérance et l’ouverture d’esprit sont toujours réclamées à grands cris, sans doute car leurs stocks sont épuisés depuis longtemps.

https://h16free.com/2026/09/07/85196-la-tolerance-du-sapin-a-la-tronconneuse

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