jeudi 24 septembre 2026

Les trois fables de l’Économie

 

C’est la rentrée et, dans les amphis de première année d’économie, des milliers d’étudiants vont bientôt arriver au chapitre des “défaillances de marché”, celui où l’on apprend que la main invisible a parfois les doigts gourds.

Le chapitre est bien rodé et repose sur trois concepts et trois images que l’étudiant retiendra longtemps après avoir oublié le reste.

Cela commence avec le bien public, ce service dont tout le monde profite sans qu’on puisse faire payer quiconque ; l’image typiquement utilisée est celle du phare : sa lumière éclaire tous les navires, payants ou non, donc aucun entrepreneur n’en construira, donc l’État doit s’en charger.

Cela se poursuit avec l’externalité, cet effet de mon activité sur la vôtre que personne ne paie ; pour ce concept, l’image utilisée est celle de l’apiculteur dont les abeilles pollinisent gratuitement le verger voisin, pendant que le verger nourrit gratuitement les abeilles. Personne n’est rémunéré, chacun sous-investit, et il faudrait donc une taxe ou une subvention pour remettre de l’ordre.

Cela passe enfin par le verrouillage, avec une technologie médiocre qui s’impose par accident historique, et dont plus personne ne peut sortir. Ici, l’image pratique est le clavier QWERTY, conçu (dit-on) pour ralentir les dactylos et que nous utilisons toujours alors qu’une disposition bien meilleure existe depuis 1936.

Pour ces trois images, une seule conclusion semble s’imposer : le marché échoue et donc, forcément, quelqu’un doit intervenir.

Et ça tombe bien car ce quelqu’un est toujours le même, la défaillance de marché étant la porte d’entrée théorique de presque toutes les interventions : l’impôt pour financer le bien public, la taxe ou la subvention pour corriger l’externalité, la norme pour sortir du verrouillage. Retirez les exemples, et le chapitre devient d’un coup plus abstrait, et nettement moins convaincant.

Or, lorsque neuf manuels sur dix répètent la même histoire, il n’est pas inutile que quelqu’un aille vérifier. Pour chacune de ces trois images, un économiste a eu cette idée incongrue. Ronald Coase – qui sera ensuite prix Nobel d’Économie – est allé fouiller les archives des phares anglais. Steven Cheung est allé interroger des apiculteurs de l’État de Washington. Stan Liebowitz et Stephen Margolis sont allés relire les études qui prouvaient la supériorité du clavier Dvorak.

Tous trois ont publié leurs résultats dans la même revue, le Journal of Law and Economics, et tous trois sont revenus avec la même nouvelle : l’exemple est faux.

Il était donc une fois trois fables. Et une petite quatrième, bien de chez nous, en guise de bonus.

Et ces fables sont développées dans la suite sur Substack, réservé à mes abonnés, et qui vous incitera, je l’espère, à vous abonner à votre tour, ce qui me permet, pour le prix d’un café en terrasse par article, de continuer à vous fournir quelques réflexions, un peu de poil à gratter et quelques mèmes rigolos.

https://h16free.com/2026/09/24/85335-les-trois-fables-de-leconomie

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