
Je ne suis pas avec beaucoup d’attention les réseaux sociaux, mais on vient de me signaler que la Marche pour la vie s’est récemment fait attaquer sur Instagram au motif que « [son] président [votre serviteur donc] s’est dit favorable à la peine de mort » et l’interlocuteur de faire mine s’interroger rhétoriquement: « La défense de la vie s’arrête à la naissance? »
L’attaque vient d’un compte intitulé « lecrimedia », qui semble s’être donné pour mission la « chasse aux fachos » dans l’Eglise. Et, manifestement, je figure en bonne place parmi ces « fachos ». Je serais tenté de répondre que le fascisme est un cocktail à base de nationalisme révolutionnaire et de socialisme et que je ne suis ni révolutionnaire ni socialiste – et que je suis donc bien pire que ce que pensent de moi ces braves gens. J’ajoute qu’en parcourant un peu leurs publications, j’ai constaté qu’ils parlaient beaucoup de catholiques sociaux; ils doivent ignorer que l’immense majorité de ces derniers étaient contre-révolutionnaires (et que je suis certainement plus proche de La Tour du Pin ou de Villeneuve-Bargemont que la plupart des « cathos de gauche »), mais laissons cela de côté…
Passons aussi sur le fait que nous avons suffisamment lutté contre l’euthanasie pour qu’il soit assez clair que, pour nous, la défense de la vie ne s’arrête pas à la naissance.
La première remarque qui me vient à l’esprit est que dire que la Marche pour la vie est pour la peine de mort au motif que je le serais est très exactement ce que l’on appelle un amalgame – vous savez, ce que l’on reproche systématiquement aux odieux « cathos réacs ». C’est une pétition de principe aussi idiote que de dire que tous les partisans de l’euthanasie sont francs-maçons au motif qu’Henri Caillavet, grand militant de cette cause, l’était, ou qu’ils sont tous nazis, au motif qu’Adolf Hitler l’était également. Nous ne nous abaissons pas à ce genre « d’arguments »; nous pourrions espérer que nos contradicteurs nous en préservent également et qu’ils aient le minimum de confiance dans la raison nécessaire pour un débat digne de ce nom – mais il semble que ce soit trop demander. Donc, bien sûr, cela va sans dire, mais manifestement mieux en le disant, ce n’est pas parce que Guillaume de Thieulloy est « pour la peine de mort » que toute la Marche la vie l’est.
Mais ne nous contentons pas de cette évidence solaire et répondons sur le fond à des personnes qui semblent se moquer éperdument du fond. Que signifie le fait que je sois « pour la peine de mort »? Tout simplement que je constate que la lutte contre la récidive ne paraît pas, dans les conditions actuelles de vie en France, correctement menée avec la peine de prison à perpétuité au sommet de hiérarchie des peines – d’autant que cette perpétuité est très rarement appliquée. Je ne demande pas mieux que de me laisser convaincre du contraire. Je ne suis pas un inconditionnel de la peine de mort et, comme, je pense, la plupart de ceux qui y sont réputés « favorables », je ne la vois que comme un choix prudentiel qui pourrait fort bien être invalidé demain.
J’ai donc effectivement écrit que je pensais que l’opposition inconditionnelle (elle!) à la peine de mort posait de sérieux problèmes pour les victimes – et donc, si l’on veut, que j’étais « pour » la peine de mort. Au passage, je note que c’est un argument qui n’a rien d’original: si l’on veut sérieusement s’opposer à la peine de mort, il est nécessaire de montrer qu’elle est inutile (et, selon moi, la démonstration est loin d’être faite pour le cas particulier de la France contemporaine).
Ici, l’argument de mon contradicteur a sans doute tous les atours de l’évidence: la défense de la vie par Thieulloy est incohérente puisqu’il défend la peine de mort. J’avoue que je suis toujours éberlué de découvrir que certains croient sérieusement nous mettre en difficulté avec un sophisme aussi grossier. Il n’y a aucune contradiction entre défendre la vie pour les innocents et envisager la peine de mort pour les coupables. C’est l’inverse qui est absurde: ces gens qui défendent l’avortement en refusant la peine de mort défendent donc la mise à mort des innocents tout en la refusant pour les coupables. Je serais curieux que l’on m’explique cette dernière position.
Allons encore un peu plus loin. Il ne me viendrait pas à l’idée de dire que mes prises de position prudentielles dans l’ordre politique devraient s’imposer à tous dans l’Eglise, mais je trouve assez singulier que des personnes qui n’ont, que je sache, aucun mandat pour cela, excommunient gaiement saint Paul, saint Augustin ou saint Thomas d’Aquin – qui n’étaient pas précisément des abolitionnistes. C’est peut-être cela la différence principale entre « cathos de droite » et « cathos de gauche », pour reprendre cette dialectique qu’ils affectionnent et qui me semble tout à fait inadéquate: nous savons bien, nous, que nous sommes des fidèles du bout du rang et nous n’avons aucune prétention d’enseigner quiconque, hors nos enfants; eux, ils sont assurés d’être dans le « camp du bien » et peuvent anathémiser quiconque leur déplaît. Pour être franc, je tiens trop à ma liberté pour les jalouser!
Guillaume de Thieulloy
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