
La fébrilité s’empare de toutes les boutiques partisanes, à l’approche de l’élection présidentielle. La vanité et l’arrivisme gonflent les ego d’une myriade de candidats putatifs. Certains, toutefois, pensent encore à la France dans ce qu’il est convenu de nommer le camp national.
Il est beaucoup question de pouvoir d’achat, d’ordre public, d’immigration, d’enseignement, d’impôts nouveaux - domaine dans lesquels Bercy fait preuve d’une inventivité jamais démentie -, de sacrifices à venir… Il est vrai qu’en France comme à la table de la roulette, rien ne va plus. C’est le résultat de quarante années de politiques absurdes, erronées, à courte vue, démagogiques. Mais pour réagir, encore faudrait-il le pouvoir.
L'abandon des pouvoirs à Bruxelles
Or, la classe politique qui a gouverné jusqu’à aujourd’hui s’est dépouillée elle-même du pouvoir. Car en transférant des pans entiers de souveraineté à Bruxelles ou à des entités « multilatérales », qui ne sont que le lieu de rencontre et de connivence des nomenklaturas mondialistes, nos gouvernants ont abandonné le pouvoir en d’autres mains. De surcroît, sous le contrôle juridictionnel de cours et tribunaux qui imposent leur vision idéologique du droit.
Perte du pouvoir par le haut mais aussi par le bas, car trop souvent, le pouvoir politique a abdiqué ses responsabilités entre les mains de la haute administration et, pour changer les choses, il faut bien souvent briser l’hostilité de la fonction publique, devenue un État dans l’État. Ce que l’on nomme l’État profond mais qui n’est que l’État administratif. Marcel Gauchet, dans une formule très heureuse, qualifie ce phénomène de « neutralisation bureaucratique de la souveraineté » (Le Nœud démocratique, aux Éditions Gallimard). Au demeurant, certains politiciens s’en accommodent fort bien et préfèrent les apparences du pouvoir au pouvoir qui, en effet, peut donner des insomnies.
La souveraineté est aux nations ce que la liberté est aux êtres humains. Sans souveraineté, il n’y a pas de liberté. Sans liberté, il n’y a pas de choix. Sans possibilité de choisir, il n’y a pas de pouvoir politique. Notre nomenklatura a construit elle-même son impuissance. Par l’abandon de sa souveraineté mais aussi par sa politique d’endettement qui la soumet aux marchés financiers et la prive de toute marge de manœuvre, tant il est vrai que l’argent est le nerf de la guerre.
Pour couronner le tout, le laxisme migratoire, l’octroi automatique de la nationalité par le jeu du droit du sol, l’absence de politique sérieuse d’assimilation conduisent à un remplacement progressif de population et de civilisation.
Maastricht, moment crucial
Le traité de Maastricht constitue pour beaucoup le moment crucial de notre perte de souveraineté. Il faut se souvenir que tout le système bataillait pour l’adoption du texte et emplissait la quasi-totalité de l’espace médiatique. Les bons soldats de la souveraineté n’étaient qu’une poignée : Séguin, Pasqua, Fillon, Dupont-Aignan qui refusaient la trahison de Chirac ; Philippe de Villiers, le sénateur Sellier, Christine Boutin ; Jean-Marie Le Pen. Pour la nomenklatura, une poignée de dissidents, de réactionnaires et de pestiférés ! Pourtant, ce traité ne fut adopté qu’avec une courte avance
Ce traité est évidemment une étape importante, mais non définitive, du processus de désintégration des souverainetés nationales, donc de l’action politique. Au-delà de la monnaie unique, il créa l’Union européenne et engagea le processus du passage à la majorité qualifiée comme procédure ordinaire d’adoption des règles européennes. Mais il était la suite logique des traités précédents, et notamment du traité dit de « l’Acte unique » (1986) qui modifiait le traité de Rome pour créer le grand marché unique et qui fut l’occasion d’une intempérance normative de la Commission sans précédent (celle-ci avait préparé plus de 300 directives). Au nom de l’harmonisation des législations, ce fut une uniformisation supranationale qui fut mise en place au motif d’éliminer les obstacles à la libre circulation des marchandises, des capitaux, des services et des personnes. Ce traité préparait Maastricht selon la logique qui voulait qu’à marché unique corresponde une monnaie unique, ainsi que les accords de Schengen relatifs à la libre circulation au sein de l’UE. Or, ce traité, qui était le traité favori de Jacques Delors, est un exemple parfait de ce que les eurocrates ont nommé eux-mêmes « l’ambiguïté constructive », c'est-à-dire le fait de proposer et faire adopter des traités ambigus dans leurs objectifs afin d’endormir la vigilance des peuples et de leurs gouvernements, mais préparant, étape par étape, « une intégration plus profonde ».
L'Europe n'est pas fédérale, elle est supranationale
C’est une erreur d’analyse constante des formations dites « patriotes » (que je préfère nommer, en bon vendéen, « souverainistes », les « patriotes » ayant laissé des souvenirs épouvantables chez moi) de dénoncer la dérive « fédérale » de l’UE. Il ne s’agit pas d’un projet fédéral mais de la volonté de créer un État supranational uniformisateur. Tous les Etats membres doivent se soumettre à cette uniformisation, qui ne concerne pas que l’économie. Au nom des « valeurs européennes » et de la Charte des droits fondamentaux, les États qui ne partagent pas la vision woke de la société, comme la Hongrie, la Pologne ou la Slovaquie, se voient menacés d’être privés de subventions lorsqu’ils adoptent des législations qui sont considérées comme non « progressistes ». Rappelons qu’aux États-Unis, les législations varient énormément d’un État à l’autre, sur le plan pénal, sociétal, environnemental ou fiscal, selon une logique fédérale qui n'est en aucun cas celle de l’UE. Le projet européen actuel est en fait un projet impérial centralisateur et uniformisateur.
Conclusion de tout cela : celle ou celui qui arrivera au pouvoir l’an prochain devra bouleverser totalement l’ordre juridique des choses, européen et national, pour restaurer notre souveraineté s’il veut pouvoir gouverner. Il lui faudra prouver qu'« impossible n’est pas français » !
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