
Le 2 octobre dernier, le hautement politisé Syndicat de la magistrature dénonçait, à travers un communiqué, la « réponse brutale » du gouvernement face à l’ampleur des émeutes lycéennes. Devant les images circulant sur les réseaux sociaux, il appelait à cesser de « réprimer la jeunesse pour la faire taire », regrettant que les « usages manifestement disproportionnés de la force publique » touchent « d’abord et avant tout les jeunes racisé.es issu.es des quartiers populaires », selon lui.
Le Syndicat accusé de jeter le discrédit sur la Justice
Habitué à ne pas être inquiété pour ses déclarations arbitraires, le Syndicat de la magistrature aurait-il, cette fois, franchi une ligne rouge que ne tolère plus une partie du monde judiciaire, lassée de voir la profession caricaturée par ses prises de position ? Alors que, depuis le début de la mobilisation, plus de 6.500 interpellations ont été recensées et que plus de 5.000 personnes, dont 87 % de mineurs, ont été placées en garde à vue, d’autres magistrats ne voient pas d’un bon œil ces prises de position publiques et politiques. D'autant que le Syndicat de la magistrature remet également en cause l’appel de Gérald Darmanin aux procureurs, sommés de faire preuve de « la plus grande fermeté » vis-à-vis des fauteurs de trouble.
C’est ainsi que la Conférence nationale des procureurs généraux (CNPG) publiait, ce 6 octobre, un communiqué en réponse aux « allégations erronées » et à « la mise en cause infondée et injustifiée du ministère », notamment de la part du Syndicat de la magistrature. Ce dernier est accusé par le CNPG, dont les 36 membres magistrats sont élus par les 36 procureurs généraux des cours d’appel françaises, de jeter « le discrédit sur la Justice en général et le ministère public en particulier », réfutant les accusations de « racisme » et « l’absence de discernement » des parquets dans l'exercice de leurs fonctions.
La fin d'une hégémonie ?
Alors que le Collège de déontologie des magistrats rendait public, le 5 octobre, un avis sur la nécessité, pour un magistrat, de préserver son devoir de réserve et son impartialité, au risque de nuire à l’image de la Justice, c’est bien ce dernier point qui inquiète la CNPG. Les propos du Syndicat de la magistrature contreviendraient, justement, à de telles obligations, selon la Conférence.
Mais alors que le Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) appelait à la saisine du Collège de déontologie pour examiner l’impartialité du Syndicat de la magistrature, un autre syndicat de magistrats, lui aussi, se désolidarisait de ses confrères. Dans un communiqué publié le 4 octobre, Unité Magistrats SNM FO réaffirmait « son soutien aux forces de l’ordre dans l’exercice légitime de leurs missions » et rappelait le devoir, pour les magistrats, « d’exercer [leurs] missions en toute indépendance et impartialité chaque fois que des violences ou des infractions graves sont commises, quels qu’en soient les auteurs ».
La succession de ces rectifications laisserait-elle entrevoir la fin d’une hégémonie pour celui qui avait fait scandale avec son tristement célèbre « mur des cons » ? Il semblerait, en effet, que cette propension à croire pouvoir exprimer à tout bout de champ une opinion ou un positionnement politique et partisan, sans souci du devoir de réserve auquel se plient pourtant bon nombre de professionnels de la Justice, commence à agacer, dans les rangs. Et peut-être parce qu'elle met en danger l'image de probité aux yeux des justiciables et des Français qui sont déjà très nombreux à croire la Justice biaisée, serait-il temps que le Syndicat de la magistrature se mette au pas de ceux qui, comme y appelle Unité Magistrats SNM FO, « applique[nt] la loi avec indépendance, impartialité et égale exigence pour tous ».
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