
Marine Le Pen fustige l’attitude de Ferrand qui refusera, il l’a annoncé, de laisser un référendum sur la préférence nationale se dérouler au motif que seul l’article 89 le permet. Il a raison et madame Le-Pen devrait tout de même se souvenir que s’il est en place c’est aussi grâce à elle. Un autre aurait-il dit autre chose, peu de chance, mais au moins elle n’aurait pas à demander la démission d’un homme qu’elle a installé sur ce siège. Ceci étant rappelé, Madame Le-Pen se trompe de combat, pour avoir les mains libres elle doit d’abord réformer la constitution, or cette dernière dans l’état actuel ne peut être modifiée que par l’article 89, ce qui implique un vote du Sénat et une majorité des 3/5ème lors du congrès. Chose qui sera impossible.
La seule solution, si elle est élue, c’est de préciser que la prochaine Assemblée nationale sera constituante, qu’elle devra élaborer une nouvelle constitution qui sera soumise à référendum après. Charge à elle de demander à sa majorité, à condition qu’elle en ait une, d’incorporer dans le nouveau texte une cour constitutionnelle qui n’ait plus rien à voir avec ce ramassis de recasés et qu’un article permette au président ou au peuple de la réformer par référendum et non plus, réserver ce privilège à la caste des politicards qui ont confisqué la souveraineté nationale sous couvert d’un texte qui leur en donne la possibilité, sans jamais vouloir le remettre en question.
Il y aura alors vraisemblablement un conflit entre Ferrand qui refusera également de considérer qu’une assemblée puisse changer de constitution, lui niant sans doute une légitimité à le faire, alors que cette nouvelle assemblée aura justement reçu mandat du peuple souverain pour cette tâche spécifique. Sauf que les interprétations restrictives sont légion, quand il s’agit de laisser le peuple s’exprimer, venant du Conseil Constitutionnel, et qu’il trouvera un argument pour dire que ce n’est pas possible, ce qui revient à dire que cette constitution est éternelle. Qu’il se méfie, si Mélenchon prend le pouvoir, lui le fera et si Ferrand s’y oppose nous ne donnons pas cher de son avenir. Mélenchon usera de méthodes autrement plus expéditives que Marine, et dans ce cas précis il aura raison. Bien entendu Madame Le-Pen parle du précédent de 1962 du Général de Gaulle, qui aurait fait selon elle jurisprudence, mais Ferrand l’a déjà dit, n’est pas de Gaulle qui veut et Marine, selon ses pensées à peine voilées, n’a pas la stature du général. Il interdira tout. L’homme méprise à ce point le suffrage universel qu’il s’opposera à tout changement, arguant qu’il ne fait qu’appliquer le texte.
Restera à la nouvelle présidente deux voies. Soit elle abandonne et laisse les pseudo juges maitres des règles du jeu, soit elle passe outre l’avis de Ferrand et décide d’organiser quand même cette élection sous bannière constituante. Le débat demeure ouvert quant aux possibilités juridiques qui seraient activées pour arriver à ce résultat, ou pour l’interrompre. Peut-être que l’idéal serait, avant de dissoudre, de faire en premier lieu un référendum sur la base de l’article 11, pour demander au peuple s’il veut que la prochaine Assemblée nationale se charge d’écrire une nouvelle constitution. Là, le problème ne sera pas l’objet du référendum, il s’agit bien d’une organisation des pouvoirs publics, mais bel et bien du fond, qui consiste à dire qu’on veut changer de constitution. L’article 11 autorise ce type de référendum mais dans le cadre des règles existantes, or ces règles précisent que pour modifier la constitution seul l’article 89 est autorisé. Les deux articles s’opposent donc. On se mord la queue, car rien n’interdit d’élire une assemblée constituante, mais l’actuel texte lui ôterait le pouvoir d’écrire un nouveau texte, ubuesque non ? On tourne en rond et on découvre que le peuple théoriquement souverain, est en réalité empêché de décider seul s’il veut une nouvelle constitution. Mélenchon ne se pose pas tant de questions. Dans ses propositions figure cette demande, et connaissant le personnage il y a fort à parier que s’il était élu, il ne s’embarrasserait pas des états d’âme de Ferrand et que ce dernier plierait de grès ou de force à sa volonté, plus de force d’ailleurs… Il est donc temps de dire que cette Vème république n’est plus adaptée aux hommes d’aujourd’hui et qu’il faut en changer et pas se contenter d’un toilettage qui ne résout rien mais qui dévoile surtout une peur panique de devoir reconnaitre que nous sommes arrivés au bout du bout et que le changement et le redressement commencent par une nouvelle constitution.
Il faut cesser de se voiler la face, la macronie aura mis en relief toutes les failles possibles de la Vème république avec ses aberrations, ses excès, et ses contradictions. Tout est à revoir. L’utilisation de l’article 49.3, les pouvoirs du président qui aura passé 10 ans à dilapider l’argent des Français sans qu’un article ne lui impose de passer devant le parlement pour y être autorisé, le problème des référendums, que tous agitent comme l’arme démocratique absolue alors que leur utilisation est tellement restrictive qu’ils en deviennent anecdotiques. Le problème de l’organisation du Conseil constitutionnel, en finir avec ce bloc de constitutionnalité qui est suffisamment imprécis pour que chacun y trouve matière à interdire ou autoriser ce qu’il veut, etc etc. Mais pour cela il faut un courage politique que pour le moment nous ne voyons que chez Mélenchon, et quand lui l’évoque, tout le monde se tait. Conclusion, le Conseil constitutionnel est peuplé de socialistes qui ne représentent plus rien, le sénat est à majorité LR, qui ne représentent plus grand chose non plus, donc les institutions sont verrouillées légalement par deux partis qui sont largement minoritaires et ça, ça ne pose aucun problème de légitimité à personne…
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