
La France vient de connaître une orgie de violences. Bâtiments publics incendiés, milliers de commerces saccagés ou pillés, policiers blessés, villes livrées aux émeutiers. Et qu’est-ce qui scandalise Sleeping Giants ? Les propos d’Éric Zemmour sur LCI ! Non les violences, mais les mots employés pour les décrire. Vite, un signalement à l’Arcom ! Il faut faire taire celui qui ose nommer ce que les Français ont vu sur leurs écrans.
Cette entreprise de négation du réel confine à la démence. Le danger n’est plus l’incendiaire, mais celui qui crie au feu. Le scandale n’est plus l’émeute, mais sa dénonciation. Sleeping Giants voudrait imposer par la contrainte réglementaire ce que le spectacle des événements ne suffit plus à faire croire. Puisque le réel contredit le dogme, il faut bâillonner ceux qui le décrivent.
Il existe désormais une singulière convergence des luttes entre les officines d’extrême gauche et les institutions de la République. Les premières traquent les hommes de droite, y compris les plus modérés, épluchent leurs déclarations, fouillent leur passé, multiplient les signalements et cherchent à obtenir leur exclusion du débat public. Les secondes mobilisent des moyens policiers, administratifs et judiciaires contre les mouvements identitaires. Les méthodes diffèrent, les moyens sont incomparables, les objectifs politiques parfois opposés. Pourtant, une même obsession semble les réunir : empêcher que la question de l’identité des peuples européens puisse être librement posée.
Car derrière cette étrange communion se retrouve le même vieux catéchisme progressiste. Le « vivre-ensemble » érigé en impératif catégorique, les frontières regardées comme des survivances honteuses, l’identité historique des peuples réduite à une construction suspecte. Une société sans héritage, sans continuité, sans autre appartenance légitime que celle définie par les institutions. Celui qui conteste cette anthropologie officielle n’est plus un contradicteur : il devient un danger qu’il convient de neutraliser.
Sleeping Giants fait ainsi office de police auxiliaire de la pensée. Nul besoin de gagner la bataille des arguments lorsqu’on peut obtenir la mise au ban de son adversaire. On ne réfute plus, on signale. On ne débat plus, on réclame des sanctions. On ne cherche plus à convaincre, on entreprend de rendre la contradiction matériellement impossible. La censure moderne a troqué les ciseaux de l’Anastasie contre les formulaires de signalement et les campagnes d’intimidation.
Le plus extraordinaire est que l’État lui-même paraît participer à cette inversion des priorités. Au matin des émeutes, selon plusieurs témoignages militants, des policiers et des agents du renseignement surveillaient les domiciles de nationalistes. Si ces témoignages sont confirmés, ils illustreront jusqu’à la caricature une politique sécuritaire dont Gérald Darmanin, Nicolas Lerner et Laurent Nuñez ont été, à des titres différents, les artisans. Pendant que la maison brûle, on épie ceux qui dénoncent l’incendie !
L’affaire est d’autant plus grotesque que les services de renseignement viennent de subir un désaveu retentissant. Ils n’ont pas su anticiper l’ampleur des désordres du 17 octobre. La rue leur a échappé, les effectifs se sont révélés insuffisants et les autorités ont dû reconnaître leurs erreurs d’appréciation. Voilà qui rend plus pressante encore une question : à quoi servent les priorités d’un appareil sécuritaire incapable de prévoir un embrasement de cette ampleur ?
C’est toute la faillite intellectuelle d’une caste dirigeante prisonnière de ses propres chimères. Elle redoute davantage la contestation de son modèle idéologique que l’effondrement de l’ordre dont elle a la garde. L’identitaire qui distribue des tracts inquiète, le militant qui conteste l’immigration devient suspect, l’écrivain qui décrit les transformations démographiques doit rendre des comptes. Pendant ce temps, des bandes saccagent les villes et mettent en échec les forces de l’ordre.
Cette convergence entre militants de la dénonciation et bureaucraties de la surveillance ne suppose même pas une entente organisée. Elle est plus profonde et, à certains égards, plus inquiétante : elle procède d’une même incapacité à concevoir qu’un peuple puisse vouloir demeurer lui-même. Leurs adversaires ne sont plus seulement des concurrents politiques. Ils deviennent des anomalies à corriger, des déviances à surveiller, des voix à faire taire.
Voilà où conduit l’aveuglement idéologique : préférer la police de la pensée à la lucidité politique, poursuivre les contradicteurs plutôt que regarder le désastre en face. La République prétend protéger les libertés, tandis que ses gardiens semblent parfois plus préoccupés par les opinions des citoyens que par leur sécurité.
Ils ne gouvernent plus le réel. Ils voudraient gouverner ce qu’il est permis d’en dire.
Trystan Mordrel
https://www.breizh-info.com/2026/10/21/264793/la-maison-brule-ils-traquent-ceux-qui-crient-au-feu/
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