samedi 31 octobre 2026

« Un RN mort » : derrière Sofia Tizaoui, l’ombre de la Jeune Garde



« Je veux que le RN soit un parti mort ! » Jeudi soir, sur le plateau de BFM TV, Sofia Tizaoui n’a pas cherché à dissimuler son hostilité au Rassemblement national. Face à Julien Odoul, la porte-parole de Génération EDR, ancienne présidente de l’Union syndicale lycéenne, a lâché cette formule avant de préciser qu’elle souhaitait la mort politique du parti, et non celle de ses membres.

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Une distinction qui n’a guère convaincu le député RN : il a quitté le plateau et, dès le lendemain matin, a déposé plainte, comme il l’a confirmé à BV. Pour lui, cette sortie dépasse largement le simple affrontement verbal : « On a face à nous des gens qui veulent nous voir morts. » Il dénonce auprès de BV une volonté de « détruire, d’agresser, d’anéantir », qu’il rattache aux discours de responsables de La France insoumise, accusés de « chauffer à blanc » leurs militants. Le député voit dans cet épisode le symptôme d’une radicalisation qui ne s’en prend plus seulement aux idées du RN, mais à ceux qui les défendent. « C’est au mieux interdire celui qui ne pense pas comme vous, au pire le tuer. On en est là », lance-t-il. Et de rappeler que derrière le parti à la flamme, il y a « 13 millions d’électeurs », des hommes et des femmes qui peuvent, eux aussi, être « visés, stigmatisés, voire tués par ces menaces explicites ».

Génération EDR, une filiation qui interroge

La sortie de Sofia Tizaoui mérite d’autant plus l’attention que son engagement s’inscrit dans un environnement militant bien identifié. Elle est aujourd’hui porte-parole de Génération EDR [Espoir, Dignité et Résistance, NDLR], collectif fondé en mars 2025 par des organisations militantes où figure la Jeune Garde, le mouvement antifasciste fondé par Raphaël Arnault et dissous par décret en juin 2025. Cette dissolution a été confirmée par le Conseil d’État en avril 2026, qui a notamment retenu des agissements violents et des actions visant à exclure physiquement des adversaires de l’espace public. Le rapprochement entre EDR et la Jeune Garde ne repose donc pas sur une simple parenté idéologique.

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En mars 2026, le ministère de l’Intérieur a d’ailleurs engagé une procédure contradictoire susceptible de conduire à la dissolution de Génération EDR. Dans son courrier, il estime que le collectif « s’inscrit dans la continuité de la Jeune Garde », en s’appuyant notamment sur les liens entre les membres et les responsables des deux structures. La procédure n’a, à ce stade, pas encore débouché sur une dissolution.

L’ombre de Quentin Deranque

Cette filiation prend une dimension particulière depuis la mort de Quentin Deranque. Âgé de 23 ans, le jeune homme est décédé le 14 février, deux jours après avoir été violemment agressé à Lyon. Plusieurs personnes liées à la Jeune Garde ont été mises en examen dans le cadre de l’enquête sur sa mort. Les responsabilités individuelles restent à établir, mais le nom du mouvement est désormais indissociable de cette affaire. Julien Odoul n’a pas manqué de faire le rapprochement ; en évoquant la Jeune Garde, il décrit des pratiques qui passent par « de la baston, de l’agression, des persécutions, voire des meurtres ». Le député reproche également aux responsables politiques de ne pas prendre suffisamment leurs distances avec ces mouvances.

Dès lors, la phrase de Sofia Tizaoui ne peut être entendue comme une simple provocation de plateau. Souhaiter la mort politique d’un parti est une formule militante. La prononcer en étant porte-parole d’un collectif fondé notamment avec la Jeune Garde, dont plusieurs membres sont mis en examen après la mort de Quentin Deranque, lui donne une résonance autrement plus lourde. Dans ce climat, l’anéantissement de l’adversaire politique n’a décidément plus rien d’un slogan anodin.

Yann Montero

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